Le kWh de gaz repasse au-dessus de 0,12 euro pour se chauffer, et l’abonnement annuel gagne près de 16 euros d’un seul coup. Au 1er juillet, le prix repère du gaz grimpe de 7,4 % en moyenne. Derrière cette hausse que tout le monde va sentir passer, une réforme bien plus discrète redessine la carte des factures françaises.

L’accalmie de juin n’aura pas duré

En juin, les ménages avaient soufflé. Le prix repère reculait de 4,8 %, après un mois de mai brutal qui l’avait propulsé de 15,4 %, d’après le comparateur lesfurets. Juillet efface ce répit. Le tarif moyen passe de 152,86 à 164,21 euros le mégawattheure toutes taxes comprises. Pour un foyer qui se chauffe au gaz, le kWh grimpe de 0,11789 à 0,12766 euro, soit 8,3 % de plus, et l’abonnement annuel monte de 343,90 à 359,63 euros. Les profils « cuisson et eau chaude », plus légers, voient eux aussi leur kWh bondir de 8,1 %. Sur une consommation de chauffage classique, autour de 11 000 kWh par an, la seule envolée du prix du kWh représente déjà plus de cent euros supplémentaires sur l’année.

Le chauffage trinque plus que la cuisson

Tous les foyers ne sont pas logés à la même enseigne. Le ménage qui se chauffe au gaz encaisse la hausse la plus lourde : son abonnement annuel gagne près de 16 euros, son kWh 8,3 %. Celui qui n’allume le gaz que pour cuisiner et chauffer l’eau s’en tire avec un abonnement alourdi de moins de 5 euros sur l’année. L’écart tient à la part acheminement, plus présente dans la note des gros consommateurs. Plus on chauffe au gaz, plus la révision des tarifs de réseau se lit noir sur blanc sur le relevé.

Deux France du gaz qui s’ignorent

Pour saisir la vraie nouveauté, il faut regarder qui transporte le gaz jusqu’au compteur. Le pays vit sur deux réseaux. D’un côté GRDF, qui dessert 11 millions de clients dans 9 500 communes et couvre 95 % du territoire. De l’autre, une poignée d’entreprises locales de distribution, les ELD, héritées de l’histoire industrielle des villes. Elles gèrent les canalisations à Bordeaux, Strasbourg ou Grenoble, et facturent leur propre tarif d’acheminement, cette part de la note qui paie l’entretien et le renouvellement des tuyaux. À consommation identique, un Strasbourgeois et un habitant de la grande couronne parisienne ne réglaient donc pas la même somme pour faire venir le gaz chez eux. Le code postal pesait, en silence, sur la facture.

Le Parlement enterre le surcoût local

C’est cette anomalie que la loi de finances pour 2026 corrige. Le texte voté au Parlement instaure une péréquation nationale. À partir du 1er juillet, les ELD rangent leur grille maison et appliquent celle de GRDF, promue référence commune à tout le pays. Chaque distributeur local versera ou recevra une compensation de GRDF, calculée sur l’écart entre ce qu’il encaisse via ce tarif national et ce que lui coûte réellement son réseau. La Commission de régulation de l’énergie, l’autorité indépendante qui surveille le secteur, a arrêté les règles du jeu après une consultation des acteurs. Pour les zones jusqu’ici les plus chères, la part acheminement s’aligne enfin sur la moyenne nationale.

Vingt et un millions partagés par tous

Cette solidarité géographique a un coût, et il est mutualisé. La CRE chiffre à 21,4 millions d’euros la facture de la péréquation pour cette première année, soit 0,57 % ajouté au tarif de distribution. L’ensemble des consommateurs finance donc une partie de l’alignement des zones ELD. Ce supplément vient se greffer sur la hausse mécanique du tarif d’acheminement, baptisé ATRD7, qui progresse de 5,87 % au 1er juillet. Sur la facture toutes taxes comprises d’un ménage, le régulateur évalue l’effet à 1,5 % environ, sans rapport avec le prix du gaz lui-même.

Quand le réseau coûte plus cher à mesure qu’on le quitte

La part réseau suit une formule, pas l’humeur des marchés. Elle additionne l’inflation, 1,3 % cette année, une correction de l’an passé de 0,91 %, un facteur lié au recul attendu de la consommation, et un coefficient de rattrapage plafonné à 3 %. Ce plafond est atteint, surtout parce que les recettes du réseau sont tombées 245,2 millions d’euros sous les prévisions. Le piège est mécanique : moins les Français brûlent de gaz, moins le réseau encaisse, et plus chaque foyer encore raccordé doit payer pour entretenir les mêmes canalisations. Une partie de ces tarifs finance aussi le raccordement du biométhane, le gaz vert injecté par les agriculteurs, que la France veut multiplier dans ses tuyaux. La part acheminement grimpe ainsi toute seule, même les mois où le gaz se négocie moins cher.

Une facture que plus personne ne pilote

Depuis la fin du tarif réglementé en 2023, les 10,34 millions de foyers raccordés au gaz suivent le marché mois après mois, à travers ce prix repère que publie la CRE. La volatilité saute aux yeux : 15,4 % de hausse au 1er mai, 4,8 % de baisse en juin, 7,4 % de remontée en juillet. Une offre à prix fixe ne protège qu’à moitié, prévient lesfurets, car le tarif d’acheminement, lui, s’impose à tous les contrats, quel que soit le fournisseur. Seuls les ménages les plus modestes gardent un filet, le chèque énergie, pour amortir le choc.

Bordeaux et Strasbourg tournent une page

La mécanique ne s’arrêtera pas là. Le tarif ATRD7 a été conçu pour évoluer automatiquement chaque 1er juillet jusqu’en 2028, et le prix repère sera réajusté dès le mois prochain. La décision de la CRE sur la péréquation doit encore passer devant le Conseil supérieur de l’énergie avant de s’appliquer pour de bon. Pour les habitants de Bordeaux, de Strasbourg ou de Grenoble, l’été 2026 refermera tout de même une singularité tarifaire vieille de plusieurs décennies.