Il y a un an et demi, il récupérait le volant laissé vacant par Lewis Hamilton chez Mercedes. Aujourd’hui, c’est lui qui caracole en tête du championnat du monde, très loin devant son illustre prédécesseur. Kimi Antonelli a 19 ans, et il bouscule toute la Formule 1.

Cinq victoires et 41 points d’avance

Les chiffres donnent le vertige. À l’entame du Grand Prix d’Autriche, huitième manche de la saison, l’Italien compte 41 points d’avance sur Hamilton, passé chez Ferrari, selon le classement officiel de la FIA. Mercedes a remporté six des sept premières courses de l’année, dont cinq signées Antonelli. Une razzia qui n’a laissé que des miettes aux écuries que l’on attendait pourtant aux avant-postes.

Le plus frappant tient au rythme. Le jeune pilote n’a pas grappillé ses succès au compte-gouttes, il les a enchaînés, week-end après week-end, jusqu’à transformer un duel annoncé en cavalier seul. À ce stade de la saison, la question n’est plus de savoir s’il peut gagner, mais qui pourra l’arrêter. Mercedes, de son côté, file vers le titre constructeurs avec une marge confortable.

L’ordre établi en a pris un coup. Max Verstappen et Red Bull, maîtres des saisons précédentes, courent après le rythme. McLaren, avec Oscar Piastri et Lando Norris, limite les dégâts sans jamais inquiéter le leader. À Spielberg, Piastri a pris la troisième place des premiers essais, devant une Ferrari dont la dernière évolution n’a rien changé, relève le site spécialisé Motorsport.

Le plus jeune leader de l’histoire

Né le 25 août 2006, Andrea Kimi Antonelli est devenu le plus jeune pilote à mener le championnat du monde, un record que personne n’avait jamais approché. Sa collection de premières fois s’allonge à chaque rendez-vous, à en croire les statistiques de la Formula 1. Plus jeune pilote à signer trois victoires d’affilée. Premier de l’histoire à remporter ses quatre premiers Grands Prix consécutivement. Plus jeune auteur d’une pole position, à 19 ans, 6 mois et 18 jours. Plus jeune, enfin, à réussir un grand chelem, ce sans-faute qui consiste à partir en tête, mener chaque tour, signer le meilleur chrono et l’emporter.

Repéré très tôt et formé dans la filière Mercedes, le prodige italien a brûlé les étapes. Propulsé en Formule 1 en 2025 pour succéder à Hamilton, parti réaliser son rêve italien, il n’a pas tremblé devant l’ampleur de la mission. Un an plus tard, l’apprenti est devenu le maître.

Ce qui sidère le paddock, c’est moins sa vitesse pure que son sang-froid. Là où d’autres auraient ployé sous la pression d’un baquet aussi convoité, l’Italien gère ses courses en vétéran, sans faute de débutant ni excès d’enthousiasme. La maturité d’un homme rodé dans le corps d’un adolescent à peine majeur. Ses propres ingénieurs peinent à le prendre en défaut sur la gestion des pneus, nerf de la guerre de ces nouvelles monoplaces.

L’enjeu dépasse désormais la simple victoire de prestige. S’il tient la distance jusqu’à l’automne, Antonelli deviendrait le plus jeune champion du monde de l’histoire, pulvérisant la marque établie par Sebastian Vettel, sacré à 23 ans en 2010. À 19 ans, il réécrirait d’un trait des pages entières de records.

Mercedes a gagné le pari 2026

Rien de tout cela ne serait arrivé sans une voiture au sommet. La saison 2026 marque la plus grosse révolution technique de la F1 depuis des années. Nouveaux moteurs, part électrique gonflée, carburant durable, aérodynamique active, pneumatiques repensés : tout a basculé en même temps. Concrètement, les monoplaces sont plus légères, leurs ailerons s’ajustent en piste, et près de la moitié de leur puissance provient maintenant de l’électrique.

Un tel bouleversement rebat toujours les cartes, et certains s’y cassent les dents pendant que d’autres frappent juste. Mercedes a rendu la meilleure copie. Sa monoplace, la W17, doit beaucoup à un système de récupération d’énergie plus efficace que celui de Ferrari, un atout qui se paie cash dans les longues lignes droites et les relances. Là où ses rivales tâtonnent encore, l’écurie allemande aligne deux flèches d’argent capables de verrouiller les premières lignes.

Hamilton patine chez Ferrari

Pendant ce temps, Lewis Hamilton traverse une saison en clair-obscur. Le septuple champion du monde a quitté Mercedes fin 2024 pour endosser le rouge Ferrari, un transfert qui avait secoué la planète sport. Sa première victoire avec la Scuderia, décrochée il y a une quinzaine de jours à Barcelone, a fait exulter toute l’Italie. L’embellie a pourtant tourné court.

À Spielberg, le Britannique n’a signé que le cinquième temps des premiers essais, à bonne distance de l’armada Mercedes. À 41 ans, il court après un huitième sacre qui s’éloigne, doublé par un pilote qui n’avait pas un an quand lui-même débutait en Formule 1. Le symbole est rude, mais le sport n’a jamais fait dans la nostalgie.

Tout se joue ce week-end en Autriche

Le Red Bull Ring, court tracé nerveux planté dans les montagnes autrichiennes, pourrait prolonger la démonstration. Vendredi, Antonelli a déjà réglé la première séance d’essais libres, devançant son coéquipier George Russell de quatre centièmes de seconde, rapporte ESPN. Les qualifications se disputent ce samedi, la course dimanche.

Une nouvelle victoire, et l’Italien deviendrait un peu plus le visage d’une Formule 1 qui, contre toute attente, s’est trouvé un patron avant même qu’il ait soufflé ses vingt bougies. Reste à savoir si quelqu’un, sur la grille, aura les moyens de gâcher la fête avant la trêve estivale. À ce rythme, la Formule 1 a moins l’air d’attendre un sacre que d’assister à un changement d’ère.