87 % des Français y sont favorables. Mardi 30 juin, leurs députés tranchent sur l’aide à mourir, après plus d’un an de navette entre l’Assemblée et le Sénat. Mais ce scrutin ne sera pas le dernier.

La proposition de loi est revenue dans l’hémicycle le 22 juin pour une troisième lecture. Les débats se sont étirés toute la semaine, week-end compris, sur fond de mobilisation intense des opposants. Près de 1 832 amendements ont été déposés, en majorité par des élus de la Droite républicaine et du Rassemblement national, décidés à supprimer le texte ou à en rogner la portée. Le vote solennel, lui, est calé au mardi 30 juin.

Le chemin aura été sinueux. Le texte porté par le député Olivier Falorni a été adopté une première fois par l’Assemblée en mai 2025, puis une deuxième en février 2026. À chaque passage, le Sénat l’a rejeté. La commission mixte paritaire, censée rapprocher les deux chambres, a échoué le 2 juin. D’où ce retour devant les députés, qui finiront par avoir le dernier mot. Selon un sondage IFOP de janvier 2026, 87 % des Français approuvent un tel droit, une proportion stable depuis l’automne et qui traverse les clivages: même 72 % des catholiques pratiquants s’y disent favorables.

Cinq conditions, toutes obligatoires

Pour demander une aide à mourir, il faudra cocher cinq cases, et les cocher toutes. Être majeur, d’abord. Être français ou résider en France de façon stable et régulière, ensuite. Souffrir d’une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale. Endurer une souffrance physique ou psychologique réfractaire aux traitements, ou jugée insupportable quand le malade refuse de se soigner. Et, cinquième verrou, être capable d’exprimer sa volonté de manière libre et éclairée.

Le détail compte. D’après le dossier législatif de l’Assemblée nationale, une souffrance exclusivement psychologique ne suffit pas à ouvrir ce droit. Une personne dont le discernement est gravement altéré, à un stade avancé de la maladie d’Alzheimer par exemple, en serait écartée: elle ne peut plus exprimer un choix libre. La France resterait donc loin des modèles belge ou néerlandais, bien plus ouverts.

Le dernier geste qui divise

Reste le point le plus sensible: qui administre le produit? Le texte adopté en deuxième lecture posait l’auto-administration comme règle. Le malade accomplit lui-même le geste, un soignant n’intervenant que s’il en est physiquement incapable. En troisième lecture, une partie des députés a voulu instaurer un libre choix entre l’auto-administration et l’intervention d’un médecin ou d’un infirmier. Le président de la commission des affaires sociales, Frédéric Valletoux, a prévenu que son vote final dépendrait du retour à la règle initiale, qu’il juge plus équilibrée.

Dans tous les cas, une clause de conscience est prévue. Aucun soignant ne pourra être forcé de participer à une aide à mourir, sur le modèle de ce qui existe déjà pour l’interruption volontaire de grossesse.

Un amendement voté pendant le dîner

Le moment le plus inattendu de la semaine s’est joué le mardi 23 juin, peu après 21 heures. À la reprise des débats, alors que plusieurs partisans du texte n’étaient pas encore revenus en séance, un amendement de la députée Marie-France Lorho (Rassemblement national) a été adopté à main levée. Son objet: écarter les médecins de l’administration de la substance létale, au nom du serment d’Hippocrate. « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément », a rappelé son collègue Christophe Bentz.

Conséquence aussi cocasse que problématique: les médecins se retrouvaient exclus, mais les infirmiers, eux, pouvaient toujours agir. Selon la chaîne parlementaire LCP, le rapporteur général Philippe Vigier (Les Démocrates) a estimé que le dispositif avait été « déchiqueté » et réclamé une seconde délibération pour revenir sur ce vote avant le scrutin de mardi. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a fait part du même agacement.

La bataille des mots

Derrière la procédure se cache une guerre de vocabulaire. Les adversaires du texte refusent l’expression « aide à mourir », qu’ils jugent trop douce, et réclament les mots « euthanasie », « suicide assisté » ou « mort programmée ». Ils veulent aussi inscrire noir sur blanc que provoquer la mort ne relève pas du « soin ». Les partisans répondent que la formule retenue décrit fidèlement un acte encadré et demandé par le patient. Chaque terme pèse, car il guidera l’interprétation de la loi pendant des années.

Les soins palliatifs, angle mort du débat

La polémique éclipse souvent l’autre moitié de la réforme. Un second texte, consacré aux soins palliatifs et à l’accompagnement, chemine en parallèle. Son enjeu est immense: en 2025, une vingtaine de départements français ne disposaient toujours d’aucune unité de soins palliatifs, des Ardennes aux Pyrénées-Orientales en passant par la Corrèze. Difficile de parler de vrai choix de fin de vie quand l’accès aux soins d’accompagnement dépend encore du code postal. Le gouvernement promet une unité dans chaque département d’ici fin 2026.

En Europe, deux modèles coexistent

La France arriverait tard, et avec prudence. Cinq pays européens autorisent déjà l’euthanasie: les Pays-Bas, pionniers dès 2002, la Belgique la même année, le Luxembourg en 2009, l’Espagne en 2021 et le Portugal. La Belgique va le plus loin, puisqu’elle l’ouvre aux mineurs depuis 2014. La Suisse, elle, ne reconnaît pas l’euthanasie active mais tolère le suicide assisté, où le malade accomplit seul le geste. Des associations comme Dignitas y accueillent depuis longtemps des patients étrangers, dont des Français faute de solution chez eux. Limité aux phases avancées ou terminales et fermé aux souffrances purement psychiques, le texte français se rangerait parmi les plus restrictifs du continent.

Le vrai rendez-vous tombe le 15 juillet

Même approuvé mardi, le texte ne sera pas adopté pour autant. Il repartira au Sénat le 7 juillet, qui devrait le rejeter une troisième fois. L’Assemblée nationale aura alors le dernier mot, lors d’un ultime vote prévu le 15 juillet. C’est ce jour-là, et pas avant, que la France saura si elle se dote enfin d’un droit à l’aide à mourir.