Le Tour de France est parti sans la France. Samedi, la 113e édition s’est élancée de Barcelone, et Tadej Pogačar a concédé 12 secondes dès la première heure de course. Le quadruple vainqueur, celui que plus personne n’arrive à suivre en montagne, court déjà derrière un Danois.
Barcelone signe un Grand Départ historique
C’est seulement la troisième fois que la Grande Boucle démarre en Espagne, après Saint-Sébastien en 1992 et Bilbao en 2023. Barcelone devient au passage la ville la plus au sud à avoir jamais accueilli un départ du Tour, soulignent les organisateurs. La capitale catalane, désignée Capitale mondiale de l’architecture 2026, a offert ses avenues et son front de mer à la caravane, avec des dizaines de milliers de spectateurs massés le long des barrières, entre la Méditerranée et la colline de Montjuïc.
Ce choix n’a rien d’un hasard. Ces dernières années, le Tour a multiplié les départs à l’étranger, de Copenhague à Bilbao en passant par Florence. Les villes hôtes paient cher ce privilège, mais y gagnent une vitrine mondiale et des hôtels pleins pendant des semaines. Revers de la médaille pour les fans français, le peloton reste trois jours du côté espagnol des Pyrénées avant de franchir la frontière. Il faudra donc attendre lundi pour voir la course rouler sur une route de l’Hexagone.
Un chrono par équipes comme on n’en voyait plus
Pour lancer les hostilités, les organisateurs ont ressorti une formule tombée en désuétude, le contre-la-montre par équipes. Il faut remonter à 1971 pour retrouver un Tour qui s’ouvre ainsi. Sur 19,6 kilomètres à travers Barcelone, les formations se sont élancées l’une après l’autre, du bord de mer jusqu’à la bosse de Montjuïc et sa rampe finale à 6,5 % de moyenne.
Le format récompense les équipes les plus profondes, celles qui alignent huit rouleurs capables de tenir la même roue à plus de 55 km/h. Une règle a changé cette année, et elle compte. Chaque coureur reçoit désormais un temps individuel pour le classement général, calé sur le premier homme de son équipe à franchir la ligne. Traduction, une formation qui explose en route ne plombe pas seulement sa journée, elle handicape son leader pour trois semaines. La moindre erreur se paie dès le samedi.
Visma frappe, Pogačar sauve les meubles
C’est la Visma-Lease a Bike qui a signé le meilleur temps, devant Netcompany-Ineos et UAE Team Emirates. Jonas Vingegaard endosse donc le premier maillot jaune de ce Tour 2026. Derrière, les écarts sont déjà tombés, Pogačar à 12 secondes d’après Cyclingnews, Juan Ayuso à 16, et Remco Evenepoel à 19. Pour un spécialiste du chrono comme le Belge, dont l’équipe Red Bull-Bora a calé dans le final, la note est salée.
Le Slovène, lui, a limité les dégâts dans les derniers hectomètres. Lancé pleins gaz avec son coéquipier Isaac del Toro à 600 mètres de l’arrivée, il a même roulé trois secondes plus vite que Vingegaard dans la montée finale, rapporte The National. Un effort qui lui vaut un premier lot de consolation, le maillot à pois de meilleur grimpeur, dès l’ouverture.
Douze secondes qui racontent une revanche
Sur le papier, 12 secondes ne décident pas d’un Tour de France. Mais elles envoient un signe. Depuis deux ans, Vingegaard encaisse. Deuxième en 2024, deuxième en 2025, à chaque fois relégué à plus de quatre minutes au général, le Danois avait bouclé sa dernière édition à 4 minutes et 24 secondes de Pogačar. Cet été, c’est lui qui a pris les devants en premier.
La hiérarchie s’inverse, au moins pour quelques jours. Vingegaard, 29 ans, a bâti toute sa saison autour d’une idée fixe, ne plus subir. Coiffer le maillot jaune avant même la première étape de montagne, c’est un message adressé à son rival et à tout le peloton.
Pogačar vise une place dans la légende
Pour Pogačar, l’enjeu dépasse de loin une poignée de secondes. À 27 ans, le coureur d’UAE chasse un cinquième Tour de France. Un total que seuls quatre hommes ont atteint dans l’histoire, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Jacques Anquetil et Miguel Indurain. Aucun n’a fait mieux. Rejoindre ce quatuor, ce serait s’installer pour de bon au sommet du cyclisme mondial.
D’où le poids de chaque instant perdu. Le Slovène sait qu’il finit presque toujours par se détacher dans les cols, comme le rappelle NBC Sports en faisant de lui le grand favori. Mais entamer une quête de record avec du retard, face à un adversaire assoiffé de revanche, l’oblige à revoir ses plans. Il devra attaquer plus tôt, prendre davantage de risques, dépenser plus d’énergie.
La France attend lundi, et un sacre depuis 41 ans
Le vrai rendez-vous du public français, c’est lundi. La troisième étape s’élancera de Granollers pour grimper jusqu’à la station des Angles, dans les Pyrénées-Orientales. Première arrivée en France, première arrivée en altitude, premières vraies empoignades entre favoris. C’est presque toujours dans la montagne que le Tour dévoile sa vérité.
Et une vieille question refait surface, comme chaque juillet. La France n’a plus gagné son propre Tour depuis Bernard Hinault, en 1985. Quarante et un ans de disette. Cette fois, les projecteurs cherchent Paul Seixas, jeune espoir tricolore glissé parmi les outsiders par NBC Sports. Personne ne le voit détrôner Pogačar, mais son nom suffit à réveiller le rêve.
En attendant, le peloton boucle ce dimanche une deuxième étape de 178 kilomètres entre Tarragone et Barcelone, dessinée pour les puncheurs. Les comptes sérieux, eux, s’ouvriront lundi, de l’autre côté de la frontière.