Le plus français des rendez-vous sportifs ne touchera pas le sol français avant lundi. Samedi 4 juillet, les 184 coureurs du Tour s’élancent de Barcelone, à une centaine de kilomètres de la frontière. Trois jours en Catalogne les attendent avant le premier col pyrénéen.

Trois jours espagnols avant le premier col

Le coup d’envoi se joue contre la montre, par équipes, sur 19,7 kilomètres dans les avenues de Barcelone. Ce format collectif n’avait plus ouvert le Tour depuis 1971, un demi-siècle. Chaque coureur reçoit cette fois un temps individuel à l’arrivée, une nouveauté qui force les leaders à choisir : rester dans la roue de leurs équipiers ou plonger seuls vers le chrono.

Les deux premières étapes se terminent sur Montjuïc, la colline qui surplombe la ville et qui abrita les Jeux olympiques de 1992. Il faut patienter jusqu’à la troisième étape, lundi 6 juillet, entre Granollers et la station des Angles, pour voir le peloton basculer enfin sur le versant français des Pyrénées. C’est la troisième fois que l’Espagne accueille le grand départ, après Saint-Sébastien en 1992 et Bilbao en 2023. De quoi poser une question toute bête : pourquoi la course la plus tricolore du calendrier s’ouvre-t-elle si souvent hors de France ?

Des millions pour trois jours de course

La réponse tient dans une ligne de comptabilité. Accueillir le grand départ ne rapporte aucune recette directe à la ville, c’est elle qui paie pour l’obtenir. La redevance réglée à Amaury Sport Organisation, propriétaire du Tour, oscille entre 3 et 6 millions d’euros une fois additionnés les frais d’organisation, selon les estimations relayées par CNews et Europe 1. Bilbao a fait exploser le compteur en 2023 avec près de 12 millions, un record. Nice avait prévu 4 millions pour son départ de 2020, Florence une enveloppe voisine en 2024.

La marche est haute. Une ville française qui reçoit une étape ordinaire débourse 100 000 euros pour un départ et 140 000 pour une arrivée. Le grand départ, lui, se compte en millions. Barcelone n’a pas dévoilé le montant exact de son chèque, mais les collectivités parient sur le retour. Le Pays basque avait estimé les retombées de Bilbao entre 25 et 30 millions d’euros. À Düsseldorf, en 2017, les autorités allemandes avaient chiffré 27 millions de gains pour 7 millions engagés. Le rapport tourne presque toujours autour de un pour quatre ou cinq. Trois semaines d’images diffusées dans près de 190 pays valent cher en publicité touristique.

Pogačar chasse un record à cinq

Sur le bitume, un homme fausse tous les pronostics. Tadej Pogačar, 27 ans, part en quête d’un cinquième sacre après ses couronnes de 2020, 2021, 2024 et 2025. Y parvenir le hisserait au niveau des quatre seuls quintuples vainqueurs de l’histoire : Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. En juin, le Slovène a écrasé le Tour de Suisse, laissant son premier poursuivant à plus de six minutes, un gouffre à ce niveau.

Son grand rival danois, Jonas Vingegaard, débarque avec le Giro d’Italia dans les jambes, gagné en mai. Double lauréat du Tour en 2022 et 2023, il reste le seul coureur à avoir fait céder Pogačar sur trois semaines. Son équipe Visma se présente pourtant amputée de Wout van Aert, son couteau suisse, forfait. Le Belge Remco Evenepoel, l’Équatorien Richard Carapaz et le Slovène Primož Roglič compléteront la lutte pour le podium. Pour la France, l’espoir s’appelle Paul Seixas : le prodige devient le plus jeune partant du Tour depuis 1937. Le pays attend toujours un successeur à Hinault, dernier vainqueur tricolore en 1985, quarante et un ans de disette.

Un tracé pensé contre un seul coureur

Christian Prudhomme ne s’en est jamais caché. Le directeur de la course a dessiné l’édition 2026 « en crescendo », pour retarder le plus possible la mainmise de Pogačar. Traduction : peu d’occasions de creuser des écarts avant la dernière semaine. Les organisateurs ont rogné le contre-la-montre individuel à 26 kilomètres, de quoi frustrer les rouleurs comme Evenepoel, privés de leur terrain de prédilection. La première vraie explication attendra la sixième étape et l’arrivée au sommet de Gavarnie-Gèdre, le 9 juillet.

La haute montagne tranchera dans le dernier acte. Cinq arrivées au sommet parsèment le parcours, dont le Plateau de Solaison pour la première fois, avant un bouquet final rare : deux ascensions de l’Alpe d’Huez à vingt-quatre heures d’intervalle, les 24 et 25 juillet. La station mythique n’avait plus reçu le Tour depuis 2022. Tout le monde n’a pas applaudi ce menu. Le commentateur britannique Ned Boulting a trouvé le tracé « dépouillé », sans pavés, sans étape de bordures, sans gravier, un Tour de purs grimpeurs pauvre en embuscades.

Les sprinteurs ne sont pas oubliés. Pour la première fois depuis 2010, plusieurs étapes offriront deux sprints intermédiaires, une petite révolution destinée à rallumer la bataille du maillot vert. De quoi distribuer des points aux baroudeurs et compliquer les calculs des trains de sprint, souvent réglés au cordeau.

L’équipe qui a changé de nom

Le départ catalan traîne aussi une tension politique. En 2025, des manifestants pro-palestiniens avaient bloqué plusieurs étapes de la Vuelta espagnole pour dénoncer la présence de l’équipe Israel-Premier Tech. La mairie de Barcelone avait fait savoir qu’elle ne souhaitait pas voir cette formation sur sa ligne de départ. Depuis, l’équipe a changé de nom et de nationalité administrative : elle court sous licence suisse, rebaptisée NSN Cycling Team. La présentation des équipes, jeudi soir au pied de la Sagrada Família, s’est déroulée sans heurt notable devant des milliers de spectateurs.

Le reste appartient aux trois prochaines semaines. Après la Catalogne, le peloton traversera les Pyrénées, le Massif central, le Jura et les Alpes avant de rallier Paris le 26 juillet. Comme en 2025, le final s’aventurera sur les pavés de Montmartre avant les Champs-Élysées. D’ici là, 3 333 kilomètres à avaler et un maillot jaune à défendre chaque jour.