Il a nié pendant cinq ans, jusque dans le box des accusés. Puis Cédric Jubillar a pris un stylo. Dans une lettre remise à l’un de ses avocats, l’époux de Delphine reconnaît l’avoir tuée, un aveu écrit qui fait basculer l’un des dossiers criminels les plus suivis de France.

L’information, révélée lundi par La Dépêche du Midi, a été confirmée dans la foulée par son conseil, Pierre Debuisson. « Il m’a remis des aveux circonstanciés », a rapporté l’avocat. Après des années de dénégations, l’homme déjà condamné à trente ans de réclusion admet être l’auteur du meurtre de sa femme. Un basculement que plus personne n’attendait.

Cinq ans de silence sur une nuit d’hiver

Tout se noue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines, un village du Tarn. Delphine Jubillar, infirmière trentenaire et mère de deux enfants, disparaît sans laisser de trace. Au petit matin, son mari donne l’alerte: elle serait sortie marcher dans le froid et ne serait jamais rentrée. Personne ne la reverra. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Dès l’alerte, gendarmes, maîtres-chiens et hélicoptères ratissent la campagne gelée. Les premières heures ne donnent rien, puis les jours, puis les semaines. La piste de la fugue s’efface peu à peu au profit d’une hypothèse plus sombre. Autour du hameau, les habitants s’organisent en battues, scrutent les fossés et les sous-bois. Delphine reste introuvable.

Les enquêteurs relèvent vite des zones d’ombre. Les lunettes de la jeune femme sont découvertes tordues au domicile, un détail qui cadre mal avec un départ volontaire. Le couple se déchirait, une procédure de divorce était engagée. Placé en détention provisoire dès juin 2021, Cédric Jubillar clame son innocence, pendant l’instruction comme à la barre, sans jamais fléchir. L’enquête, l’une des plus lourdes de ces dernières années, mobilise des centaines de gendarmes et des milliers d’heures d’investigation.

Trente ans de prison, sans corps ni aveu

À l’automne 2025, au terme de quatre semaines d’audience, la cour d’assises du Tarn l’a reconnu coupable et condamné à trente ans de réclusion criminelle. Une décision peu commune: ni corps, ni arme, ni aveu, un faisceau d’indices pour seule boussole. Persuadé de pouvoir renverser le verdict, il avait aussitôt fait appel, dans l’espoir de tout rejouer devant une nouvelle cour.

Au procès, l’accusation avait assemblé un puzzle: le silence du téléphone de Delphine après minuit, les contradictions du mari, un mobile né de la rupture. La défense, elle, dénonçait un dossier vide, sans preuve directe ni scène de crime. Le jury a fini par pencher du côté de la culpabilité, sans jamais savoir où reposait la victime.

Pendant ces cinq années, le pays s’est divisé sur une question simple: coupable, ou victime d’une erreur judiciaire? Des comités de soutien s’étaient formés, persuadés de son innocence. Livres, podcasts et documentaires avaient disséqué chaque pièce du dossier. La lettre balaie le doute d’un revers.

Une lettre qui rouvre la question du corps

Passé le premier choc, une question domine: où est Delphine. Depuis bientôt cinq ans, ses proches réclament un lieu, une sépulture, la fin de l’incertitude. Des aveux détaillés pourraient, en théorie, révéler l’endroit où le corps a été dissimulé. À ce stade, rien n’indique que la lettre le précise.

Les enquêteurs pourraient s’emparer du document pour relancer les fouilles. Si le condamné y désigne un endroit, gendarmes et magistrats devront le vérifier sur le terrain, au risque d’une nouvelle déception. Un aveu ne devient une preuve solide que le jour où il conduit à un résultat concret. Étangs, puits, anciennes galeries de mine du bassin carmausin ont déjà été fouillés en vain.

Deux enfants, une affaire devenue feuilleton

Pour les deux enfants du couple, confiés à un tiers depuis la disparition de leur mère, la nouvelle rouvre une plaie que le temps n’a pas refermée. Du côté des parties civiles, la mère et le frère de Delphine attendent depuis le premier jour une reconnaissance des faits. Cet aveu, s’il tient, leur offrirait une vérité, sans pour autant leur rendre un corps à pleurer.

L’affaire s’était muée en feuilleton national, scrutée par les médias et disséquée sur les plateaux, au point de rendre familier le nom d’un simple hameau du Tarn. Que la révélation vienne de la défense elle-même ajoute au trouble. D’ordinaire, un avocat protège la parole de son client. Ici, c’est lui qui rend l’aveu public, signe que Cédric Jubillar a choisi d’assumer après l’avoir si longtemps refusé. Les raisons de ce revirement, elles, restent à éclaircir.

Ce que la justice va devoir trancher

Un aveu, même écrit, ne vaut pas vérité judiciaire tant qu’il n’a pas été examiné. Les magistrats devront jauger la sincérité de la lettre, la confronter aux éléments matériels, écarter l’hypothèse d’un calcul. Le parquet pourrait réclamer de nouveaux actes d’enquête avant tout rendez-vous d’audience. La question de l’appel se pose désormais sans détour: Cédric Jubillar peut maintenir son recours, le retirer, ou en revoir la portée. Un désistement rendrait définitive la peine de trente ans.

Les revirements de cette ampleur restent rares dans les annales judiciaires. Qu’un condamné ayant clamé son innocence finisse par tout reconnaître, une fois le verdict tombé, tient de l’exception. Cinq ans après la nuit où Delphine s’est volatilisée, l’affaire vient de changer de visage, et sa famille d’entrevoir enfin une réponse. La suite se jouera dans les semaines à venir, entre les mains de la justice et, pour la première fois, sur les mots écrits de son mari.