Sept nominations, aucune qui pèse vraiment. Pour son ultime saison, Stranger Things s’est fait claquer la porte des grandes catégories aux Emmy 2026 : ni meilleure série dramatique, ni meilleur acteur, rien. Le plus gros carton de Netflix termine sa course par l’entrée de service.
Sept nominations, toutes techniques
La liste dévoilée le 8 juillet par la Television Academy a surpris jusqu’aux professionnels du secteur. Stranger Things récolte bien sept citations pour sa cinquième saison, mais chacune tombe dans une catégorie technique : décors, maquillage prothétique, supervision musicale, montage son, mixage son, effets visuels et coordination des cascades. Aucune pour les comédiens. Aucune pour le scénario. Aucune pour la mise en scène des frères Duffer, les créateurs. Pour la première fois depuis 2017, la série disparaît de la catégorie reine, la meilleure série dramatique, où elle avait été nommée à chacune de ses quatre saisons précédentes.
Le camouflet est d’autant plus rude que Netflix avait mis le paquet. La plateforme avait inscrit douze de ses interprètes dans la course aux trophées d’interprétation, de Winona Ryder à Millie Bobby Brown, en passant par Finn Wolfhard, Joe Keery, Sadie Sink ou Jamie Campbell Bower, le glaçant Vecna. Aucun n’a franchi le premier tour. Il faut remonter à 2017 et 2018, et aux seuls David Harbour et Millie Bobby Brown, pour retrouver un acteur de la série cité aux Emmy. Depuis, le vide.
En neuf ans et quatre saisons, le phénomène avait pourtant empilé les nominations et remporté plusieurs Emmy techniques, sans jamais décrocher la moindre récompense majeure d’interprétation ou de meilleure série. La saison 5 devait solder ce compte. Elle le referme au contraire sur un échec plus sec encore que les précédents.
Lancée en 2016, la saga imaginée par les frères Duffer a accompagné toute une génération d’abonnés, de l’enfance de ses héros jusqu’à leur entrée dans l’âge adulte. Sa dernière saison, l’une des plus coûteuses jamais produites par la plateforme, avait été découpée en plusieurs volumes pour étirer l’attente et garder les fans en haleine jusqu’au dénouement. Sur le terrain commercial, le pari reste gagné : le programme a caracolé en tête des audiences mondiales de Netflix pendant des semaines. Sur celui des trophées, la mécanique s’est enrayée.
Une série d’hôpital rafle la mise
Le triomphateur du jour porte un nom que peu de téléspectateurs français connaissent : The Pitt. Cette fiction hospitalière diffusée outre-Atlantique par HBO Max s’est imposée avec vingt-cinq nominations, presque le double de son score de l’an dernier, dont treize rien que pour ses comédiens, selon le décompte de Variety. Elle s’installe en tête de la meilleure série dramatique face à Pluribus, Slow Horses, Paradise, The Diplomat, The Gilded Age ou encore A Knight of the Seven Kingdoms.
Du côté de la comédie, Hacks a réécrit les records. La série a réuni vingt-quatre nominations pour sa cinquième et dernière saison, un total jamais atteint par un programme humoristique en une seule année, souligne Deadline. Elle coiffe The Bear et The Studio, à égalité avec vingt-trois citations chacune. La surprise Widow’s Bay, révélation de l’année, s’invite avec dix-neuf nominations. Autant de projecteurs braqués ailleurs que sur le monstre de Hawkins.
Pourquoi les votants ont tourné le dos
Le rejet interpelle, car l’académie raffole d’ordinaire des adieux. Couronner un dernier chapitre, offrir une sortie triomphale à un feuilleton culte, c’est presque un réflexe chez les votants. Stranger Things partait donc en position attendue, sinon favorite. Mais son épilogue a fracturé son public. La saison 5, l’un des plus gros événements télé de l’année, a aussi déclenché une salve de critiques chez les fans, déçus par les choix scénaristiques du final.
Les électeurs paraissent avoir fait payer cette conclusion clivante. Le site spécialisé Gold Derby y lit un basculement : les fins qui divisent ne récoltent plus les honneurs automatiques d’autrefois. Squid Game, Euphoria ou The Boys ont essuyé le même froid glacial lors de leurs dernières salves. La grand-messe du petit écran, longtemps prévisible, se méfie désormais des poids lourds populaires, comme si le triomphe d’audience était devenu suspect aux yeux du jury.
Ce grand écart entre succès public et dédain des jurys n’a rien d’anodin. Il rappelle que les Emmy, décernés par les membres mêmes de l’industrie, récompensent souvent l’audace d’écriture ou la fraîcheur d’un nouveau venu plus que la force de frappe d’un blockbuster installé. The Pitt et Pluribus, deux arrivantes, en profitent pleinement, quand les valeurs sûres du catalogue voient la porte se refermer.
Stranger Things loin d’être seul
D’autres têtes d’affiche sont restées à quai. Sydney Sweeney, applaudie pour l’ultime saison d’Euphoria, a été écartée du meilleur second rôle féminin. Jeremy Allen White, sacré meilleur acteur en 2023 et 2024 pour The Bear, ne figure pas dans la sélection cette année. Zendaya sauve l’honneur de la bande d’Euphoria avec une nomination au premier rôle. The Hollywood Reporter décrit une cuvée pleine de trous d’air pour les favoris supposés.
Pour Netflix, la vexation dépasse la seule question du prestige. La plateforme espérait un sacre pour l’une de ses vitrines les plus rentables, celle qui a propulsé une bande d’ados de l’Indiana au rang de stars planétaires et ressuscité l’imaginaire des années 1980. Neuf ans après un démarrage triomphal, le grand final rêvé se solde par une douche froide.
La cérémonie se tiendra le 14 septembre au Peacock Theater de Los Angeles, orchestrée par l’actrice Mariska Hargitay. Stranger Things pourra y glaner une poignée de statuettes techniques, pour ses décors ou ses effets spéciaux. Mais le seul trophée qui l’aurait fait entrer au panthéon des grandes séries, celui de la meilleure fiction dramatique, lui a déjà échappé.