Ce lundi soir, Leicester Square est saturé. Matt Damon, Zendaya, Tom Holland et Christopher Nolan déroulent le tapis rouge londonien de L’Odyssée, le film le plus cher jamais signé par le réalisateur. Coût estimé à 250 millions de dollars, pour raconter une histoire que des générations de collégiens ont découverte en cours de français.
La sortie française est fixée au 15 juillet, deux jours avant les États-Unis. Et le phénomène a commencé bien avant la première image officielle.
Des places vendues un an à l’avance
En juillet 2025, Universal a ouvert la vente de billets pour certaines séances du week-end d’ouverture. Douze mois avant la sortie. Le Hollywood Reporter a qualifié la manœuvre d’inhabituelle pour un grand studio, aucun distributeur n’ayant l’habitude de mettre des tickets en vente si loin de la date de projection.
Le résultat a surpris tout le monde. Plusieurs séances en IMAX 70 mm ont affiché complet en moins de douze heures, soit la moitié des vingt-deux salles américaines équipées pour ce format. Environ 1,5 million de dollars encaissés avant même qu’on sache à quoi ressemblait le film. IMDb a placé L’Odyssée en tête de ses productions les plus attendues de 2026. Et quand la bande-annonce est arrivée en décembre, elle a récolté 121,4 millions de vues en vingt-quatre heures, d’après la société d’analyse WaveMetrix. Un score qui dépasse celui de Wicked : For Good et double celui de la première bande-annonce d’Oppenheimer.
Nolan a soigné le teasing à sa manière. En décembre, il a glissé un prologue de six minutes montrant la ruse du cheval de Troie devant les séances IMAX d’autres blockbusters, sans jamais le diffuser en ligne. Le critique du Telegraph Tim Robey y a vu une séquence « très Nolan », pendant que Daniel D’Addario, de Variety, comparait ce prélude à un petit film épique caché dans le grand. De quoi nourrir la curiosité pendant des mois, un spectateur devant payer sa place pour l’apercevoir.
Un tournage prisonnier de caméras géantes
La raison de cette fièvre tient en partie à un choix technique radical. L’Odyssée est le premier long-métrage tourné entièrement avec des caméras IMAX 70 mm, les plus lourdes et les plus bruyantes du métier, réputées difficiles à manier dans les scènes dialoguées. Richard Gelfond, patron d’IMAX, affirme que Nolan a employé une technologie jamais utilisée jusqu’ici pour élargir encore l’image.
Derrière la caméra, on retrouve le chef opérateur Hoyte van Hoytema et le compositeur Ludwig Göransson, déjà primé pour Oppenheimer. Le tournage s’est étalé sur sept pays et territoires entre février et août 2025 : Maroc, Grèce, Italie, Écosse, Islande, Malte et Sahara occidental, complétés par un plateau à Los Angeles. Durée finale, 2 h 52. Classé R aux États-Unis, soit déconseillé aux plus jeunes sans accompagnement.
Ce choix explique en partie la ruée sur les billets. Seule une poignée de salles dans le monde peuvent projeter une véritable copie IMAX 70 mm, une pellicule qui affiche une image bien plus grande que le numérique classique. En France, le film sortira aussi dans ces salles premium, prises d’assaut dès l’ouverture des réservations.
Damon a fondu, et gardé sa barbe
Pour incarner Ulysse, Matt Damon a redessiné son corps. L’acteur est descendu à 76 kilos, son poids de lycéen, en supprimant le gluten et en suivant un entraînement destiné à le rendre sec et musclé, comme il l’a raconté à Entertainment Weekly. Il a aussi laissé pousser une vraie barbe pendant un an : Nolan refusait la pilosité artificielle, il voulait la texture du poil réel à l’écran.
Autour de lui, la distribution ressemble à une cérémonie de remise de prix. Anne Hathaway joue Pénélope, l’épouse restée à Ithaque. Tom Holland est Télémaque, le fils parti chercher son père. Robert Pattinson campe Antinoos, l’un des prétendants qui assiègent la reine. Zendaya devient la déesse Athéna, Charlize Theron la nymphe Calypso, et Lupita Nyong’o, Jon Bernthal ou encore Mia Goth complètent l’ensemble. Nolan décrit son Ulysse comme un stratège hors pair, un homme rusé, ce qui l’intéressait davantage que le simple guerrier.
Le pari d’un texte de 2 700 ans
C’est le premier film de Nolan depuis Oppenheimer, sacré meilleur film aux Oscars et proche du milliard de dollars au box-office. Fort de ce triomphe, le cinéaste a obtenu ce que peu de réalisateurs décrochent à Hollywood, un budget colossal et la liberté d’imposer ses règles. Cette fois, il s’attaque à Homère, texte fondateur de la littérature occidentale, en s’appuyant sur la traduction de 2017 de la classiciste Emily Wilson et sur les monstres animés du maître des effets spéciaux Ray Harryhausen. L’histoire reste celle apprise à l’école : le retour d’Ulysse après la guerre de Troie, le cyclope Polyphème, les sirènes, Calypso, et Pénélope harcelée par ses prétendants.
Le pari n’a pourtant rien d’évident. Une adaptation de mythologie grecque de près de trois heures, classée R, n’entre dans aucune case de blockbuster garanti. Variety anticipe malgré tout la meilleure recette mondiale de l’année, et TheWrap estime que le film pourrait dépasser The Dark Knight pour devenir le plus gros succès de la carrière de Nolan. Tout se jouera sur la capacité du réalisateur à transformer un devoir de collège en spectacle de masse.
Un tournage qui fait débat
L’enthousiasme n’est pas partagé partout. Plusieurs publications grecques ont relevé des libertés prises avec les armures et les navires de l’époque, des inexactitudes que le studio assume au nom de la relecture artistique. Un point est plus sensible : une partie des scènes a été filmée au Sahara occidental, territoire au statut contesté et largement contrôlé par le Maroc. Des associations sahraouies ont dénoncé un tournage sur une terre qu’elles décrivent comme occupée. Universal n’a pas commenté publiquement ces critiques.
Le verdict tombera vite. En France, L’Odyssée arrive dans les salles le 15 juillet, avec des séances de minuit déjà programmées dans certains cinémas Pathé. Dans quelques jours, les premiers chiffres du box-office diront si Homère valait bien un quart de milliard de dollars.