Un médecin avait signé sa mort. Plus de quatre heures plus tard, l’équipe venue chercher le petit corps l’a retrouvé en train de respirer, au fond de la chambre froide d’un hôpital de l’Arizona. Le bébé de dix-huit mois a survécu.
Une fête du Super Bowl qui tourne au drame
Tout commence le 8 février, lors d’une soirée du Super Bowl à Gilbert, dans la banlieue de Phoenix. Un garçon de dix-huit mois échappe à la surveillance des adultes et bascule dans la piscine du jardin. Quand on le sort de l’eau, il aurait flotté face contre l’eau pendant dix à quinze minutes. Un appel aux secours, dont la chaîne locale AZ Family a diffusé des extraits, raconte la panique des premiers instants. Les secouristes pratiquent un massage cardiaque, filent à l’hôpital. Une heure plus tard environ, un médecin le déclare mort.
« J’ai fait des études de médecine »
Selon les documents de police révélés cette semaine et relayés par CBS News puis par NBC News, deux agents présents auraient remarqué à plusieurs reprises des signes de vie possibles chez l’enfant. Ils s’en inquiètent auprès de l’équipe soignante. Le médecin, le docteur Aryan Toosi, aurait répondu à l’un d’eux : « Faites votre travail et laissez-moi faire le mien. J’ai fait des études de médecine pour une raison. » Le petit corps est alors transféré dans la chambre froide de l’établissement, la pièce qui sert de morgue.
Un souffle à 23 h 52
L’histoire aurait pu s’arrêter là. À 23 h 52, l’équipe du médecin légiste arrive pour récupérer la dépouille. L’enfant respire. Héliporté en urgence vers le Phoenix Children’s Hospital, il finit par s’en sortir et quitte l’hôpital vivant. La police de Gilbert a depuis recommandé des poursuites pour maltraitance contre les parents, qui auraient reconnu avoir consommé du cannabis et mal surveillé leur fils pendant la soirée. Le médecin à l’origine de l’erreur, lui, ne fait pas l’objet de poursuites à ce stade.
Deux façons de revenir d’entre les morts
Comment un enfant peut-il être déclaré mort puis revenir ? Les spécialistes distinguent deux situations. Dans la première, la personne n’était en réalité jamais morte : des signes de vie très faibles ont été manqués. C’est ce que suggèrent ici les observations des policiers. Dans la seconde, le cœur repart tout seul, après l’arrêt des tentatives de réanimation. Ce phénomène porte un nom, le syndrome de Lazare, en référence au personnage biblique ramené à la vie par Jésus. Le terme a été forgé en 1993 par le médecin Jack Bray.
Déclarer un décès, un geste moins simple qu’il n’y paraît
Constater une mort repose sur un faisceau de signes : absence de pouls, arrêt de la respiration, pupilles fixes, tracé plat à l’électrocardiogramme. Le problème, c’est que le froid, une intoxication ou un ralentissement extrême de l’organisme peuvent imiter ces signes à s’y méprendre. Chez un tout-petit, dont le pouls est déjà difficile à palper, la marge d’erreur se réduit encore. Les recommandations invitent à observer le patient un certain temps avant de trancher, un délai qui n’est pas toujours respecté dans l’urgence.
Le réflexe qui protège les enfants dans l’eau froide
Un autre mécanisme intrigue les médecins dans les noyades d’enfants. Plongé dans une eau froide, le corps déclenche un réflexe hérité des mammifères marins, le réflexe d’immersion : le rythme cardiaque ralentit, les vaisseaux se resserrent, l’organisme réserve l’oxygène au cerveau et au cœur. Ce ralentissement, accentué par l’hypothermie, peut donner l’apparence de la mort tout en préservant les organes. C’est ce qui explique que des enfants sortis inconscients d’un lac glacé aient parfois été ranimés après de longues minutes. Les urgentistes ont une formule pour cela : personne n’est mort tant qu’il n’est pas « réchauffé et mort ».
28 % s’en sortent vraiment
Le syndrome de Lazare, lui, reste mal cerné. Une revue parue dans le Scandinavian Journal of Trauma, Resuscitation and Emergency Medicine a recensé plusieurs dizaines de cas dans la littérature médicale depuis 1982. Sur soixante-cinq patients dont le cœur était reparti seul après l’arrêt de la réanimation, dix-huit, soit 28 %, ont récupéré sans séquelles. Beaucoup d’autres sont morts dans les heures ou les jours suivants, ou ont gardé des lésions cérébrales. Le phénomène serait largement sous-déclaré : entre 37 et 50 % des urgentistes interrogés disent y avoir été confrontés au moins une fois, rappelle la Cleveland Clinic. Au Mexique, une fillette de trois ans déclarée morte s’est mise à respirer pendant ses propres funérailles, sous les yeux de sa famille.
Quand la réanimation piège l’air dans la poitrine
Un cœur arrêté qui repart de lui-même intrigue la médecine depuis des décennies. Les chercheurs avancent une piste principale, largement discutée dans la littérature. Le massage cardiaque envoie de grandes quantités d’air dans les poumons. Si la cage thoracique n’a pas le temps de se vider, la pression grimpe et bloque le retour du sang vers le cœur. Une fois les manœuvres stoppées, cette pression retombe. Le sang peut alors recommencer à circuler et le cœur repartir, parfois plusieurs minutes après le constat de décès. De quoi nourrir la prudence des soignants, longtemps après avoir rangé le défibrillateur.
Aux États-Unis, un décès doit en principe être confirmé par plusieurs critères avant d’être prononcé. L’affaire de Gilbert, désormais entre les mains de la justice arizonienne, pourrait relancer le débat sur les protocoles suivis aux urgences et sur la formation des équipes de garde. Le petit garçon, lui, a retrouvé sa chambre. Pas celle de l’hôpital.