Onze minutes de spectacle au beau milieu de la plus grande finale de football de la planète. Le 19 juillet, à MetLife Stadium, la Coupe du monde vivra une première dans son histoire : un show de mi-temps taillé sur le modèle du Super Bowl. Au programme, Madonna, Shakira, BTS, Justin Bieber. Et les Muppets.

Un casting qui ratisse tous les continents

La FIFA a bouclé son affiche mercredi 8 juillet, et le calcul est limpide : toucher toutes les générations, sur tous les continents. Aux quatre têtes d’affiche déjà connues s’ajoutent le Nigérian Burna Boy et le chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel. Coldplay accompagnera le PS22 Chorus, une chorale d’écoliers d’une école primaire publique de New York devenue une star de YouTube. Les marionnettes du Muppet Show et de Sesame Street referment ce mélange improbable de pop planétaire, de K-pop, d’afrobeats et de musique classique.

Plus éclectique, difficile. Madonna et Shakira ramènent trois décennies de tubes, BTS mobilise une armée de fans à travers l’Asie, Bieber vise le public nord-américain qui accueille le tournoi. Selon l’AFP, dont la dépêche a été reprise par Al Jazeera, jamais un plateau musical aussi large n’avait été réuni pour une seule mi-temps sportive.

Chris Martin tient la baguette

Derrière ce défilé de vedettes, un seul cerveau : Chris Martin. Le chanteur de Coldplay ne montera pas sur scène comme tête d’affiche, il endosse le rôle de directeur artistique. C’est lui qui règle le déroulé, le son et la mise en scène, épaulé par Phil Harvey, le manager historique du groupe. La production revient à Global Citizen, l’ONG connue pour ses concerts géants contre la pauvreté.

Gianni Infantino avait laissé filtrer le projet dès le mois de mars sur Instagram, avant d’en dire un peu plus à Semafor à la mi-avril. « Je ne peux pas encore vous dire quels artistes vont jouer, mais ce n’est pas un seul, il y en a plusieurs », glissait le président de la FIFA. « Ce sera le plus grand du monde. Ce sera fantastique. » Le patron du football mondial promet « la plus grande scène jamais montée » et « quelques milliards » de téléspectateurs.

Onze minutes qui crispent les entraîneurs

Un obstacle demeure, et il tient au règlement. Les lois du jeu plafonnent la pause à quinze minutes. Or, installer puis retirer une scène pour onze minutes de musique réclame du temps, ce qui pourrait pousser la FIFA à rallonger l’intervalle. De quoi refroidir les bancs de touche, qui redoutent l’effet d’un arrêt prolongé sur des organismes lancés à pleine intensité.

Le précédent n’a rien de théorique. En juillet 2025, la finale du Mondial des clubs, déjà à MetLife, avait servi de galop d’essai avec J Balvin, Doja Cat et Tems. La coupure s’était étirée à près de vingt-quatre minutes, et plusieurs voix s’étaient alarmées du risque pour les joueurs. En verrouillant onze minutes, à peine moins qu’un show du Super Bowl (treize à quatorze minutes en moyenne), la FIFA cherche à rassurer après des rumeurs qui parlaient de vingt-cinq minutes.

Le football à l’assaut du Super Bowl

La logique est d’abord une question d’audience. La finale 2022 entre l’Argentine et la France reste le match le plus regardé de tous les temps : environ 1,5 milliard de personnes en ont vu au moins une minute, d’après les données compilées par Statista, pour une moyenne en direct proche de 571 millions. À côté, le Super Bowl 2025 et ses 127 millions de spectateurs américains ressemblent à un rendez-vous local. Poser un show musical devant ce public mondial revient à transformer une pause technique en événement pop à part entière.

L’ambition dépasse la pelouse. La FIFA compte investir Times Square pour tout le week-end, avec la finale et le match pour la troisième place projetés sur écrans géants en plein Manhattan. Depuis le sacre de Michael Jackson en 1993, le show de mi-temps est devenu l’un des rendez-vous les plus lucratifs de la télévision américaine. Le football réclame désormais sa part du marché, sur le terrain de jeu habituel de la NFL. Le contexte s’y prête : ce Mondial est le premier à aligner 48 équipes et le premier organisé à cheval sur trois pays, les États-Unis, le Canada et le Mexique. La finale se joue en terrain américain, là où le show sportif tient de la religion.

Tout le monde n’applaudit pas. Chez les puristes, l’idée d’un concert au cœur d’une finale passe pour une américanisation de trop, un glissement du sport vers le pur divertissement. La FIFA, elle, parle de modernisation et d’ouverture à un nouveau public.

Cent millions de dollars pour l’école

Le spectacle poursuit aussi un but affiché. Il soutient le Fonds FIFA-Global Citizen pour l’éducation, qui vise 100 millions de dollars pour scolariser des enfants dans le monde pendant la durée du Mondial. « C’est le plus grand rassemblement d’artistes pour une cause depuis le Live Aid », avance Hugh Evans, cofondateur de Global Citizen, qui parie sur « les onze minutes de musique les plus regardées de l’histoire de la télévision ». La comparaison n’a rien d’anodin : en 1985, le Live Aid avait rassemblé environ 1,5 milliard de téléspectateurs à travers le monde pour lutter contre la famine en Éthiopie, un record d’audience longtemps resté hors d’atteinte.

Les artistes reprennent l’argument à leur compte. « La Coupe du monde rassemble le monde comme rien d’autre », a réagi Justin Bieber dans un communiqué, se disant fier de participer à un show qui « aide déjà à élargir l’accès à l’éducation ». Verdict le 19 juillet, quand les caméras quitteront un instant la pelouse pour la scène, sous les yeux d’un stade plein et d’une bonne partie de la planète.