Soixante-neuf secondes. Le temps de tenter un seul geste, un coup de pied sauté bien trop ambitieux, et de sentir son genou droit se dérober. Samedi soir à Las Vegas, le retour tant attendu de Conor McGregor s’est arrêté avant même d’avoir vraiment commencé.

Dans la cage de la T-Mobile Arena, pour l’affiche reine de l’UFC 329, l’Irlandais s’est élancé vers Max Holloway et a armé son saut retourné. La réception a viré au fiasco. Le genou a cédé, McGregor s’est écroulé, s’est relevé, est retombé, trois fois en moins d’une minute. L’arbitre Mike Beltran a fini par interrompre le combat. Victoire de Holloway par abandon sur blessure, à la 69e seconde du premier round. Le combattant a lui-même cherché le regard de l’arbitre pour signifier qu’il ne tiendrait pas debout.

Le même genou, treize ans plus tard

L’histoire a un goût de déjà-vu presque cruel. Ces deux-là s’étaient déjà croisés une fois, en août 2013, à Boston. McGregor n’était alors qu’un espoir venu de Dublin, Holloway un débutant de 21 ans. L’Irlandais l’avait emporté aux points, avec des cartes de juges sans appel (30-27, 30-27, 30-26). Sauf que ce soir-là, il avait déchiré les ligaments croisés de ce même genou droit en plein combat, terminant les dernières minutes sur une seule jambe, comme le rappelle ESPN. Treize ans plus tard, la même articulation a rendu l’âme face au même adversaire.

Ce combat de 2013 avait pourtant tout lancé. Deux mois plus tôt, McGregor débarquait à l’UFC, inconnu du grand public. La victoire sur Holloway a mis le pied à l’étrier de celui qui allait devenir « The Notorious », double champion du monde en titre dans deux catégories, première superstar mondiale du sport. La boucle se referme là où elle s’était ouverte, sur le même tapis, contre le même homme, avec la même jambe défaillante.

Six ans sans la moindre victoire

Le chiffre qui fait mal n’est pas 69, c’est la date de son dernier succès. Il faut remonter à janvier 2020, et un Donald Cerrone expédié en 40 secondes, pour trouver la dernière main levée de McGregor. Depuis, deux défaites contre Dustin Poirier en 2021, dont la seconde s’est soldée par un tibia et un péroné gauches brisés net, réparés à coups de plaque et de vis. Cinq ans presque jour pour jour séparent cette fracture du désastre de samedi.

Entre les deux, le come-back n’a cessé de reculer. Un combat programmé contre Michael Chandler en juin 2024 avait sauté après une fracture d’un orteil à l’entraînement. « Cinq ans loin de la cage dans ce sport, c’est très dur », a résumé Dana White, le président de l’UFC, une fois le combat terminé. Le dirigeant a écarté la thèse d’une blessure antérieure dissimulée. Selon lui, la séance de face-à-face du vendredi avait dépassé 80 millions de vues sur ses seuls comptes, et personne n’y avait vu l’Irlandais boiter. « Il a mis ses chaussures et lui a foncé dessus », a-t-il martelé.

Les blessures n’ont pas été les seules ombres de ces cinq années. Fin 2024, un jury civil de Dublin avait estimé que McGregor avait agressé Nikita Hand en 2018 et l’avait condamné à lui verser des dommages et intérêts, un jugement confirmé en appel en 2025 selon Reuters. Un an après cette décision, il acceptait une suspension de dix-huit mois pour trois contrôles antidopage manqués en 2024, sanction antidatée et déjà expirée en mars dernier.

80 millions de vues pour 69 secondes

Le contraste résume à lui seul l’ère McGregor. D’un côté, une machine à spectacle qui avait vendu une guerre, des semaines de provocations et des audiences vertigineuses. De l’autre, un peu plus d’une minute de combat réel. Les bookmakers, eux, ne s’étaient pas trompés. Holloway partait largement favori, coté autour de -225 chez FanDuel, tandis que l’Irlandais, à trois jours de ses 38 ans et après cinq ans sans le moindre round, faisait figure d’outsider. La ferveur populaire disait une chose, les cotes en disaient une autre, plus froide.

Holloway, il est utile de le rappeler, n’est pas n’importe qui. Ancien champion des poids plumes, détenteur de la ceinture symbolique « BMF » remise au combattant le plus spectaculaire, l’Hawaïen restait sur une décennie de très haut niveau. Offrir cet adversaire à un McGregor rouillé relevait moins du sport que du pari commercial. Le public a payé pour un choc, il a eu un accident.

Un Français emporté dans la même soirée

Le public tricolore avait une autre raison de veiller sur la nuit de Las Vegas, et elle a tourné court elle aussi. En co-tête d’affiche, le Britannique Paddy Pimblett a soumis Benoît Saint-Denis par étranglement en moins d’une minute. Le Français, surnommé « le Dieu de la guerre », a plié presque aussi vite que la vedette de la soirée. Les deux plus grosses affiches de la carte auront été réglées en un peu plus d’une minute cumulée, une soirée de gala transformée en série d’anticlimax.

Holloway a déjà réclamé la revanche

Frustré d’un succès sans combat, Holloway n’a pas caché son envie de remettre ça. « C’est comme ça, je vais m’asseoir avec l’UFC », a glissé l’Hawaïen. « Il y avait tellement d’attente autour de ce combat. On doit le refaire. Une fois de plus, pour les fans. » McGregor, de son côté, a publié dans la foulée un message au ton sombre sur ses réseaux, sans dire un mot sur la suite.

Reste la seule question que ni la hype ni les 80 millions de vues ne pourront trancher, l’état réel du genou. L’étendue des dégâts, ligaments ou tendon, attend le verdict de l’imagerie médicale. À 38 ans, avec deux jambes déjà rafistolées par la chirurgie, McGregor devra passer par la case bloc opératoire avant de rêver d’une troisième manche contre Holloway. L’UFC n’a fixé aucune date. Le seul adversaire qui ne rate jamais un round, cette fois, c’est le temps.