Il reste quatre équipes dans la course au titre mondial, et la France en fait partie. Sauf que le dernier obstacle avant la finale porte un nom que les Bleus connaissent trop bien. L’Espagne, celle qui avait éteint leur rêve européen il y a deux ans, se dresse une nouvelle fois sur leur route.
Mbappé et une attaque qui ne tremble plus
Jeudi soir, près de Boston, la France a réglé le cas du Maroc sans forcer. Deux buts, aucun encaissé, une qualification tranquille pour le dernier carré. Kylian Mbappé a ouvert le score peu après l’heure de jeu, son huitième but depuis le début du tournoi, avant qu’Ousmane Dembélé ne double la mise six minutes plus tard. Le capitaine avait pourtant manqué un penalty en première période, seul accroc d’une soirée maîtrisée de bout en bout.
Cette demi-finale, la troisième d’affilée pour les Bleus après le titre de 2018 et la finale de 2022, récompense un parcours régulier. En phase de groupes, la bande de Didier Deschamps avait dominé le Sénégal (3-1), l’Irak (3-0) puis la Norvège (4-1) pour terminer en tête. Dans un format élargi à quarante-huit équipes, qui ajoute un tour supplémentaire, la Suède est tombée en seizièmes, le Paraguay en huitièmes, le Maroc en quarts. Quatre victoires de suite dans les matchs couperets, comme le relève Al Jazeera.
Ses huit réalisations placent Mbappé en tête du classement des buteurs et lui offrent un boulevard vers le Soulier d’or. Le capitaine porte cette équipe, mais l’ampleur du succès contre le Maroc a rassuré sur autre chose : la France gagne sans s’épuiser, elle avance en gardant de la marge. À deux marches du sacre, c’est un argument précieux.
Le mur espagnol et un souvenir tenace
En face, l’Espagne avance avec l’étiquette de championne d’Europe en titre. Pour rejoindre la France, elle a écarté la Belgique vendredi, sur le fil, grâce à un but de Mikel Merino à la 88e minute (2-1). Une équipe qui marque tard, qui étouffe l’adversaire par la possession, et qui a déjà infligé une blessure profonde aux Bleus dans un passé récent.
Retour au 9 juillet 2024, demi-finale de l’Euro, en Allemagne. La France ouvre le score sur une tête de Randal Kolo Muani, servi par Mbappé. Puis un adolescent de 16 ans entre dans l’histoire. Lamine Yamal enroule une frappe des vingt-cinq mètres qui termine sa course sous la barre, devenant le plus jeune buteur jamais vu dans un Euro ou une Coupe du monde. Dani Olmo achève le renversement, sa frappe déviée par Jules Koundé trompant le gardien français. Score final, 2-1 pour l’Espagne, qui filera ensuite décrocher le trophée continental. Sky Sports avait résumé l’éclair de Yamal d’une formule : un but venu d’ailleurs.
Deux ans plus tard, le même Yamal, devenu l’une des figures majeures du football mondial, reste la première menace à surveiller. Contenir le prodige de Barcelone tout en résistant à un milieu de terrain espagnol qui asphyxie ses adversaires, voilà l’équation posée à Deschamps. CNN rappelait à l’époque que la victoire de la Roja avait fait d’elle la première sélection à aligner six succès dans un même Euro. Cette machine-là n’a pas ralenti.
Le duel s’annonce comme un choc de styles. D’un côté, une Espagne qui monopolise le ballon et patiente jusqu’à la faute de trop. De l’autre, une France qui a bâti sa réputation sur sa solidité et les fulgurances de ses attaquants. En 2024, ce bras de fer avait tourné à l’avantage des Espagnols, capables de museler Mbappé pendant l’essentiel de la rencontre. Deschamps devra trouver la parade que son équipe n’avait pas su dégainer à Munich.
Un 14 juillet à Dallas
Le rendez-vous a été fixé au mardi 14 juillet, jour de fête nationale, à Dallas, selon le programme officiel de la FIFA. Coup d’envoi à 21 heures, heure française. Difficile d’imaginer meilleur décor pour des supporters tricolores : leur équipe qui dispute une demi-finale de Coupe du monde le soir même du feu d’artifice.
Le vainqueur rejoindra la finale du 19 juillet, au MetLife Stadium, dans la banlieue de New York. L’autre demi-finale se disputera le lendemain, le 15 juillet, à Atlanta. Pour la France, une qualification ouvrirait la voie à une troisième finale mondiale en quatre éditions, une constance que seules les plus grandes nations du ballon rond ont connue.
Le contexte, lui, n’épargne personne. Depuis un mois, les meilleures nations enchaînent les matchs sous la chaleur estivale des stades américains, dans un tournoi étiré par le passage à quarante-huit équipes. La fraîcheur physique, à ce stade de la compétition, peut peser autant que le talent.
La dernière danse de Deschamps
Il y a aussi une histoire dans l’histoire. Didier Deschamps a annoncé qu’il quitterait le banc des Bleus après cette Coupe du monde, treize ans après avoir pris les commandes. Champion du monde comme joueur en 1998, puis comme sélectionneur en 2018, il joue là l’un des derniers grands rendez-vous de son ère. Une finale offrirait à son mandat une sortie à la hauteur du personnage.
Cette affiche dépasse le cadre d’un simple match. Pour beaucoup de joueurs français, la désillusion de 2024 n’a jamais vraiment cicatrisé. Kolo Muani, Mbappé, Koundé, tous étaient sur la pelouse ce soir-là. Michael Olise, l’un des hommes en forme des Bleus, a échappé à un carton jaune contre le Maroc et sera bien présent, un soulagement quand chaque titulaire pèse dans une rencontre de ce calibre.
Reste le terrain, et lui seul tranchera. Mardi soir, la France saura si le 14 juillet 2026 s’inscrira dans les mémoires comme une revanche réussie ou comme la répétition d’un mauvais souvenir. Le premier acte, en 2024, s’était joué en quatre-vingt-dix minutes. Le second promet déjà autant de tension.