Près de deux euros le litre de gazole, et le cap déjà dépassé dans un nombre croissant de stations. À la veille du week-end du 14 juillet, des millions d’automobilistes voient l’addition grimper chaque matin avant de charger le coffre. La raison se joue à plus de 10 000 kilomètres, dans un bras de mer que la plupart n’ont jamais vu.

Un couloir étroit qui tient le pétrole mondial

Le détroit d’Ormuz sépare l’Iran du sultanat d’Oman et des Émirats arabes unis. Large d’une cinquantaine de kilomètres à son point le plus resserré, il laisse filer chaque jour environ 20 millions de barils de pétrole, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale, d’après l’agence américaine de l’énergie (EIA). Un tiers du brut transporté par bateau passe par ce goulot, à destination de l’Asie pour l’essentiel.

Le vrai problème tient en une phrase : il n’existe presque aucune porte de sortie. Seules l’Arabie saoudite et les Émirats possèdent des oléoducs capables de contourner le passage, pour une capacité de secours estimée entre 3,5 et 5,5 millions de barils par jour. Beaucoup trop peu pour absorber un blocage complet. Téhéran a brandi la menace de fermer Ormuz à plusieurs reprises, en 2011 puis en 2019, sans jamais aller au bout. Cette fois, le pas a été franchi.

Des pétroliers touchés, un détroit verrouillé

La tension grimpe depuis le début de l’année entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Le 7 juillet, deux navires ont été frappés par des projectiles dans le détroit, un méthanier qatari et un superpétrolier saoudien, tous deux endommagés. Cinq jours plus tard, la marine des Gardiens de la révolution a annoncé la fermeture du passage après avoir tiré des coups de semonce sur un bâtiment. Washington a répliqué par de nouvelles frappes et retiré à Téhéran son autorisation d’exporter du pétrole.

Aucun pavillon n’est réellement à l’abri. Un porte-conteneurs français, le CMA CGM Everglade, figure parmi les bateaux endommagés depuis le début des hostilités. L’Agence internationale de l’énergie évoque la plus grande rupture d’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier. Sur les trois premiers mois de 2026, le volume de brut passé par Ormuz avait déjà plongé de près de 30 % sur un an, à 14,6 millions de barils par jour.

Du baril à la pompe, quelques jours suffisent

Le brut de référence en Europe, le Brent, a bondi à chaque annonce, s’installant autour de 74 à 76 dollars le baril avec des sursauts de plus de 5 % le jour de la fermeture. Les raffineurs répercutent la hausse en quelques jours à peine, et le prix du carburant grimpe dans la foulée. Résultat en France : le gazole tournait autour de 1,93 euro le litre le 9 juillet et gagne près d’un centime chaque jour, quand le sans-plomb 95 suit la même pente et que le SP98 a déjà passé la barre des deux euros.

Le diesel encaisse le coup le plus dur, et ce n’est pas un hasard. L’Europe consomme plus de gazole qu’elle n’en raffine, et comble le manque en important du carburant venu d’Asie et du Golfe, dont une partie transite justement par Ormuz. Le continent paie donc deux fois : sur le prix du brut, et sur celui du diesel raffiné qui se raréfie. Les ménages, eux, n’ont pas attendu pour réagir. L’Insee a relevé, lors des précédentes flambées, que les Français font le plein plus tôt dès que la hausse se profile, un réflexe qui se répète à chaque poussée des cours.

Cinquante litres, combien de plus

Le calcul se fait vite. Avec près de 30 centimes de plus par litre qu’au printemps, un plein de 50 litres de gazole revient à une quinzaine d’euros de plus. Pour un aller-retour de vacances de 1 500 kilomètres, la seule facture de carburant gonfle d’une trentaine d’euros, avant même les péages. De quoi peser sur un budget congés déjà serré par le prix des locations et des billets de train. Pour une famille qui roule au diesel toute l’année, la note annuelle grimpe de plusieurs centaines d’euros si les cours restent hauts.

Paris cherche la parade, les partis s’écharpent

Le gouvernement a revalorisé dès le mois de mai plusieurs aides ciblées, dont le soutien au gazole non routier des agriculteurs, porté à 15 centimes par litre. La classe politique, elle, s’affronte sur la méthode. La France insoumise réclame un gel pur et simple des tarifs à la pompe. Le Rassemblement national plaide pour une baisse de la TVA de 20 à 5,5 %, au nom d’un carburant qu’il range parmi les biens de première nécessité. Une partie de la droite et des syndicats du bâtiment défendent le retour d’une TICPE flottante, cette taxe qui baisserait automatiquement quand le brut s’envole. TotalEnergies, de son côté, a maintenu le plafonnement de ses prix et lancé au printemps une opération de tarif unique dans ses stations.

Le choc tombe en pleine ruée estivale

Le calendrier ne pouvait pas plus mal tomber. La mi-juillet ouvre le premier chassé-croisé entre juilletistes et aoûtiens, doublé du pont de la Fête nationale. Bison Futé a classé le week-end en rouge et noir sur une large part du pays, avec des centaines de kilomètres de bouchons cumulés. Ce lundi 13 juillet s’annonce plus calme, en vert, mais les premiers retours se dessinent dès le 14. La demande de carburant grimpe donc au moment précis où son prix s’emballe.

Le prochain relevé hebdomadaire des prix, publié chaque lundi par les services de l’État, dira si le cap des deux euros s’installe durablement ou reste un pic passager. D’ici là, le baril donne le tempo, et le détroit d’Ormuz reste, ce matin de départ en vacances, tout sauf rouvert.