Il y a un an, une voiture neuve sur six roulait à l’électrique en France. En juin, c’est près d’une sur trois. Le basculement s’est joué en douze mois, presque en silence.

Le marché a presque doublé en un an

Les chiffres de la Plateforme automobile, l’organisation qui rassemble les constructeurs et équipementiers français, ne laissent pas de place au doute. En juin 2026, les voitures 100 % électriques ont représenté près de 30 % des immatriculations neuves, contre 17 % à la même période en 2025. Sur l’ensemble du premier semestre, la part atteint 28 %, avec un peu plus de 241 000 véhicules mis à la route. La barre du tiers, longtemps présentée comme un horizon lointain, est désormais à portée de main.

Pour mesurer le saut, il faut se rappeler d’où vient le marché. L’électrique stagnait autour de 17 % depuis presque deux ans, comme buté sur un plafond de verre. En juin, il l’a fait sauter. Cette poussée survient alors que le marché automobile global reste atone : les ventes totales patinent, tirées presque uniquement par la bascule vers les motorisations branchées.

Le leasing social a débloqué les ventes

Cette accélération n’a rien d’un miracle. Elle porte un nom : le leasing social. Relancé par le gouvernement en juin, ce dispositif permet de louer une électrique neuve à partir de 82 euros par mois, à condition que le revenu fiscal de référence par part reste sous 16 300 euros. Vingt-cinq modèles y figurent. La Renault Twingo E-Tech y est entrée à 130 euros mensuels, avec une batterie de 27,5 kilowattheures et 263 kilomètres d’autonomie annoncés.

L’engouement n’est pas neuf. Lors de sa première édition, en 2024, l’enveloppe avait été épuisée en quelques semaines, obligeant l’État à fermer le guichet avant l’heure. Cette fois, le dispositif a été calibré plus large, avec des dizaines de milliers de dossiers attendus. Le bonus écologique, reconduit pour 2026, complète l’édifice. Résultat, une frange de conducteurs jusque-là bloquée par le prix d’achat a franchi le pas. Les constructeurs l’ont compris : la bataille ne se joue plus sur l’autonomie ou la puissance, mais sur la mensualité affichée en vitrine.

Renault en tête, Tesla sauve juin

Qui rafle la mise ? En tant que marque, Renault domine avec près de 19 % du marché électrique, devant Tesla et ses 11 % environ. Mais si l’on regarde modèle par modèle, l’image s’inverse. La Tesla Model Y reste la voiture électrique la plus vendue du pays, selon AAA Data qui compile les immatriculations : 6 635 exemplaires en juin, plus du double d’il y a un an, et 22 635 depuis janvier. La Renault 5 E-Tech la talonne avec 20 664 unités sur le semestre.

Le nerf de la guerre reste le prix. En deux ans, le coût moyen d’une électrique a fondu, à mesure que les batteries au lithium-fer-phosphate, moins chères que les cellules classiques, se généralisaient. Plusieurs modèles passent désormais sous la barre des 25 000 euros bonus déduit, un seuil psychologique longtemps jugé inaccessible. Le contraste résume la période. Tesla concentre ses ventes sur un modèle vedette quand Renault ratisse plus large, de la R5 à la nouvelle Twingo en passant par la Scénic. La marque américaine, elle, ne participe pas au leasing social, et se prive du levier qui dope ses rivaux auprès des ménages modestes.

Quatorze marques chinoises grignotent le terrain

Derrière le duel franco-américain, un troisième acteur avance à bas bruit. Quatorze marques chinoises sont désormais commercialisées en France. Ensemble, elles pèsent environ 7 % du marché, avec près de 13 700 immatriculations sur le seul mois de juin. BYD ouvre la voie, suivi d’une cohorte de noms encore inconnus du grand public il y a deux ans : Omoda, Jaecoo, Aion, Denza, Zeekr.

Leur arme, c’est le prix. En cassant les tarifs, ces constructeurs tirent tout le marché vers le bas et forcent les Européens à s’aligner. Les surtaxes douanières votées par Bruxelles n’ont pas stoppé leur avancée, elles l’ont à peine ralentie.

La France roule devant l’Allemagne

Le mouvement dépasse nos frontières. À l’échelle du continent, l’électrique a atteint 23,6 % des ventes en mai, un record, d’après l’ACEA, l’association qui fédère les constructeurs européens. Avec ses presque 30 %, la France fait mieux que la moyenne, et surtout mieux que l’Allemagne, longtemps locomotive du secteur, qui plafonne autour de 25 %.

Un chiffre remet tout en perspective. En additionnant électriques, hybrides simples et hybrides rechargeables, près de 69 % des voitures neuves vendues en Europe embarquent maintenant une prise ou une batterie. L’hybride non rechargeable reste d’ailleurs le premier choix des Européens, devant le tout électrique. Le thermique pur n’est plus la norme, il devient l’exception qui recule mois après mois.

Le tiers du marché cache des angles morts

Reste à ne pas confondre ventes neuves et parc roulant. Sur les quelque 39 millions de voitures qui circulent en France, l’écrasante majorité carbure toujours à l’essence ou au diesel. Un tiers des ventes, ce n’est pas un tiers du parc, loin de là. Il faudra une décennie pour que la bascule se voie vraiment sur les routes.

D’autres freins subsistent. Le prix reste élevé pour les ménages situés au-dessus des plafonds du leasing social, la recharge à domicile est impossible pour beaucoup de citadins, et le marché de l’occasion électrique cherche encore ses repères. Le maillage de bornes s’étoffe, mais il demeure inégal entre les métropoles bien loties et les zones rurales à la traîne. Le cap des 100 % de ventes zéro émission, fixé par l’Union européenne pour 2035, reste lointain. Mais en juin 2026, pour la première fois, il a cessé de ressembler à un pari pour prendre des allures de calendrier.