Plus d’alunissage prévu pour Artemis 3. La NASA a annoncé ce vendredi 27 février une refonte profonde de son programme lunaire, avec des missions supplémentaires et un calendrier remanié. L’objectif affiché reste 2028 pour poser des astronautes sur la surface lunaire, mais le chemin pour y parvenir vient de changer du tout au tout.

Artemis 3 amputée de son moment phare

Lors d’une conférence de presse, le patron de la NASA Jared Isaacman a confirmé que la mission Artemis 3 ne comprendra plus d’alunissage. Cette étape, qui devait marquer le retour d’Américains sur le sol lunaire pour la première fois depuis Apollo 17 en décembre 1972, sera tentée plus tard, lors de deux missions distinctes prévues en 2028.

Pour combler le vide, la NASA va « ajouter des missions » entre le vol habité Artemis 2, prévu ce printemps, et le retour effectif sur la surface lunaire, a précisé Isaacman. Le nombre exact de ces missions intermédiaires n’a pas encore été communiqué.

« Nous sommes dans une fâcheuse position », a reconnu le directeur de l’agence spatiale, rapporte BFM TV. Une phrase qui résume des années de retards accumulés sur un programme lancé en 2017 sous l’administration Trump, poursuivi sous Biden, et désormais piloté par Isaacman, ancien milliardaire du secteur privé nommé à la tête de la NASA début 2025.

Un problème d’hélium cloue la fusée au sol

La refonte intervient alors que la mission Artemis 2 elle-même traverse une zone de turbulences. Le 21 février, après une répétition générale réussie sur le pas de tir 39B du Kennedy Space Center en Floride, les équipes ont constaté une interruption du flux d’hélium vers l’étage supérieur de la fusée SLS (Space Launch System).

L’hélium sert à maintenir les conditions de température et de pression dans les réservoirs de propergol (hydrogène et oxygène liquides) et dans le moteur de l’étage supérieur. Sans lui, pas de vol possible. Les ingénieurs ont identifié deux causes potentielles : un joint sur un raccord rapide et une valve de non-retour à l’autre extrémité du circuit.

Le 25 février, la fusée SLS et la capsule Orion ont été ramenées au Vehicle Assembly Building (VAB), l’immense hangar d’assemblage du centre spatial. Les techniciens y ont installé des plateformes d’accès internes pour atteindre la zone du système de propulsion cryogénique intermédiaire, rapporte la NASA sur son blog officiel.

En parallèle, les équipes doivent remplacer les batteries de l’étage supérieur, du premier étage et des propulseurs d’appoint, retester le système de terminaison de vol et recharger les batteries du système d’éjection d’urgence de la capsule Orion. Des travaux qui peuvent se faire simultanément, selon l’agence.

53 ans sans humain autour de la Lune

Artemis 2 doit envoyer quatre astronautes en orbite lunaire sans se poser. La fenêtre de lancement de mars est perdue. Celle d’avril reste envisageable si les réparations et les tests se déroulent sans accroc, précise la NASA. Ce serait la première mission habitée au-delà de l’orbite terrestre basse depuis Apollo 17 en décembre 1972.

L’équipage se compose de trois Américains et d’un Canadien, Jeremy Hansen, qui deviendrait le premier non-Américain à voyager vers la Lune. Le vol doit durer une dizaine de jours.

Le programme Artemis a déjà connu des glissements considérables. Artemis 1, mission sans équipage, a décollé en novembre 2022 après des années de retard. La fusée SLS, développée par Boeing, a coûté plus de 23 milliards de dollars depuis le début du programme, selon un rapport de l’inspecteur général de la NASA publié en 2022. Chaque lancement revient à environ 4,1 milliards de dollars, un chiffre que l’agence cherche à réduire en intégrant des solutions du secteur privé, rappelle le Guardian.

SpaceX en embuscade

L’alunissage, désormais repoussé à 2028, dépend aussi du Starship de SpaceX, sélectionné comme atterrisseur lunaire. Ce vaisseau géant, le plus puissant jamais construit, multiplie les vols d’essai depuis 2023 mais n’a pas encore démontré toutes les capacités requises pour la mission : rendez-vous orbital, transfert de carburant en orbite et alunissage précis.

Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, a décroché un contrat pour un second atterrisseur lunaire destiné à une mission ultérieure. La concurrence entre les deux entreprises pourrait accélérer le développement, mais les retards de Starship pèsent directement sur le calendrier Artemis.

En face, la Chine avance. Son programme lunaire habité vise un premier alunissage avant 2030, avec un vaisseau et un lanceur déjà en développement avancé, selon l’agence spatiale chinoise (CNSA). L’administration américaine a régulièrement présenté cette rivalité comme un argument pour maintenir le financement d’Artemis.

Un calendrier qui reste fragile

La NASA n’a pas précisé combien de missions supplémentaires seront nécessaires entre Artemis 2 et le retour sur la Lune. Le patron de l’agence a simplement indiqué que l’objectif 2028 restait « tenable ».

Le Congrès américain, qui vote le budget de la NASA chaque année, a déjà exprimé des inquiétudes sur les dépassements de coûts du programme. Un rapport de l’inspecteur général estimait en 2021 que les combinaisons spatiales destinées à l’alunissage ne seraient pas prêtes avant avril 2025 au plus tôt, un délai qui a lui aussi glissé.

Le prochain rendez-vous concret : le retour de la fusée SLS sur le pas de tir, si les réparations du circuit d’hélium aboutissent dans les semaines à venir. La NASA a promis de communiquer dès que la fenêtre d’avril sera confirmée ou abandonnée.