Depuis ce dimanche 1er mars, commander un t-shirt à 3 euros sur Shein ou une coque de téléphone sur Temu coûte un peu plus cher. La France applique une taxe de 2 euros par article sur tous les petits colis importés de pays hors Union européenne, dès lors que leur valeur ne dépasse pas 150 euros. La mesure, inscrite dans la loi de finances 2026, vise directement les plateformes chinoises qui ont bouleversé le commerce en ligne français ces trois dernières années.

97 % des colis viennent de Chine

Les chiffres donnent le vertige. Selon les données de la statistique publique du commerce extérieur publiées par la Direction générale des douanes, 97 % des articles contenus dans les petits colis importés en France en 2025 provenaient de Chine. En valeur, la proportion atteint 89 %. En 2022, avant l’explosion de Temu et Shein sur le marché français, ces parts étaient respectivement de 86 % et 70 %. Le Royaume-Uni pèse 6 % des montants importés, les États-Unis 2 %. Le reste du monde se partage les miettes.

Trois plateformes concentrent l’essentiel de ces flux : Shein, Temu et AliExpress. Leur modèle repose sur l’envoi direct depuis les usines chinoises, sans entrepôt intermédiaire en Europe, sans distributeur local. Le résultat : des prix plancher qui ont séduit des millions de consommateurs français, avec des robes à 4 euros et des accessoires à moins d’un euro.

Comment fonctionne cette taxe

L’article 82 de la loi de finances pour 2026, publiée au Journal officiel le 19 février, crée une « taxe sur les importations de marchandises contenues dans les envois de faible valeur ». Le tarif est fixé à 2 euros par article de marchandise, quel que soit le nombre d’unités commandées dans la même catégorie, précise la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) sur son site officiel.

Concrètement, si un consommateur commande trois t-shirts identiques, la taxe sera de 2 euros pour l’ensemble (une seule catégorie d’article). S’il commande un t-shirt, une paire de boucles d’oreilles et une coque de téléphone, ce sera 6 euros (trois catégories distinctes). La taxe s’applique aux envois déclarés en douane simplifiée de type H7 et concerne l’hexagone, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et Monaco. Mayotte, la Guyane et Saint-Martin en sont exclues.

Les redevables ne sont pas les consommateurs directement, mais les plateformes elles-mêmes, en tant que redevables de la TVA à l’importation. On ignore encore si Shein, Temu et AliExpress absorberont cette charge ou la répercuteront sur les prix affichés, rapporte 20 Minutes.

La mode jetable dans le viseur

La taxe poursuit un double objectif. Le premier est de freiner les achats impulsifs de produits bon marché, en particulier dans le secteur de la mode jetable. Un t-shirt commandé à 2,50 euros sur Shein voit son prix grimper de 80 % avec cette taxe. Pour une commande de cinq articles différents, la facture augmente de 10 euros, ce qui commence à rogner sérieusement l’avantage prix de ces plateformes.

Le second objectif est de rétablir une forme d’équité concurrentielle. Les commerces français et européens supportent des charges fiscales, des loyers, des normes environnementales et sociales que les plateformes chinoises contournent grâce au modèle d’envoi direct. La Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance (FEVAD) a déclaré soutenir « sans ambiguïté » le principe d’une contribution sur les petits colis, dans un communiqué du 16 décembre 2025.

Le risque du contournement belge

La FEVAD pointe un angle mort. Les plateformes extra-européennes disposent déjà d’entrepôts en Europe, en Belgique pour Shein ou aux Pays-Bas pour AliExpress. Rien ne les empêche de faire transiter leurs marchandises par ces bases logistiques européennes avant de les expédier vers la France. Dans ce cas, le colis n’est plus considéré comme une importation extra-UE et échappe à la taxe.

Ce scénario n’a rien d’hypothétique. Shein a ouvert un centre de distribution à Liège en 2023, capable de traiter des millions de colis par mois, selon le Financial Times. Temu a développé des capacités similaires à Rotterdam. Si les plateformes accélèrent la bascule vers ces relais européens, l’effet de la taxe française pourrait se diluer rapidement.

La DGDDI en est consciente. La taxe française est conçue comme un dispositif transitoire, applicable « jusqu’à l’entrée en vigueur du dispositif similaire de frais de gestion prévu au niveau de l’UE », est-il précisé sur le site des douanes. Ce dispositif européen, qui prévoit un droit de douane forfaitaire de 3 euros par article, doit entrer en application au 1er juillet 2026 pour les envois déclarés via le guichet unique TVA (IOSS), et la mesure définitive au niveau de l’Union est attendue en novembre 2026.

La France fait cavalier seul, pour l’instant

La France est le premier pays de l’UE à taxer les petits colis à cette échelle. L’Allemagne, premier marché européen pour Temu selon Bloomberg, n’a pas encore adopté de mesure équivalente. L’Italie étudie un projet similaire, rapporte le Corriere della Sera, mais sans calendrier fixé.

Bruxelles travaille de son côté à une réforme du code des douanes qui supprimerait la franchise de droits de douane pour les envois de moins de 150 euros, une faille exploitée massivement par les plateformes chinoises. La Commission européenne estime que 4 milliards de colis de faible valeur entrent chaque année dans l’UE, un chiffre qui a quadruplé depuis 2019.

Pour les consommateurs français, le changement est immédiat. Dès ce dimanche, chaque commande sur Shein, Temu ou AliExpress coûte un peu plus cher. La prochaine échéance arrive vite : au 1er juillet, la taxe européenne de 3 euros par article prendra le relais, et les entrepôts européens des plateformes ne suffiront plus à esquiver la facture.