Près de 300 personnes dansaient sur du merengue quand le toit s’est écroulé.
Le Jet Set, institution nocturne de Saint-Domingue depuis plus de cinquante ans, n’existe plus. Dans la nuit du lundi au mardi, le toit de cette discothèque emblématique de la capitale dominicaine s’est effondré pendant un concert de l’artiste Rubby Pérez, ensevelissant des centaines de spectateurs sous des tonnes de béton. Le bilan provisoire s’établit à 98 morts et plus de 160 blessés, selon les autorités locales relayées par l’agence Associated Press.
Un lundi soir ordinaire devenu cauchemar
Le Jet Set était célèbre pour ses « Jet Set Mondays », des soirées hebdomadaires qui attiraient depuis des décennies la bonne société dominicaine autour d’artistes locaux et internationaux. Ce soir-là, l’orchestre de Rubby Pérez, figure du merengue dominicain, jouait devant une salle comble. Les billets coûtaient 32 dollars en entrée standard, 40 en VIP. Environ 300 personnes se trouvaient dans l’établissement d’un seul étage quand, vers une heure du matin, des morceaux de plafond ont commencé à tomber.
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre des fragments se détachant du toit alors que les premiers spectateurs reculent. Quelques secondes plus tard, la totalité de la structure s’effondre. « C’était comme un tremblement de terre », a confié un survivant au quotidien dominicain Listín Diario.
Des personnalités parmi les victimes
La liste des morts dépasse le simple fait divers. Octavio Dotel, ancien lanceur de la Ligue majeure de baseball américaine passé par les Mets de New York, les Astros de Houston et les Cardinals de Saint-Louis entre 1999 et 2012, figure parmi les victimes. Il avait 51 ans. Tony Enrique Blanco Cabrera, autre joueur de baseball professionnel dominicain, a lui aussi péri dans l’effondrement, comme l’a confirmé la porte-parole de la ligue dominicaine Satosky Terrero.
Nelsy Cruz, gouverneure de la province de Monte Cristi et sœur de Nelson Cruz, sept fois sélectionné au All-Star Game de la MLB, a été la première à alerter le président Luis Abinader depuis les décombres. Elle est décédée à l’hôpital des suites de ses blessures, selon la première dame Raquel Abraje.
Le chanteur Rubby Pérez, lui, a survécu. Enseveli sous les gravats, il s’est mis à chanter pour que les secouristes puissent le localiser, rapporte The Independent. Le saxophoniste de son orchestre n’a pas eu cette chance.
Un bâtiment vieux de 53 ans, rénové deux fois
Ouvert en 1973 comme restaurant et club, le Jet Set était devenu au fil des décennies le lieu nocturne le plus populaire de République dominicaine, d’après le Listín Diario. Il avait célébré son premier anniversaire avec le légendaire Johnny Ventura, icône du merengue et de la salsa. L’établissement avait été rénové en 2010, puis en 2015. En 2023, il avait été frappé par la foudre.
La question des inspections se pose immédiatement. On ignore à quelle fréquence les bâtiments sont contrôlés en République dominicaine et si le Jet Set avait fait l’objet d’une vérification récente. Une porte-parole du ministère des Travaux publics a indiqué à l’Associated Press que tous les responsables se trouvaient sur place et n’étaient pas disponibles pour commenter. La mairie de Saint-Domingue n’a pas non plus répondu aux sollicitations. Les propriétaires du Jet Set ont publié un communiqué assurant leur coopération avec les autorités, sans donner de détails sur l’état de la structure.
Des secours confrontés à un chantier titanesque
Plus de douze heures après l’effondrement, les équipes de secours continuaient de fouiller les décombres. Les pompiers ont découpé des blocs de béton brisés et improvisé des planches pour atteindre les survivants piégés sous les gravats. Juan Manuel Mendez, directeur du Centre des opérations d’urgence, a déclaré que trois zones prioritaires avaient été identifiées après que les sauveteurs y avaient perçu des bruits. « Nous continuons à déblayer et à chercher des survivants. Nous allons chercher sans relâche », a-t-il affirmé.
La procureure Rosalba Ramos a confié à la chaîne dominicaine CDN que si « tout le monde veut savoir » ce qui s’est passé, la priorité restait de retrouver des survivants. Les familles des disparus se sont rassemblées aux abords du site, brandissant des photos de leurs proches. Le législateur Bray Vargas, représentant de la province de Santiago, fait partie des survivants extraits des décombres.
Les normes de construction en question
La République dominicaine, comme beaucoup de pays des Caraïbes, est soumise à des risques sismiques et climatiques qui rendent les normes de construction sensibles. Le pays a connu plusieurs drames liés à des défaillances structurelles ces dernières années. L’absence de réponse des autorités sur la fréquence des inspections alimente la colère des familles.
Le président Abinader a décrété trois jours de deuil national. Une enquête approfondie sur les causes de l’effondrement devrait être ouverte une fois la phase de secours terminée. Les premiers éléments ne permettent pas encore de déterminer si la vétusté du bâtiment, un défaut de construction lors des rénovations ou un facteur externe a provoqué la catastrophe.