8h30 du matin, mardi 19 mai, sur la Côte vaudoise. Plusieurs hommes cagoulés franchissent la porte de la villa d’Alain Prost à Nyon. Le quadruple champion du monde de Formule 1 est pris à partie et blessé à la tête. Un de ses fils est forcé d’accompagner les assaillants jusqu’au coffre-fort familial pour le déverrouiller.
L’affaire est restée sous le boisseau pendant trois jours. C’est le quotidien suisse Blick qui a brisé le silence vendredi soir, donnant un visage au «brigandage au domicile d’une famille à Nyon» laconiquement évoqué par la Police cantonale vaudoise dans un communiqué publié 48 heures plus tôt. Les services suisses gardent depuis un strict «no comment», sans confirmer ni démentir l’identité de la victime. CNews et l’AFP ont relayé l’information samedi.
Coffre forcé sous la menace directe
Le scénario est devenu hélas classique sur l’arc lémanique. Plusieurs individus, cagoulés et organisés, pénètrent dans une propriété cossue alors que la famille est encore présente. La violence tombe d’emblée, l’effet de surprise est maximal. Selon Blick, l’altercation entre les agresseurs et Alain Prost se solde par une blessure légère à la tête du pilote.
Pendant que «le Professeur» encaisse, le reste de la famille est tenu en respect. C’est un des fils présent sur place qui hérite du moment le plus tendu : on lui ordonne, sous la menace directe, de conduire le commando jusqu’au coffre familial et d’en composer la combinaison. La scène a duré assez longtemps pour qu’une cellule de soutien psychologique soit dépêchée sur les lieux après le départ des malfrats.
Une Richard Mille parmi le butin
L’inventaire est encore en cours, mais Blick affirme qu’au moins une pièce d’horlogerie de la maison Richard Mille figure dans le butin. Alain Prost est partenaire de longue date du manufacturier, qui lui a dédié un modèle d’exception tiré à seulement trente exemplaires. Ni la famille ni la marque n’ont répondu aux sollicitations de la presse helvétique.
Le détail n’est pas anecdotique. Les Richard Mille sont devenues l’une des proies favorites du grand banditisme européen. Quelques jours avant l’attaque de Nyon, une autre montre de la marque, estimée entre 700 000 et un million d’euros, a été dérobée à un client de l’hôtel Palm Beach à Cannes, en pleine nuit, près des toilettes de l’établissement. Les pièces de haute horlogerie circulent vite sur les réseaux clandestins, où leur identification reste compliquée une fois le boîtier modifié.
Le Léman, terrain de chasse des gangs transfrontaliers
Le voisinage d’Alain Prost a beau être réputé pour son calme, le canton de Vaud n’est plus un sanctuaire. Selon les chiffres de la police cantonale repris par le quotidien 20 minutes, 18 home-jackings ont été recensés en 2025 dans le canton, trois de plus qu’en 2024. Le canton de Genève voisin affiche exactement le même nombre d’affaires sur la période. Le phénomène a triplé depuis 2022, où l’on en comptait moins d’une dizaine de chaque côté de la frontière cantonale.
Plus largement, l’assureur AXA a publié à l’automne 2025 un communiqué relevant que le nombre de cambriolages en Suisse a bondi de près de 50 % depuis 2021. Les autorités cantonales pointent un mode opératoire qui se répète : des équipes venues de France, souvent de la région lyonnaise ou marseillaise, frappent en éclair puis rejoignent la frontière dans les heures qui suivent. C’est ce qui a poussé la Police cantonale vaudoise à activer immédiatement la Gendarmerie française et l’Office fédéral de la douane après l’attaque de Nyon.
Sûreté, brigade canine et police scientifique ont quadrillé la zone à la recherche du commando. Sans succès à ce stade. Le ministère public vaudois a ouvert une instruction pénale, mais aucune piste précise n’a été communiquée.
Une cible parmi les célébrités du sport
Cette agression s’inscrit dans une série noire qui touche le monde du sport depuis plusieurs mois. Le 13 mai, un joueur du FC Porto a vécu un scénario quasi identique avec sa famille, séquestré chez lui par des cambrioleurs armés. Les footballeurs du PSG, le défenseur Achraf Hakimi, les internationaux Théo Hernandez ou Christopher Nkunku ont tous fait l’objet de cambriolages avec violences ces deux dernières années. Le ressort est toujours le même : une notoriété qui exhibe le train de vie, des collections d’horlogerie et de bijoux exposées sur les réseaux sociaux, des résidences identifiables au cadastre.
Alain Prost, lui, a longtemps cultivé la discrétion. Installé à Nyon depuis le début des années 2000, à une vingtaine de kilomètres de Genève, le quadruple champion du monde de F1 (1985, 1986, 1989, 1993) avait choisi la rive vaudoise pour son cadre paisible et une fiscalité plus douce qu’en France. À 71 ans, le détenteur de 51 victoires en Grand Prix partage désormais son temps entre la Suisse, Dubaï et quelques apparitions médiatiques liées à la Formule 1.
Direction Dubaï dans la foulée
Selon Blick, l’ancien pilote n’a pas traîné sur les bords du Léman après les faits. Visiblement marqué, il a repris l’avion pour Dubaï, où il dispose d’un dispositif de sécurité plus serré. L’émirat fait partie de ses points d’ancrage depuis plusieurs années ; il y enchaîne sorties à vélo et parties de golf, parfois en compagnie de Roger Federer, autre exilé fiscal du Léman.
Le choix n’est pas anodin. Plusieurs grandes fortunes romandes ont musclé leur sécurité ces derniers mois, certaines allant jusqu’à déménager une partie de leur famille à l’étranger. La Tribune de Genève s’inquiétait récemment, dans un éditorial, d’un sentiment d’insécurité qui «marque à vie» les victimes de home-jacking, quel que soit le préjudice matériel.
Une enquête sans visage
Les enquêteurs vaudois doivent maintenant exploiter les indices laissés sur place : ADN, traces, éventuelles images de vidéosurveillance dans les communes traversées par la fuite. La police a fait le choix de la discrétion pour ne pas griller ses leads, ce qui explique le mutisme actuel autour du dossier. Les agresseurs ont eu plusieurs heures d’avance avant que l’alerte ne soit donnée, un temps précieux pour rejoindre la frontière française.
L’instruction pénale ouverte par le Ministère public vaudois pour brigandage va se prolonger sur plusieurs semaines, le temps de remonter les filières d’écoulement des montres dérobées. Les autorités cantonales doivent présenter à l’automne leur bilan annuel sur la criminalité ; l’affaire Prost, par son retentissement, pèsera lourd dans les arbitrages budgétaires sur les moyens accordés aux brigades dédiées au grand banditisme.