Première ministre à tomber sous le second mandat, Kristi Noem quitte la Sécurité intérieure après des auditions parlementaires catastrophiques. Un sénateur de l’Oklahoma prend sa place.

Un message sur Truth Social et c’est fini

Jeudi 5 mars, Donald Trump a mis fin aux fonctions de Kristi Noem à la tête du département de la Sécurité intérieure (DHS), le ministère qui gère l’immigration, les douanes et les urgences fédérales aux États-Unis. L’annonce est arrivée par le canal habituel : un post sur Truth Social, le réseau du président. La gouverneure du Dakota du Sud reconvertie en ministre, 54 ans, devient « envoyée spéciale pour le Bouclier des Amériques », une initiative de sécurité dans l’hémisphère occidental que Trump compte détailler samedi depuis la Floride.

Son successeur, le sénateur républicain de l’Oklahoma Markwayne Mullin, prendra ses fonctions le 31 mars. Ancien lutteur de MMA devenu homme d’affaires puis parlementaire, Mullin siège au Sénat depuis 2023 et affiche un profil plus discret que sa prédécesseure, rapporte l’agence AP.

Des auditions qui ont scellé son sort

Deux jours avant son éviction, Kristi Noem s’était retrouvée sous le feu croisé de républicains et de démocrates lors d’auditions au Capitole. Les élus lui reprochaient la gestion des opérations d’immigration, les dépenses de son ministère et surtout le fonctionnement de la FEMA, l’agence fédérale chargée de répondre aux catastrophes naturelles. Selon Le Monde, qui cite des sources proches de la Maison-Blanche, c’est cette performance désastreuse qui a convaincu Trump de la remercier.

Elle devient la première membre du cabinet à quitter le gouvernement depuis le début du second mandat, en janvier 2025. Un départ qui rappelle la valse des ministres lors du premier mandat (2017-2021), où Trump avait éjecté quatre secrétaires à la Sécurité intérieure en quatre ans.

Du ranch aux selfies dans une mégaprison

Élevée dans un ranch du Dakota du Sud, mère de trois enfants, Kristi Noem s’est construite une image de dure à cuire, calibrée pour le mouvement MAGA. Ultraconservatrice sur l’avortement, l’immigration et les armes à feu, elle multipliait les mises en scène choquantes. En mars 2025, quelques semaines après des expulsions controversées vers le Salvador en vertu d’une loi d’exception datant de 1798, elle s’est rendue au Cecot, la mégaprison salvadorienne tristement célèbre, posant devant les détenus entassés derrière les barreaux. Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux, avaient provoqué un malaise jusque dans le camp républicain, selon l’agence Reuters.

En janvier, elle avait qualifié de « terroristes » Renee Good et Alex Pretti, deux Américains abattus par des agents de l’ICE (la police de l’immigration) lors de deux opérations distinctes à Minneapolis. Les enquêtes n’étaient pas bouclées. Des vidéos ont ensuite contredit la version officielle du DHS, qui affirmait que les victimes avaient eu un comportement violent. L’affaire a déclenché de vastes manifestations dans le Minnesota.

L’épisode du chien qui a torpillé ses ambitions

Avant le DHS, Kristi Noem visait plus haut. Pressentie comme colistière de Trump pour l’élection de 2024, elle a vu ses chances s’effondrer à cause d’un passage de son autobiographie, révélé par la presse au printemps 2024. Elle y racontait avoir abattu sa jeune chienne d’un coup de fusil parce que l’animal était « indomptable ». L’anecdote, censée illustrer sa capacité à prendre des décisions difficiles, a provoqué un tollé dans un pays où 65 % des foyers possèdent un animal de compagnie, selon l’American Pet Products Association. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #PuppyKiller l’a poursuivie pendant des semaines.

Habeas corpus, ce grand inconnu

En mai 2025, la ministre avait offert un autre moment d’anthologie lors d’une audition au Sénat. Interrogée sur les droits des personnes détenues par l’ICE, elle avait confondu le principe d’habeas corpus, pilier des libertés individuelles dans le droit anglo-saxon depuis le XVIIe siècle, avec un pouvoir supposé du président d’expulser des immigrés à sa guise. L’extrait, repris par les chaînes de télévision, a alimenté les critiques sur ses compétences juridiques, rapporte l’AFP.

Au-delà de cette bourde, elle avait aussi défié l’autorité judiciaire en passant outre l’injonction d’un juge fédéral ordonnant la suspension des expulsions vers le Salvador. L’administration Trump a reconnu devant le tribunal que cette décision venait directement de Noem.

Un ministère sous pression, un remplaçant en embuscade

Le DHS, créé après les attentats du 11 septembre 2001, emploie plus de 260 000 personnes et gère un budget annuel de 62 milliards de dollars. C’est le troisième ministère fédéral en effectifs. Sous Noem, le nombre d’arrestations à la frontière sud a chuté de 68 % entre début 2024 et début 2026, selon les chiffres des douanes américaines (CBP). Mais l’administration attribue cette baisse à sa politique de dissuasion, pas à un quelconque mérite managérial de la ministre.

Markwayne Mullin, 48 ans, hérite d’un portefeuille explosif en pleine guerre au Moyen-Orient, alors que les États-Unis ont renforcé leurs contrôles aux frontières et que le DHS gère simultanément la réponse aux catastrophes naturelles sur le sol américain. Ancien membre de la Chambre des représentants pendant dix ans avant d’arriver au Sénat, il est considéré comme un fidèle de Trump, avec un tempérament moins enclin aux provocations médiatiques.

Le Sénat devra confirmer sa nomination. Compte tenu de la majorité républicaine, le vote ne devrait pas poser de difficulté. La date de l’audience de confirmation n’a pas encore été fixée.