Deux mois. C’est le temps qu’il aura fallu aux États-Unis pour passer du raid militaire contre un président en exercice à la signature d’accords pétroliers avec son successeur. Le 5 mars, Washington et Caracas ont annoncé le rétablissement officiel de leurs relations diplomatiques et consulaires, rompues depuis 2019. Derrière cette normalisation éclair, rapportée par la BBC et le New York Times, se dessine une opération qui va bien au-delà de la diplomatie classique.

Un raid nocturne qui fait basculer un pays

Le 3 janvier 2026, des forces spéciales américaines capturent Nicolas Maduro lors d’une opération militaire au Venezuela. Le président vénézuélien et son épouse sont transférés vers un tribunal de Manhattan, où ils font face à des accusations liées au trafic de drogue et au trafic d’armes. Maduro conteste ces charges et réclame la libération. Les experts des Nations unies décrivent l’opération comme « une violation grave, manifeste et délibérée des principes les plus fondamentaux du droit international », selon Al Jazeera.

Delcy Rodriguez, jusqu’alors vice-présidente, prend la tête du pays par intérim. En quelques jours, le ton change radicalement entre Caracas et Washington. L’ambassade américaine, fermée depuis sept ans, rouvre ses portes. Du personnel diplomatique quitte Bogotá pour s’installer dans la capitale vénézuélienne.

Le pétrole coule, les barils changent de mains

Fin janvier, Rodriguez signe une réforme ouvrant l’industrie pétrolière nationale aux investissements privés étrangers. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, longtemps exploitées par la compagnie nationale PDVSA sous contrôle strict de l’État. La nationalisation du secteur, engagée sous Hugo Chávez puis renforcée par Maduro, avait chassé la plupart des compagnies occidentales.

Selon Al Jazeera, au moins 50 millions de barils de brut vénézuélien ont déjà été transférés à l’administration Trump pour être revendus, le président américain contrôlant lui-même la répartition des recettes. Trump qualifie la nationalisation passée de « plus grand vol de l’histoire américaine » et revendique un droit historique sur le pétrole du Venezuela. Dans le même temps, l’approvisionnement en pétrole vers Cuba a été coupé.

Or, diamants et minerais : la deuxième vague

Le pétrole n’est que le premier acte. Le 5 mars, Doug Burgum, secrétaire à l’Intérieur et patron du Conseil national de domination énergétique créé par Trump, se rend à Caracas accompagné de représentants d’une dizaine d’entreprises américaines. L’objectif affiché : accéder aux gisements d’or, de diamants, de cuivre, de coltan et d’autres minerais critiques du pays.

« Les possibilités de collaboration entre nos deux grands pays sont illimitées », déclare Burgum lors de sa visite. Rodriguez s’engage à soumettre un projet de réforme du code minier au Parlement. Les critiques ne manquent pas. Trump lui-même a menacé Rodriguez en janvier dans The Atlantic : « Si elle ne fait pas ce qu’il faut, elle paiera un prix très élevé, probablement plus élevé que Maduro. »

Le « modèle vénézuélien » pour l’Iran

Trump présente la séquence comme un schéma reproductible. « Le Venezuela, c’était incroyable parce qu’on a mené l’attaque et on a gardé le gouvernement totalement intact », a-t-il déclaré. Trita Parsi, vice-président exécutif du Quincy Institute, analyse : « Il accepte qu’une figure symbolique prenne le pouvoir en Iran à condition que cette personne suive les préférences politiques de Trump. »

La comparaison a ses limites. L’Iran est engagé dans un conflit armé ouvert depuis le 28 février, une situation radicalement différente du raid ciblé contre Maduro.

3 200 prisonniers libérés, zéro calendrier électoral

Le gouvernement Rodriguez affiche quelques gestes d’ouverture. Plus de 3 200 prisonniers politiques ont été libérés grâce à une nouvelle loi d’amnistie. Un point reste absent de toutes les déclarations officielles : le calendrier électoral. Le procès de Maduro à Manhattan devrait se tenir courant mars. Son issue pourrait peser lourd sur la suite des événements à Caracas.