75 % de réussite au brevet en juin prochain. C’est la projection que vient de poser Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, dans une interview au Dauphiné Libéré. Soit dix points de moins qu’en 2025, et un retour aux niveaux des années 1990.

Fini le 50/50, place au 60/40

Le coup de bistouri se joue dans la mécanique de calcul. À partir de la session 2026, les épreuves de juin pèsent désormais 60 % de la note finale, contre 50 % auparavant. Le contrôle continu, lui, est rogné à 40 % et calculé exclusivement sur les moyennes obtenues en classe de troisième. Fini le système des huit composantes du socle commun étalées sur tout le cycle 4, qui permettait de gonfler discrètement la note avec quelques bons résultats glanés en cinquième ou en quatrième.

Plus brutal encore : la note finale ne s’exprime plus sur 800 points, mais sur 20. Il faudra atteindre 10 sur 20 pour décrocher le diplôme, comme au baccalauréat. Le décret du 10 avril 2025, publié sur service-public.gouv.fr, justifie ce barème par un souci de « lisibilité ». Lisible, peut-être. Plus serré, surtout : les bonus glanés sur quelques matières secondaires ne suffiront plus à rattraper une copie de français bancale.

L’orthographe redevient éliminatoire

La deuxième tuile vient d’une note de service ministérielle datée du 26 mars 2026. La maîtrise du français y devient une ligne rouge dans toutes les copies, y compris en histoire-géographie, en sciences ou en philosophie pour le bac. Le ministère écrit noir sur blanc : « Une copie jugée inintelligible ou comportant trop de fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe ne pourra plus obtenir la moyenne. »

Concrètement, un élève qui maîtrise sa SVT mais qui aligne les « sa » pour « ça » et les participes passés massacrés peut désormais perdre la moyenne sur sa copie de sciences. Le ministre reconnaît à demi-mot l’impact : « On aura peut-être 75 % de réussite au brevet avec beaucoup moins de mentions », a-t-il glissé. En 2025, 81 % des admis décrochaient une mention selon la DEPP, dont 26 % en très bien. Cette pluie de mentions devrait elle aussi se tasser.

Geffray assume la baisse

Pas de regrets côté ministère. Édouard Geffray, ancien directeur général de l’enseignement scolaire entre 2018 et 2021, défend une logique de vérité. « Leur dire la vérité va leur permettre de prendre conscience des efforts à fournir en seconde », a-t-il argumenté au Dauphiné Libéré le 2 avril. Sa lecture : un brevet décroché à 85 % avec 81 % de mentions ne renvoie pas un signal exact aux adolescents sur leur niveau réel, et les laisse heurter le mur de la classe de seconde.

Pour amortir le choc, le ministère a demandé aux chefs d’établissement de programmer « systématiquement une semaine de révisions avant le brevet ». Les « Devoirs faits » et les « stages de réussite » pendant les vacances sont maintenus, gratuits, dans tous les collèges. Geffray promet aussi un « concours général des collèges » dès 2027, ouvert à 10 % des élèves de troisième par établissement, en cinq disciplines dont le numérique-codage. Une vitrine d’excellence façon lycée, avec parité filles-garçons obligatoire.

Le SNES-FSU grince des dents

Sur le terrain, la pilule passe mal. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU (premier syndicat dans le second degré), a réagi dans une dépêche AFP : « Cette annonce nous interroge ; s’il s’agit de faire de ce concours général l’antichambre du concours général des lycées, symbole d’une forme d’élitisme et d’entre soi, notre système éducatif n’a pas besoin de ça ! » Elle pointe « des urgences bien identifiées bien loin de ce sujet » : effectifs surchargés, postes vacants, baisse continue du niveau en mathématiques que documentent les enquêtes internationales TIMSS et PISA.

Autre conséquence concrète : 800 collèges où plus de 40 % des élèves obtiennent moins de 8 sur 20 en français ou en mathématiques au brevet vont basculer dans une opération baptisée « Collège en progrès » à la rentrée de septembre, avec des moyens supplémentaires fléchés.

847 600 candidats dans le viseur

Combien d’adolescents vont passer ces nouvelles épreuves ? En juin 2025, 847 600 candidats se sont présentés au brevet, soit environ 7 000 de plus que l’année précédente, selon la DEPP. Sur ce volume, 724 700 ont été reçus. Si la projection ministérielle se vérifie, ce sont près de 85 000 jeunes qui risqueraient de repartir sans diplôme cette année, là où ils l’auraient obtenu l’an dernier.

Le brevet n’est pourtant pas un sésame indispensable. Le ministère rappelle dans son texte officiel que « le brevet n’est pas obligatoire pour le passage en seconde, qui continue d’être décidé en conseil de classe ». Mais le diplôme reste un repère psychologique, un premier examen, un premier carton sur le tableau d’une famille.

Une nouveauté technique attend aussi les candidats en mathématiques. L’épreuve est désormais coupée en deux. Vingt minutes d’automatismes sans calculatrice, six points en jeu, sur des classiques comme les carrés des entiers de 1 à 12, les pourcentages, le calcul de médiane ou le périmètre d’un disque. Puis une heure quarante de raisonnement et de problèmes, sur les quatorze points restants. La calculatrice ne reviendra que dans la seconde partie.

Trois jours pour valider l’année

Les épreuves écrites tomberont le vendredi 26, le lundi 29 et le mardi 30 juin 2026. Les oraux démarrent dès le 15 avril dans les collèges. Les résultats arrivent début juillet, avant la cérémonie républicaine de remise des diplômes prévue à la rentrée de septembre. D’ici la fin du mois, près d’un million de troisièmes ont sept semaines pour digérer le nouveau barème, et autant pour vérifier qu’un « ça » n’a pas pris la place d’un « sa » dans une copie de SVT.