Coup d’envoi à 21 heures, heure de Paris. Le Mexique reçoit l’Afrique du Sud dans un stade Azteca bouillant, et ouvre la Coupe du monde la plus démesurée jamais organisée. Quarante-huit équipes, trois pays, plus d’un mois de football : rien à voir avec ce qu’on connaissait.

Pendant vingt-huit ans, le Mondial accueillait trente-deux nations. Cette édition en réunit seize de plus. La FIFA a fait sauter le verrou, et le tournoi change de dimension du jour au lendemain.

Quarante-huit équipes, et un calendrier qui explose

Le chiffre donne le vertige : 104 rencontres au programme, contre 64 lors des éditions précédentes. Les quarante-huit qualifiés se répartissent en douze groupes de quatre. Chaque équipe affronte ses trois voisines de poule, puis les deux premiers passent, accompagnés des huit meilleurs troisièmes. De quoi remplir les soirées des amateurs jusqu’à la mi-juillet.

Ce nouveau format, validé par la FIFA, garantit aussi davantage de petites nations sur la scène mondiale. L’Irak, présent dans le groupe de la France, n’avait plus disputé de phase finale depuis 1986. Plus d’équipes, c’est plus de premières fois, mais aussi un marathon que personne n’a encore testé à cette échelle.

L’élargissement profite surtout aux continents longtemps sous-représentés. L’Afrique passe de cinq à neuf places, l’Asie de quatre à huit, et l’Amérique du Nord récupère plusieurs billets en tant qu’hôte. Résultat : des affiches que personne n’aurait imaginées il y a quatre ans, et des supporters qui découvrent leur sélection à ce niveau pour la première fois.

Le stade qui a vu Pelé et Maradona

Le choix de l’Azteca pour le match d’ouverture n’a rien d’anodin. Selon la FIFA, l’enceinte de Mexico devient le premier stade de l’histoire à accueillir des matchs de trois Coupes du monde différentes, après 1970 et 1986. Aucun autre lieu ne peut en dire autant.

Les murs y gardent la trace de deux légendes. C’est ici que le Brésil de Pelé a soulevé le trophée en 1970, au terme d’un match resté dans les manuels. Seize ans plus tard, l’Argentine de Diego Maradona y battait l’Allemagne en finale, quelques jours après la fameuse « main de Dieu » contre l’Angleterre. À l’issue du tournoi, l’Azteca affichera vingt-quatre matchs de phase finale au compteur, un record absolu.

Trois pays, des milliers de kilomètres

Pour la première fois, un Mondial s’étale sur trois nations. Les États-Unis, le Canada et le Mexique se partagent les seize villes hôtes, du Pacifique à l’Atlantique. Les sélections devront avaler des vols intérieurs longs comme des traversées de continent, gérer la chaleur du sud et l’altitude de Mexico, perchée à plus de 2 200 mètres.

La carte du tournoi ressemble à un planisphère réduit. Un groupe peut jouer à Guadalajara puis à Seattle, à 4 000 kilomètres de distance. La logistique devient une compétition à part entière, et les staffs médicaux scrutent déjà les écarts de fuseaux et de climat. La finale, elle, se tiendra le 19 juillet au MetLife Stadium, dans la banlieue de New York.

La chaleur inquiète déjà. Plusieurs villes du sud des États-Unis dépassent régulièrement les 35 degrés en juin et juillet, et des matchs sont programmés en début d’après-midi pour coller aux audiences européennes. Les syndicats de joueurs réclament des pauses fraîcheur élargies et des horaires décalés, un débat qui avait déjà agité l’avant-tournoi.

50 millions de dollars pour le vainqueur

L’argent suit la même courbe. La FIFA a débloqué une cagnotte record de 727 millions de dollars, dont 50 millions promis au futur champion. La quasi-totalité, 655 millions, ira directement aux sélections sous forme de primes de résultat, soit une hausse de 50 % par rapport au Qatar en 2022.

Jamais un tournoi n’avait distribué autant. Sous la pression de l’UEFA et de plusieurs grandes fédérations, l’instance dirigée par Gianni Infantino a encore gonflé l’enveloppe. Le calcul est limpide : plus de matchs, plus de droits télé, plus de sponsors, donc plus à redistribuer. Le sportif et le business avancent désormais au même rythme.

Les Bleus entrent en scène mardi

Pour les supporters français, le vrai départ viendra plus tard. L’équipe de Didier Deschamps a hérité du groupe I, en compagnie du Sénégal, de la Norvège et de l’Irak. Un tirage piégeux : le Sénégal possède l’une des meilleures défenses africaines, et la Norvège s’appuie sur une génération qui monte.

D’après Footmercato, les Bleus lanceront leur campagne mardi 16 juin à 21 heures face au Sénégal, du côté de New York. Suivront l’Irak puis la Norvège pour boucler la phase de poules. Trois ans après la finale perdue au Qatar, la France repart parmi les favoris, mais avec un effectif remodelé et la pression du statut.

Un mois de football sans répit

À partir de ce soir, le rythme ne faiblira plus. Plusieurs matchs par jour, des décalages horaires qui repoussent certaines affiches en pleine nuit pour le public européen, et une affiche d’ouverture chargée de symboles à Mexico. Le Mexique, pays hôte, lance les hostilités devant des dizaines de milliers de spectateurs et une planète entière rivée à son écran.

Reste à voir si ce format élargi tiendra ses promesses ou diluera le spectacle. Les premières réponses tomberont vite : dès le 16 juin pour les Bleus, et le 19 juillet pour le sacre final au MetLife. D’ici là, un peu plus de cinq semaines de football attendent les amateurs, la plus longue et la plus large Coupe du monde jamais disputée. Le ballon, lui, ne demande qu’à rouler.