La Russie va pouvoir renvoyer ses équipes aux Jeux olympiques. Mardi, le Comité international olympique a levé la suspension de son comité national, prononcée en octobre 2022 après l’invasion de l’Ukraine. Une question reste ouverte : le drapeau blanc, bleu et rouge flottera-t-il à Los Angeles en 2028 ?
Une porte rouverte, un symbole encore verrouillé
La commission exécutive du CIO a réintégré le Comité olympique russe, mais elle a soigneusement séparé deux droits. Celui de concourir revient tout de suite. Celui d’afficher les couleurs nationales attendra. Le drapeau et l’hymne feront l’objet d’une décision « le moment venu », selon le communiqué de l’instance.
La nuance n’est pas cosmétique. À Paris en 2024, les téléspectateurs français s’en souviennent, la poignée de Russes engagés avait concouru sans emblème, tenue à l’écart de la cérémonie d’ouverture et rangée sous l’étiquette d’athlètes individuels neutres, ces trois lettres, AIN, qui remplaçaient le nom du pays sur les écrans. Rebelote aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina, début 2026. Ce statut de sportif sans pays, ni drapeau sur le maillot ni hymne sur le podium, pourrait très bien survivre jusqu’en Californie. La fédération russe redevient membre de plein droit, ses athlètes visent les qualifications comme n’importe quelle autre nation, mais la mise en scène patriotique reste, elle, sous clé.
Ce qui a fait sauter le verrou
Pour comprendre la levée de la sanction, il faut revenir à sa cause. En octobre 2022, le CIO avait suspendu le comité russe pour avoir intégré des conseils olympiques régionaux dans quatre territoires ukrainiens occupés : Louhansk, Donetsk, Kherson et Zaporijjia. Reconnaître ces structures revenait à piétiner la Charte olympique et l’intégrité du comité ukrainien.
Trois ans plus tard, l’obstacle a disparu sur le papier. Le comité russe a confirmé qu’il n’exerçait plus, et n’exercerait plus, la moindre activité dans ces régions. La commission des affaires juridiques du CIO a analysé le dossier et conclu que la faute d’origine était réparée. L’instance prévient toutefois qu’elle gardera un œil sur Moscou et se réserve le droit de revenir en arrière si besoin.
« Les athlètes ne doivent pas payer »
Devant la presse, la présidente du CIO Kirsty Coventry a défendu une ligne : distinguer les sportifs de leur gouvernement. « Nous ne cautionnons aucune guerre, celle-ci comprise. Nous continuerons à soutenir l’Ukraine comme nous le faisons depuis le début. Mais je ne crois pas que les athlètes doivent en payer le prix », a-t-elle déclaré, citée par l’agence Reuters. Et d’ajouter : « Nous ne voulons pas tenir les athlètes pour responsables des actes de leur gouvernement. »
L’ancienne nageuse zimbabwéenne, arrivée à la tête du CIO en 2025, réclame en échange des garanties. Elle demande que les sportifs russes engagés vers Los Angeles soient soumis à des contrôles antidopage suffisants avant les Jeux. Une précaution qui n’a rien d’anodin, tant le passé russe pèse sur le sujet.
Moscou jubile, Kyiv se tait
À Moscou, la nouvelle a été accueillie comme une victoire. « Le retour de notre pays dans la famille olympique donne le feu vert aux fédérations internationales pour réintégrer tous nos athlètes », a réagi le ministre russe des Sports, Mikhaïl Degtiarev. Traduction : la Russie ne compte pas s’arrêter à une réhabilitation partielle et poussera pour récupérer aussi ses symboles.
Côté ukrainien, silence. Aucune réaction officielle n’a suivi l’annonce dans l’immédiat, rapporte Al Jazeera. Kyiv avait pourtant bataillé pendant trois ans pour maintenir les sportifs russes à l’écart des grands rendez-vous, jugeant leur présence indécente tant que la guerre se poursuit.
Le dopage, l’autre ombre au tableau
La guerre n’est pas le seul contentieux. La Russie traîne l’un des scandales de dopage les plus lourds de l’histoire olympique. Tout part d’un rapport commandé par l’Agence mondiale antidopage en 2015, qui met au jour un système organisé dans l’athlétisme russe. Suivent les révélations sur une manipulation d’État autour des Jeux d’hiver de Sotchi, en 2014, avec des échantillons trafiqués dans un laboratoire.
En 2019, l’agence frappe fort : quatre ans d’exclusion, une sanction ramenée ensuite à deux ans par le Tribunal arbitral du sport. Depuis, les Russes défilent le plus souvent en neutres. Moscou a toujours nié l’existence d’un programme de dopage piloté par l’État. C’est ce dossier, autant que l’Ukraine, qui explique la prudence du CIO sur les contrôles et la promesse d’un régime de tests renforcé pour tout Russe candidat à Los Angeles.
La Russie déjà de retour, sport par sport
La décision de mardi ne tombe pas de nulle part. Depuis le printemps, les digues cèdent une à une. En avril, World Aquatics a rouvert la natation et les sports aquatiques aux Russes et aux Bélarusses sous leur propre drapeau. Le même mois, la fédération internationale de boxe les a réadmis en compétition, avec effet immédiat, sous statut neutre. En mai, le CIO recommandait déjà de rendre au Bélarus son identité nationale complète.
Chaque fédération avance à son rythme et fixe ses propres règles, ce qui promet un patchwork de conditions d’une discipline à l’autre. Un nageur russe pourra concourir sous son drapeau quand un athlète d’une autre discipline devra encore masquer le sien.
Trois ans pour trancher le drapeau
Les qualifications pour Los Angeles s’ouvrent dès cette saison, et les fédérations internationales vont devoir décider, épreuve après épreuve, à quelles conditions laisser revenir les Russes. Le CIO, lui, a repoussé à plus tard la question qui fâche : celle du drapeau et de l’hymne. D’ici l’été 2028, il reste trois ans pour savoir sous quelles couleurs les athlètes russes fouleront la piste californienne.