0,91 euro pour un franc suisse. Un chiffre qui, ce dimanche 15 février, fait grincer des dents bien au-delà des salles de marché. La devise helvétique vient d’atteindre un sommet que personne n’avait vu depuis janvier 2015, quand la Banque nationale suisse avait lâché son cours plancher et provoqué un mini-séisme financier.

Le « Swissie » dévore tout sur son passage

Depuis le début de l’année, le franc suisse a bondi de 3% face à l’euro et de 3,5% face au dollar. Un dollar ne vaut plus que 0,76 franc suisse, son plus bas niveau depuis quinze ans. En clair : la monnaie américaine a perdu 15% face au franc depuis l’entrée en fonction de Donald Trump en janvier 2025.

Pourquoi une telle flambée ? Les tensions géopolitiques mondiales poussent les investisseurs vers ce qu’ils considèrent comme la dernière valeur sûre. L’or monte, le franc suisse aussi. C’est mécanique.

Les frontaliers trinquent, les touristes aussi

Pour les 230 000 travailleurs frontaliers français qui traversent la frontière chaque matin, la nouvelle a un goût doux-amer. Leurs salaires en francs valent plus cher convertis en euros. Mais côté suisse, on commence à tirer la sonnette d’alarme : l’industrie d’exportation, l’horlogerie, le luxe, la pharma, tout devient plus cher pour les acheteurs européens.

Et pour ceux qui envisageaient un séjour à Genève ou Zurich cet hiver ? Le budget vient de prendre un coup. Un café à 5 francs, c’était déjà salé. À 5,50 euros le café, on réfléchit à deux fois. Avec la hausse des prix alimentaires en France, le portefeuille prend de toutes parts.

La banque centrale suisse dans l’impasse

Martin Schlegel, 49 ans, le plus jeune patron de banque centrale du monde développé, dirige la BNS avec un mutisme qui ferait passer la BCE pour une émission de radio. Mais la pression monte. Les exportateurs suisses exigent qu’il intervienne sur le marché des changes pour freiner la hausse.

Le problème : intervenir coûte cher. La BNS avait perdu des dizaines de milliards ces dernières années en essayant de contenir le franc. Racheter massivement des euros ou des dollars, c’est gonfler son bilan. Et les électeurs suisses n’aiment pas ça du tout.

Faut-il s’inquiéter ?

Pour les Français, l’impact reste limité au quotidien, sauf si vous faites vos courses à Annemasse en espérant payer en francs. Après la hausse des billets Ouigo, c’est un signal de plus que le coût de la vie continue de peser. Les marchés, eux, regardent déjà la suite : si les tensions commerciales entre Washington et Pékin s’enveniment encore, le franc suisse pourrait viser la parité avec l’euro.

On n’en est pas là. Mais on s’en rapproche un peu plus chaque semaine.