Parti d’un massif de Trévillach samedi soir, le feu a déjà dévoré des milliers d’hectares et poussé des villages entiers vers les gymnases. Lundi, il impose au cyclisme une image qu’il n’avait jamais connue en France : une étape du Tour courue sans un seul spectateur au bord de la route.
Sept villages vidés en un week-end
Tout démarre vers 19h30 samedi, sur les hauteurs de Trévillach, une petite commune de l’arrière-pays perpignanais. En quelques heures, la Tramontane, ce vent sec qui balaie le Roussillon, transforme un départ de feu en brasier. Dimanche à la mi-journée, la préfecture des Pyrénées-Orientales recensait 1 650 hectares partis en fumée et un front de 18 kilomètres. Lundi matin, Le Monde évoquait déjà près de 4 500 hectares, un feu que les autorités qualifient de « très virulent ».
La préfecture a activé les plans communaux de sauvegarde de sept communes : Trévillach, Tarerach, Montalba, Rodès, Ille-sur-Têt, Bouleternère et Vinça. Les habitants des mas isolés ont été regroupés dans les mairies, deux salles municipales ont ouvert leurs portes à Ille-sur-Têt et à Vinça pour héberger les familles, ravitaillées en eau par les associations de sécurité civile. Selon Le Figaro et la presse locale, près de 10 000 personnes ont été évacuées ou mises à l’abri, même si le préfet Pierre Regnault de la Mothe assure n’avoir pas ordonné d’évacuation générale. Un sapeur-pompier et un habitant ont été grièvement blessés, tous deux placés en urgence absolue.
700 pompiers et un renfort venu de Roumanie
Les moyens déployés donnent la mesure de la menace. Environ 700 sapeurs-pompiers travaillent sur le terrain, épaulés par 200 véhicules et neuf appareils, dont des Canadairs, des avions DASH et des hélicoptères bombardiers d’eau qui tournent depuis l’aube. Cinq colonnes de renfort sont montées des départements voisins. Une colonne roumaine a rejoint le dispositif grâce au mécanisme européen de protection civile, signe que la bataille dépasse déjà le cadre local. Des largages de retardant, ce produit rose qui freine l’avancée du front, ont visé les flancs du feu.
L’objectif des secours tient en une phrase : empêcher les flammes de basculer dans le massif des Aspres. Ce grand ensemble boisé, s’il s’embrasait, ouvrirait la voie vers des zones bien plus peuplées. Plusieurs axes ont été coupés, dont la RD66 entre Vinça et Ille-sur-Têt et trois routes départementales de part et d’autre du foyer. Le département a été classé au niveau de risque incendie le plus haut, jugé « exceptionnel » sur toute sa moitié est.
Le préfet a également appelé les habitants à ne pas saturer les lignes d’urgence, à composer le 112 en cas de danger réel et à ne relayer aucune rumeur. Sur ce type de sinistre, une fausse alerte partagée sur les réseaux sociaux peut détourner des secours d’un vrai foyer, un risque que les autorités prennent désormais aussi au sérieux que la progression des flammes.
Le Tour de France roulera pour personne
C’est ici que la catastrophe percute l’actualité sportive. La troisième étape du Tour 2026, ce lundi, relie Granollers, en Catalogne espagnole, à la station des Angles, à une soixantaine de kilomètres du brasier. Fallait-il annuler ? Les organisateurs ont tranché autrement. L’étape est maintenue, mais « adaptée » et surtout « sans public », a confirmé la direction de course, citée par franceinfo. La veille, la décision restait encore suspendue à l’évolution du feu, rappelait Eurosport. Le peloton, qui a lancé son édition 2026 en Espagne, aborde justement là sa première arrivée en France.
Dans le détail, la caravane publicitaire ne circulera pas côté français. Seuls les coureurs et les véhicules indispensables à la course franchiront la frontière, et les spectateurs sont priés de rester chez eux. Sur les routes du Tour, où l’on campe parfois deux jours pour voir passer le peloton en quarante secondes, la consigne a de quoi désarçonner. Jamais une étape ne s’était courue sans un seul badaud sur le sol français. L’arrivée reste calée en fin d’après-midi, entourée d’un dispositif de sécurité que la Grande Boucle n’avait jamais monté pour un feu de forêt.
Un été après le brasier de l’Aude
Le Roussillon se serait bien passé de ce rappel. À quelques dizaines de kilomètres, dans l’Aude voisine, l’incendie du massif des Corbières avait ravagé environ 16 000 hectares en août 2025. La ministre de la Transition écologique de l’époque en avait fait « l’incendie le plus important qu’a connu la France depuis 1949 ». Ce feu avait coûté la vie à une personne, fait neuf blessés et laissé des vignobles calcinés sur des centaines d’hectares.
Onze mois plus tard, le décor se rejoue un cran plus au sud. La sécheresse installée, une végétation méditerranéenne gorgée de résine et un vent capable de doubler la vitesse des flammes forment un mélange que les pompiers du secteur redoutent chaque été. Et le feu de Trévillach ne vient pas seul : quelques jours plus tôt, un autre incendie avait déjà parcouru 800 hectares à la frontière de l’Aude et de l’Hérault, dans le Minervois, forçant l’évacuation de deux villages au nord de Narbonne. Deux départs violents en une semaine, sur un littoral que la chaleur rend inflammable de plus en plus tôt dans la saison.
Une semaine sous tension
La suite dépendra du ciel. Aucune pluie sérieuse n’est attendue avant plusieurs jours sur le département, et une nouvelle vague de chaleur doit gagner le pays dans la semaine, ce qui promet de garder les sols à sec et les végétaux inflammables. Les secours guettent surtout une accalmie de la Tramontane, seule vraie fenêtre pour fixer le feu avant qu’il n’atteigne les Aspres.
Pour les 10 000 habitants tirés de chez eux, la journée de lundi se jouera loin des caméras braquées sur les coureurs. Le prochain point de la préfecture, attendu dans la journée, dira si la nuit a fait reculer le front ou s’il faut encore élargir le périmètre de sécurité.