3,99 dollars par mois pour voir qui revoit vos Stories Instagram. Meta a officialisé mercredi soir le lancement mondial de ses formules payantes Plus sur Facebook, Instagram et WhatsApp, et prépare déjà la suite : des abonnements IA à 20 dollars et des packs créateurs jusqu’à 50 dollars.

L’annonce vient de Naomi Gleit, la patronne produit du groupe, et elle marque un tournant pour les trois applications les plus utilisées au monde. Jusque-là, Facebook, Instagram et WhatsApp se vendaient comme gratuits et financés par la publicité. Désormais, chaque app a son propre forfait optionnel, baptisé Plus, qui débloque une poignée de fonctions réservées aux abonnés. Le tout vit sous une nouvelle marque parapluie, Meta One, qui hébergera à terme tous les abonnements maison.

Trois forfaits, trois prix, trois usages

Instagram Plus et Facebook Plus coûtent 3,99 dollars par mois, soit environ 3,43 euros. WhatsApp Plus est plus accessible à 2,99 dollars, autour de 2,57 euros. Les trois plans sont accessibles partout dans le monde, selon TechCrunch, qui a recueilli les premières précisions du groupe. Ils sont distincts de Meta Verified, l’offre lancée en 2023 et centrée sur la coche bleue et la protection contre l’usurpation d’identité, qui continue d’exister telle quelle.

Sur Instagram, le forfait Plus joue surtout sur la Story. L’abonné voit combien de personnes ont rejoué sa Story en boucle, peut prolonger une Story plus de 24 heures, en mettre une en avant pendant une semaine ou la regarder sans apparaître dans la liste des vues. Il peut aussi créer autant de listes d’audience qu’il veut, bien plus que les seuls « Amis proches » du plan gratuit, et publier sur son profil sans que l’image arrive dans le fil de ses abonnés. S’ajoutent quelques fioritures cosmétiques, dont une réaction « Super Heart » animée, des icônes d’application personnalisables et des polices custom pour la bio.

Facebook Plus reprend à peu près la même panoplie côté social. WhatsApp Plus, lui, vise un autre besoin. Pour 2,99 dollars, l’abonné débloque des thèmes graphiques pour l’app, des sonneries personnalisées, davantage de conversations épinglées et un catalogue de stickers premium. Aucune fonction de messagerie n’est sortie du plan gratuit, ce qui était la grande crainte des utilisateurs depuis les premiers tests cet hiver. WhatsApp reste utilisable gratuitement avec son chiffrement, ses appels et ses groupes.

L’IA en embuscade derrière Meta One

Si Meta a pris la peine d’inventer une marque ombrelle, ce n’est pas pour héberger trois forfaits à 3 dollars. La vraie raison s’appelle Meta AI, le chatbot maison intégré dans WhatsApp, Instagram et Messenger. Le groupe prépare deux abonnements payants pour ses utilisateurs IA les plus gourmands : Meta One Plus à 7,99 dollars par mois et Meta One Premium à 19,99 dollars par mois. Les deux offrent les mêmes fonctions, mais le Premium débloque davantage de « thinking mode », le raisonnement avancé pour les requêtes complexes, et plus de quotas pour la génération d’images et de vidéos dans les apps Meta.

Bloomberg, qui a sorti l’info en parallèle, présente cette ouverture comme une manière pour Mark Zuckerberg de compenser les milliards engloutis dans ses centres de données et ses puces dédiées à l’IA. Le calcul est limpide : Meta AI restera gratuite pour l’usage occasionnel, mais les power users devront passer à la caisse, sur le même modèle qu’OpenAI avec ChatGPT Plus ou Anthropic avec Claude Pro. Les premiers tests démarreront en juin à Singapour, au Guatemala et en Bolivie, avant un déploiement plus large. Plus tard, ces forfaits seront aussi étendus aux propriétaires des lunettes connectées Ray-Ban Meta.

Les créateurs paieront 50 dollars pour passer devant

Restent les deux plans les plus chers, et les plus politiques. Meta One Essential, à 14,99 dollars par mois, reprend la coche Verified et la protection contre l’usurpation, en ajoutant un « linksheet » amélioré qui regroupe les profils sociaux et le site web d’un créateur. Plus haut sur l’échelle, Meta One Advanced grimpe à 49,99 dollars par mois et promet des choses qui devraient faire grincer des dents : être mis en avant dans le fil Facebook, remonter dans les résultats de recherche Instagram, gagner un bouton « Suivre » plus visible sur les Reels et envoyer automatiquement des invitations à suivre aux personnes qui interagissent avec le contenu de l’abonné.

Autrement dit, payer 50 dollars par mois pour acheter de la portée organique. Le concept n’est pas nouveau, X (anciennement Twitter) l’a popularisé avec son abonnement Premium en 2023, mais l’appliquer à Instagram et Facebook touche un tout autre volume : ces deux plateformes pèsent près de trois milliards d’utilisateurs actifs mensuels, contre environ 250 millions pour X. Les tests démarreront cette semaine en Arabie saoudite, au Maroc, en Thaïlande et au Bangladesh, des marchés choisis pour leur appétit pour l’achat de visibilité chez les créateurs locaux.

Une stratégie née d’un plafond de croissance

Pourquoi maintenant ? La réponse tient en deux mots : saturation mondiale. Comme l’analyse TechCrunch, les apps Meta ont déjà conquis à peu près tout le monde qui pouvait l’être. Le groupe ne peut plus vraiment grandir en utilisateurs, donc il doit extraire plus de revenus de la base existante. Sur les vingt dernières années, ce travail était presque entièrement fait par la publicité ciblée. Mais ce modèle se heurte à plusieurs murs : la réglementation européenne, qui force Meta à proposer depuis 2023 une version payante sans publicité, l’App Tracking Transparency d’Apple, qui rogne le ciblage iOS depuis 2021, et la concurrence pour le temps d’écran avec TikTok et YouTube Shorts.

L’abonnement Plus arrive donc comme un troisième pilier, complémentaire de la pub et de Verified. Engadget résume crûment l’enjeu : « L’écart de classes sur les apps Meta ne fait que grandir. » Le journaliste Jessica Conditt rappelle que les premiers leaks du forfait Insta Plus dataient de fin mars, repérés via des captures d’écran d’utilisateurs testeurs aux États-Unis. Le déploiement officiel intervient deux mois plus tard, signe que les retours internes ont été jugés assez bons pour ne pas attendre.

Le grand public ne paiera rien, pour l’instant

Pour 99 % des utilisateurs français qui se contentent de scroller leur fil Instagram et de répondre à leurs messages WhatsApp, la réponse est : rien. Les formules Plus sont 100 % optionnelles, aucune fonction du plan gratuit n’est touchée, et les apps continuent de marcher exactement comme avant. C’est l’inverse de la version « sans publicité » lancée en Europe en 2023, qui découpait l’expérience en deux : payer pour ne pas être pisté, ou accepter les annonces ciblées. Le Plus est un bonus pour les power users, pas un péage.

La cible évidente, ce sont les créateurs de contenus, les community managers et les comptes pro qui jugent les statistiques Story et Reels insuffisantes dans la version gratuite. Pour eux, 3,99 dollars par mois équivaut à un café, et la promesse de voir qui revoit en boucle leurs Stories peut sembler raisonnable. Reste à savoir combien tomberont dans le panneau du forfait Advanced à 50 dollars qui revend, dans les faits, une portée que l’algorithme accordait avant gratuitement. L’audit par les autorités européennes ne devrait pas tarder, le Digital Services Act impose des règles précises sur la transparence des classements algorithmiques.

Pour le grand public, le vrai test arrivera quand Meta One AI débarquera dans l’Hexagone, probablement à l’automne. C’est là que se jouera la bataille avec OpenAI, Google et Anthropic pour récupérer les abonnés IA. À 20 dollars par mois, Meta One Premium se cale pile au tarif de ChatGPT Plus, sorti pour la première fois en février 2023. Trois ans plus tard, la guerre des chatbots a quitté le terrain de la performance pour celui des prix.