Une touriste italienne de 46 ans n’a pas réussi à sortir à temps. Le 19 juin, un incendie a dévoré en quelques heures le Viva Wyndham Dominicus Beach, un complexe hôtelier posé sur la côte sud-est de la République dominicaine. Près de 1 700 vacanciers ont fui dans la nuit, parmi lesquels 177 enfants et 21 nourrissons.

Un brasier nourri par les toits de palme

Ce qui frappe, c’est la vitesse. En station balnéaire tropicale, le décor a un prix : les toitures en feuilles de palmier séchées, ces paillotes qui font le charme des brochures, brûlent comme de la paille. Ce jour-là, un vent soutenu a fait le reste. Les flammes ont bondi d’un toit à l’autre avant même que les secours n’aient pu dresser un périmètre. Selon les premières constatations des autorités dominicaines, c’est cette combinaison, matériaux végétaux et rafales, qui explique l’embrasement éclair. Le feu a couru le long des bungalows de bord de mer, transformant en quelques minutes un village de vacances en couloir de fumée. Les images relayées par la presse locale montraient une épaisse colonne grise visible à des kilomètres. La palme séchée reste pourtant partout : elle ne coûte presque rien, se pose en une journée et ventile mieux qu’une tôle brûlante. Son défaut tient en un mot, l’inflammabilité, et les pompiers le répètent à chaque saison sèche.

Près de 1 700 vacanciers jetés dehors

L’évacuation s’est faite dans l’urgence, en pleine nuit. D’après les pompiers et les chiffres relayés par ABC News et PBS, environ 1 700 clients ont quitté le complexe, dont des familles entières tirées du lit par les alarmes. Neuf personnes ont été blessées, trois d’entre elles transportées vers des centres médicaux à l’écart du site. Les rescapés ont été relogés dans des hôtels de Bayahibe et de Punta Cana, à une heure de route plus au nord. Beaucoup ont passé le reste de la nuit sur la plage, valises à la main, à regarder brûler une partie de leurs vacances. Au matin, il ne restait du bâtiment principal que des structures noircies et des palmiers calcinés.

La fumée, premier tueur des incendies

La victime, identifiée par les médias italiens comme Francesca Valentino, n’a pas succombé aux flammes mais à la fumée. C’est la règle dans la quasi-totalité des incendies : ce ne sont pas les brûlures qui tuent en premier, mais l’asphyxie. Quelques inspirations dans un air saturé de monoxyde de carbone suffisent à faire perdre connaissance, souvent pendant le sommeil. Dans un bâtiment bas, sans étage refuge et avec une seule rangée de portes vers l’extérieur, chaque seconde compte. Les secours dominicains ont fini par maîtriser le sinistre avec l’appui de plusieurs casernes régionales. Pour la quadragénaire italienne, l’aide est arrivée trop tard. Les spécialistes martèlent toujours la même consigne : dans un hôtel, on repère les issues dès l’arrivée, on dort porte fermée et, en cas de feu, on rampe sous la fumée qui s’accumule en hauteur.

Des normes inégales d’un pays à l’autre

Reste la question qui fâche : ces installations étaient-elles assez protégées ? Dans beaucoup de destinations tropicales, les resorts de plain-pied misent sur le charme local plus que sur les systèmes anti-incendie lourds. Les toits de chaume coûtent peu, se réparent vite et laissent circuler l’air, mais aucun arrosage automatique ne les couvre la plupart du temps. Des détecteurs en extérieur ne pèsent pas lourd face à un vent qui pousse les flammes. Les experts en sécurité réclament depuis des années des traitements ignifuges et des coupe-feu entre les bungalows, encore loin d’être la règle partout.

Des précédents qui pèsent sur l’image

Le drame n’est pas isolé. Les incendies de complexes hôteliers reviennent régulièrement sous les tropiques, où le bois, le bambou et la palme dominent la construction. La République dominicaine en garde un souvenir cuisant : en 2019, une série de décès de touristes américains avait fait fuir une partie de la clientèle et déclenché une longue bataille de communication pour rassurer les voyageurs. Chaque fait divers de ce genre rouvre la même plaie. Le pays sait qu’une réputation de destination dangereuse coûte bien plus cher, à terme, que n’importe quel hôtel reconstruit.

Première destination des Caraïbes

Car la République dominicaine vit du soleil. Elle a accueilli 11,6 millions de visiteurs en 2025, un record qui en fait la première destination touristique des Caraïbes. Le secteur pèse environ 21 milliards de dollars, près de 16 % de la richesse nationale, selon les données officielles du tourisme dominicain. Janvier 2026 a encore battu un record mensuel, avec 1,22 million d’arrivées. Punta Cana et sa région concentrent l’essentiel de ces séjours, portés par des vols charters venus d’Europe et d’Amérique du Nord. Un incendie dans un resort réputé sûr touche donc un pilier de l’économie nationale. La clientèle française n’y est pas étrangère : Punta Cana figure parmi les rares longs-courriers proposés en vol direct depuis Paris l’hiver, et les voyagistes hexagonaux y vendent des séjours tout compris à prix serrés.

Une enquête ouverte, l’hôtel fermé

Le Viva Wyndham Dominicus Beach restera fermé jusqu’à nouvel ordre. Une enquête doit établir l’origine exacte du départ de feu et vérifier si les normes anti-incendie étaient respectées : détecteurs, extincteurs, issues de secours, distance entre les bâtiments. Les conclusions diront si le drame relève de la fatalité ou d’une négligence. Pour les milliers de Français et d’Européens qui réservent chaque hiver un séjour aux Caraïbes, la question dépasse Bayahibe. Elle vise tous ces resorts de carte postale où le toit de chaume fait rêver sur les dépliants, et s’enflamme en quelques minutes dans la réalité.