2 046 boules de feu enregistrées entre janvier et mars. C’est le chiffre que vient de publier l’American Meteor Society (AMS) dans son bilan du premier trimestre 2026, et il bat tous les records. Pendant 90 jours, la Terre a traversé un mur de débris spatiaux d’une densité jamais documentée, avec un bang sonique retentissant dans le ciel en moyenne tous les trois jours.

Le ciel craque tous les trois jours

Les chiffres de l’AMS donnent le vertige. Sur les trois premiers mois de 2026, 38 événements ont rassemblé plus de 50 témoins oculaires chacun. La moyenne habituelle par trimestre tourne autour de 18. Plus frappant encore : 14 de ces bolides ont dépassé les 100 signalements, contre 7 en temps normal. « Le taux et le nombre absolu sont élevés », résume Mike Hankey, chercheur à l’AMS, qui suit ces phénomènes depuis quinze ans.

Sur les 38 événements majeurs, 30 ont produit des ondes de choc audibles au sol. Traduction concrète : entre début janvier et fin mars, des Américains, des Canadiens ou des Européens ont entendu le ciel gronder à peu près une fois tous les 72 heures. Le phénomène ne se limite pas aux heures nocturnes. Plusieurs bolides se sont fragmentés en plein jour, sous les yeux de centaines de témoins.

Houston, un toit percé et 26 tonnes de TNT

Le 21 mars, un samedi matin, les habitants du nord de Houston ont cru à une explosion. Un bloc rocheux d’environ une tonne s’est désintégré à 50 kilomètres d’altitude, libérant une énergie équivalente à 26 tonnes de TNT. Le bang a fait trembler les fenêtres dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres. Un fragment a survécu à la chute et a percé le toit d’une maison résidentielle.

Quatre jours plus tôt, le 17 mars, un astéroïde d’1,8 mètre de diamètre pesant 7 tonnes fonçait à 72 000 km/h au-dessus de l’Ohio et de la Pennsylvanie. L’objet était si lumineux que le satellite météorologique GOES de la NOAA a capté l’éclair depuis l’orbite, via son capteur de foudre. Des météorites ont été retrouvées au sol près de Medina County, dans l’Ohio. La NASA a confirmé les données dans un bulletin publié le 26 mars par le Marshall Space Flight Center.

3 229 personnes ont vu le même bolide en Europe

Le 8 mars, le phénomène a touché l’Europe. Un bolide diurne a traversé le ciel de la France, de la Belgique, de l’Allemagne, du Luxembourg et des Pays-Bas. Il a brillé pendant environ six secondes avant de se fragmenter en plusieurs morceaux. Résultat : 3 229 signalements compilés par l’AMS, un chiffre colossal pour un seul événement. Le lendemain, un autre bolide a été observé le long de la côte est américaine par 282 personnes.

Le mois de mars 2026 concentre à lui seul cinq bolides ayant dépassé 200 témoins oculaires. C’est plus que tous les mois de mars des quinze dernières années combinés. La série ne s’est pas arrêtée là : le 3 mars, un météore accompagné d’un bang sonique a été signalé au-dessus de Vancouver et de l’État de Washington. Les 19 et 20 mars, la Californie, le Michigan et la Géorgie ont chacun enregistré des événements similaires.

Les astronomes face à un mur

Ce qui déroute les scientifiques, ce n’est pas la hausse en elle-même. La NASA rappelle que les mois de février à avril connaissent traditionnellement une augmentation de 10 à 30 % des observations de bolides, liée à la position de la Terre sur son orbite autour du Soleil. Le problème, c’est que le premier trimestre 2026 explose largement ce cadre saisonnier.

« Presque la moitié de tous les événements de mars 2026 comptant plus de 10 signalements ont été vus par 50 personnes ou plus », détaille Mike Hankey. L’AMS elle-même reste prudente dans ses conclusions : « Nous ne pouvons pas encore dire de manière définitive si cela reflète un changement réel dans l’environnement météoroïdal proche de la Terre, une amplification des signalements via l’IA et les réseaux sociaux, ou une combinaison des deux. »

Une piste intéresse les chercheurs : l’activité de la source antihelion sporadique a doublé en début d’année. Cette zone du ciel, située à l’opposé du Soleil, est connue pour produire des météores tout au long de l’année. Mais l’AMS a détecté près de dix événements majeurs provenant d’une seule zone de 1 000 degrés carrés dans cette région, accompagnés d’un pic inhabituel de trajectoires à haute déclinaison, ce qui suggère des orbites fortement inclinées.

Des cailloux venus de Vesta, pas d’une comète

Deux météorites récupérées au sol apportent un indice supplémentaire. Celle de l’Ohio est une eucrite, celle d’Allemagne une diogénite. Ce sont des achondrites, des roches rarissimes qui ne proviennent pas de comètes mais d’astéroïdes différenciés, c’est-à-dire assez gros pour avoir connu une activité géologique interne il y a des milliards d’années. Le principal suspect : Vesta, le deuxième plus gros objet de la ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter.

Cette origine écarte l’hypothèse classique d’un essaim cométaire. Les pluies de météores habituelles (Perséides, Géminides) se produisent quand la Terre traverse le sillage poussiéreux d’une comète connue. Ici, la distribution est trop large et les trajectoires trop variées pour coller à ce scénario. L’AMS parle d’un « gonflement bizarre du bruit de fond général du système solaire ».

Le Q1 2022 avait approché un niveau comparable avec 2 037 événements, mais sans la concentration de bolides massifs et audibles observée cette année. La séparation orbitale de 98,2 degrés entre les deux achondrites retrouvées confirme qu’elles n’ont pas la même trajectoire d’arrivée, ce qui complique encore l’identification d’une source unique.

Surveillance renforcée pour le deuxième trimestre

La NASA surveille en continu les astéroïdes de 140 mètres et plus dans le cadre de son programme de défense planétaire. Les objets de quelques mètres, comme celui de l’Ohio, passent généralement sous le radar jusqu’à leur entrée dans l’atmosphère. Mike Hankey prévient que « savoir si cela représente une variance statistique normale nécessitera une surveillance continue ».

L’AMS a prévu de publier son analyse du deuxième trimestre en juillet. Si les chiffres d’avril, mai et juin confirment la tendance, les astronomes devront revoir leurs modèles de l’environnement proche de la Terre. En attendant, les capteurs de la NOAA, les réseaux de caméras au sol et les milliers de témoins volontaires qui alimentent la base de données de l’AMS restent en alerte. Le prochain bang sonique pourrait retentir cette nuit.