260 000 personnes attendues sur une place historique de Séoul. Netflix branché en direct dans 190 pays. Des hôtels complets à des centaines de kilomètres à la ronde. Et tout ça pour un album de 14 titres baptisé du nom d’un chant populaire vieux de cinq siècles. Le groupe BTS, phénomène planétaire de la K-pop, fait son grand retour ce samedi 21 mars après une absence de près de quatre ans, et le monde entier regarde.

Un album qui puise dans les racines coréennes

L’album s’appelle « Arirang », du nom de la berceuse la plus connue de Corée du Sud, un air transmis de génération en génération depuis l’époque Joseon. C’est le cinquième album studio du groupe, le premier depuis 2022, et il marque une rupture nette avec la formule anglophone qui avait propulsé BTS au sommet des charts américains. Cette fois, le septuor a choisi de revenir à ce qui le définit : ses origines.

« Nous avons longuement réfléchi à notre identité, et à la manière la plus authentique de nous exprimer à travers notre musique et nos performances », a expliqué Jimin, l’un des sept membres, dans une déclaration relayée par l’agence AFP. « Dans le prolongement de cette démarche, nous avons aussi revisité ce que signifie être un groupe composé exclusivement de membres coréens. »

Le magazine américain Billboard a qualifié l’album de « lettre d’amour à leur pays d’origine ». Quatorze morceaux qui mêlent sonorités traditionnelles et production contemporaine, un pari risqué pour un groupe dont l’audience est à 80 % non coréenne. Mais c’est précisément ce choix qui rend ce comeback différent de tous les précédents.

Gwanghwamun, la place qui vaut un stade

Le concert aura lieu samedi sur la place Gwanghwamun, au pied du palais royal de Gyeongbokgung, au cœur de Séoul. Ce n’est pas un choix anodin. Gwanghwamun est à la Corée du Sud ce que la place de la Concorde est à Paris : un lieu chargé d’histoire, de manifestations populaires et de symboles nationaux. Y organiser un concert gratuit de cette ampleur, c’est inscrire la K-pop dans le patrimoine culturel du pays.

Environ 260 000 spectateurs sont attendus, selon les organisateurs. Les hôtels de la capitale sud-coréenne affichent complet depuis des semaines, alors que des milliers de fans affluent de tous les continents. Certains n’ont même pas de billet. Mara Cristia Yao et Rodessa Ericka Bonon, deux fans philippines interrogées par l’AFP, sont venues à Séoul malgré tout. « On va venir dans le quartier quand même. On cherche où se placer pour demain », a confié Yao.

Pour ceux qui ne pourront pas être sur place, Netflix diffusera le concert en direct dans environ 190 pays, selon Deutsche Welle. Une couverture mondiale qui transforme un événement local en spectacle planétaire, à la manière des grandes finales sportives.

Dix-huit mois sous les drapeaux

Ce retour n’aurait pas cette saveur sans la parenthèse qui l’a précédé. En Corée du Sud, tous les hommes valides doivent effectuer un service militaire d’environ 18 mois avant l’âge de 28 ans. Aucune exception, même pour les plus grandes stars du pays. Les sept membres de BTS, Jin, Suga, J-Hope, RM, Jimin, V et Jungkook, ont accompli leur service les uns après les autres entre 2022 et 2025.

La question de leur exemption avait pourtant agité le débat public sud-coréen pendant des mois. En 2020, l’Assemblée nationale avait même amendé la loi sur le service militaire pour permettre aux stars de la K-pop de reporter leur incorporation jusqu’à 30 ans. Mais l’exemption totale, réclamée par une partie de l’opinion au nom du rayonnement culturel du pays, n’a jamais été votée. Jin, le premier à partir, s’était enrôlé en décembre 2022. Le dernier membre a terminé son service fin 2025.

Cette absence forcée a paradoxalement renforcé l’attente. Pendant quatre ans, l’ARMY (le nom donné aux fans de BTS) a maintenu la flamme : écoutes en boucle des anciens titres, projets caritatifs collectifs, campagnes sur les réseaux sociaux. Le hashtag #BTSComeback a été le plus utilisé au monde la semaine dernière, selon les données compilées par Billboard.

La K-pop, soft power à milliards

Derrière l’émotion des fans, il y a une machine économique redoutable. La K-pop est devenue le premier produit culturel d’exportation de la Corée du Sud, loin devant le cinéma ou les jeux vidéo. Selon le ministère sud-coréen de la Culture, l’industrie musicale du pays a généré plus de 10 milliards de dollars de revenus à l’export en 2024. BTS, à eux seuls, représentaient environ 5 milliards de dollars de retombées économiques annuelles avant leur pause, d’après une estimation de l’Institut Hyundai de recherche économique.

Le phénomène porte un nom : la « vague coréenne », ou Hallyu. Dramas, cuisine, cosmétiques, musique : la Corée du Sud exporte sa culture comme d’autres exportent du pétrole. Et BTS en est le vaisseau amiral. Le groupe est le premier acte K-pop à avoir atteint la première place du Billboard Hot 100 américain, un exploit réalisé en 2020 avec le titre « Dynamite ». Depuis, ils ont accumulé six numéros un aux États-Unis, un record pour un groupe non anglophone.

Le retour du groupe a aussi des effets concrets sur le tourisme. L’Office national du tourisme coréen a signalé une hausse de 40 % des réservations de vols vers Séoul pour le mois de mars, portée en grande partie par les fans internationaux venus pour le concert de samedi.

Trois mois de tournée mondiale en vue

Le concert de Gwanghwamun n’est que le premier acte. BTS entamera dès avril une tournée mondiale qui devrait s’étendre sur près de trois mois, selon les informations relayées par Deutsche Welle. Les dates et les villes n’ont pas encore été officiellement annoncées, mais les rumeurs évoquent des passages en Amérique du Nord, en Europe et en Asie du Sud-Est.

Avec « Arirang », BTS ne se contente pas de revenir. Le groupe réécrit les règles du jeu. Là où l’industrie musicale mondiale pousse à l’uniformisation anglophone, le septuor coréen fait le pari inverse : célébrer ses racines pour mieux conquérir la planète. Si le concert de samedi tient ses promesses, il pourrait bien devenir le plus grand événement musical en plein air jamais organisé en Asie de l’Est.