Oslo, dimanche après-midi. Julia Simon franchit la ligne d’arrivée en sixième position sur la mass start. Un résultat modeste en apparence, mais suffisant pour verrouiller le petit globe de cristal de la spécialité. Avec ce dernier trophée, la France complète un carton plein sans précédent : cette saison, tous les globes de cristal du biathlon mondial, hommes et femmes confondus, sont entre des mains françaises.

Jeanmonnot et Perrot, le couple royal du biathlon

Lou Jeanmonnot avait ouvert le bal jeudi. En terminant sixième du sprint d’Oslo, la Jurassienne a mathématiquement scellé le gros globe de cristal, le trophée qui récompense la meilleure biathlète de la saison toutes épreuves confondues. Un sacre à la saveur particulière : l’an dernier, exactement au même stade de la compétition, une chute dans le dernier virage de la dernière course lui avait arraché ce titre des mains.

« La boucle est bouclée », a confié Jeanmonnot au micro de la Chaîne L’Équipe. « Je ne pense pas que c’était de la malchance l’an dernier. Ça faisait partie de l’évolution de ce qu’il y avait encore à apprendre. C’est ce qui me rend encore plus fière aujourd’hui, c’est ce qui rend le globe encore plus beau. »

Le lendemain, vendredi, c’est Éric Perrot qui a reproduit le scénario côté masculin. À seulement 24 ans, le Savoyard a décroché le premier gros globe de sa carrière grâce à sa troisième place sur le sprint d’Oslo. Son avance au classement général était telle que seul le Suédois Sebastian Samuelsson pouvait encore le priver du titre. Perrot n’a pas tremblé.

« C’est assez fou, j’ai pas vraiment les mots justes », a réagi le Français, rapporte Le Parisien. « Le classement général demande beaucoup d’exigence. C’est un rêve que je suis allé chercher. C’est indescriptible. »

Un Grand Chelem qui n’a tenu qu’à un souffle

Le palmarès français ne s’arrête pas aux deux gros globes. Jeanmonnot a aussi raflé les petits globes du sprint, de la poursuite et de l’individuel, soit quatre trophées sur cinq possibles. Julia Simon, elle, a arraché celui de la mass start ce dimanche, privant du même coup sa compatriote d’un exploit réalisé par seulement deux biathlètes dans toute l’histoire de la discipline : la Suédoise Magdalena Forsberg et la Norvégienne Tora Berger, seules athlètes à avoir conquis tous les petits globes en une seule saison.

Côté masculin, Perrot cumule le gros globe et les petits globes de l’individuel, de la mass start et de la poursuite, selon Franceinfo. L’équipe de France féminine a complété le tableau en remportant le globe du relais. Au total, la France détient l’intégralité des classements généraux et la quasi-totalité des classements par spécialité.

Pour mesurer la portée du phénomène, il faut remonter dans les archives de l’Union internationale de biathlon (IBU). Jamais un seul pays n’avait détenu simultanément les gros globes hommes et femmes tout en raflant autant de petits globes. La France ne domine pas le biathlon cette saison : elle l’écrase.

Une école forgée sur trois décennies

Le biathlon français n’est pas arrivé là par hasard. Le pays a construit, en une génération, une filière d’excellence qui produit des champions en série. Martin Fourcade, sept gros globes entre 2012 et 2018, a posé les fondations d’une école reconnue mondialement. Raphaël Poirée, avant lui, en avait remporté quatre entre 2000 et 2004. Patrice Bailly-Salins avait ouvert la voie en 1994. Quentin Fillon Maillet a pris le relais en 2022, et c’est désormais Perrot qui porte le flambeau.

Chez les femmes, la trajectoire est plus récente mais tout aussi fulgurante. Jeanmonnot devient la cinquième Française de l’histoire à remporter le gros globe de cristal, selon Franceinfo. Simon, qui avait déjà conquis le classement général en 2023, a prouvé sa régularité en terminant sixième du général cette saison alors qu’elle avait manqué plusieurs étapes. La profondeur de l’effectif tricolore saute aux yeux : trois athlètes capables de se disputer les globes entre compatriotes.

L’autre moteur de cette domination : les Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026, disputés en février. Perrot en est revenu avec deux médailles d’or en relais et un argent en individuel, d’après Le Parisien. Jeanmonnot et Simon ont elles aussi brillé sur la scène olympique. L’enchaînement JO puis fin de Coupe du monde n’a pas entamé le niveau de performance de l’équipe de France, un signe de maturité physique et mentale qui la distingue de ses concurrentes.

La fatigue du dernier jour

La mass start féminine de ce dimanche à Oslo a pourtant rappelé que ces athlètes sont humains. Simon comme Jeanmonnot ont raté trois cibles au tir, signe d’une fatigue accumulée au fil d’une saison marathon ponctuée par les Jeux. L’Italienne Lisa Vittozzi en a profité pour décrocher la victoire, sa troisième de l’hiver, devant la Suédoise Hanna Oeberg et la Tchèque Tereza Voborníková.

Le globe de la mass start n’a pas changé de mains pour autant. Simon, forte de ses victoires à Kontiolahti (Finlande) et Nove Mesto (Tchéquie) en début de saison, disposait d’une avance confortable au classement. « Je suis hyper satisfaite de ma saison », a-t-elle déclaré à la Chaîne L’Équipe. « Les Jeux étaient mon objectif, je m’étais préparée pour ça. Je fais des JO incroyables et c’est fou de finir sixième du général en ayant manqué autant d’étapes. »

La relève n’attend pas

Le biathlon français peut compter sur un noyau jeune. Perrot n’a que 24 ans. Pour comparaison, Martin Fourcade avait exactement le même âge lorsqu’il a soulevé son premier gros globe en 2012. Le Savoyard a encore de longues saisons devant lui pour tenter de s’approcher du record de sept sacres de son illustre prédécesseur.

Jeanmonnot et Simon, toutes deux dans la force de l’âge compétitif, incarnent un modèle nouveau. Là où Fourcade régnait seul sur sa discipline, l’équipe de France actuelle repose sur une rivalité interne qui tire le groupe vers le haut. Le fait que Simon ait privé Jeanmonnot du Grand Chelem ce dimanche illustre cette dynamique : la concurrence se joue d’abord entre Françaises.

La prochaine saison de Coupe du monde débutera en novembre 2026 à Kontiolahti, en Finlande. D’ici là, Jeanmonnot aura un objectif clair : réaliser le Grand Chelem complet, celui qui lui a échappé d’un souffle à Oslo. Seules Forsberg et Berger y sont parvenues dans toute l’histoire du biathlon féminin. La Française n’en était qu’à un globe près.