Dix-huit secondes. C’est le temps qu’il a fallu à Mezian Mesloub, 16 ans, pour ouvrir le score sur son tout premier ballon en Ligue 1, vendredi soir à Bollaert. Un contrôle, une frappe croisée du gauche, et deux clubs basculent en sens inverse: Lens valide sa place en Ligue des champions, Nantes redescend en Ligue 2 après treize saisons consécutives dans l’élite.
Un contrôle, une frappe, deux destins
La scène a quelque chose d’un scénario écrit à l’avance. Les Sang et Or peinent contre des Canaris arc-boutés sur leur dernière chance, Pierre Sage cherche depuis dix minutes l’étincelle. À la 79e, le coach lensois lance un gamin que personne ne connaît hors de la Gaillette, le centre de formation maison. Le numéro 38 trotte vers le rond central. Anthony Lopes, le portier nantais, ajuste ses gants. Un ballon vrille jusqu’au pied gauche du remplaçant, qui le contrôle sans regarder, vise le poteau opposé et trouve la lucarne. Onze à dix-huit secondes selon les chronos, un délai assez court pour que les commentateurs cherchent encore son prénom dans la feuille de match au moment où il fonce déjà célébrer dans la bâche publicitaire.
Né en novembre 2009, Mezian Soares Mesloub a joué son premier match chez les pros à un âge où la plupart de ses copains préparent leur brevet. Il devient l’un des plus jeunes Lensois jamais alignés en championnat et signe un debut record qu’il faudra longtemps pour égaler en France: un but au premier ballon, un match perdu pour personne sauf l’adversaire.
Le fils, le père, et un dîner familier
L’histoire prend une autre dimension quand on regarde la tribune. Walid Mesloub, ancien capitaine du RC Lens entre 2018 et 2020, ex-Lorient, ex-Le Havre, soixante sélections avec l’Algérie, suivait le match comme un parent ordinaire au moment où son fils est entré sur le terrain. Vingt secondes plus tard, il était sur le toit du monde. Les caméras se sont attardées sur lui, abasourdi, pendant que Bollaert hurlait son nom de famille.
Au bord de la pelouse, Jean-Louis Leca a livré une anecdote qui en dit long sur la trajectoire familiale. Interrogé par Ligue 1+, le directeur sportif lensois a confié: « Il y a beaucoup d’émotions. J’ai commencé à Lens avec son papa qui était capitaine. Il venait manger à la maison quand il avait 10 ans, il est venu une centaine de fois. C’est beaucoup d’émotions ce soir. » L’enfant qui grimpait jadis sur les genoux du gardien lensois vient d’écrire le but le plus important de la saison.
Lens privé de moitié de son équipe
Le contexte rend la performance encore plus surprenante. Pour cette ouverture de la 33e journée, Pierre Sage devait composer sans Florian Thauvin, Allan Saint-Maximin, Mamadou Sangaré, Adrien Thomasson et Saud Abdulhamid. Soit la moitié du onze type. La rencontre a longtemps ressemblé à un duel cadenassé. Wesley Saïd a cru ouvrir le score à la 9e minute mais s’est heurté à Anthony Lopes, Matthieu Udol a expédié une volée à côté à la 39e, Robin Risser a sorti une parade décisive sur les Nantais à la 57e. Selon Foot Mercato, Lens a même cru marquer deux fois avant l’heure de jeu, mais Saïd était hors-jeu et Abdallah Sima a dégoupillé une main juste avant son but.
Côté nantais, Matthis Abline a touché le poteau à la 77e en oubliant de servir Ignatius Ganago seul au second poteau, geste que les supporters jaune et vert reverront cent fois cet été. Deux minutes plus tard, le scénario basculait dans le camp d’en face.
Nantes redescend après treize saisons
Pour les Canaris, la chute est lourde. Huit fois champion de France, quatre fois vainqueur de la Coupe de France dont la dernière en 2022 face à Nice, le FC Nantes n’avait plus connu la Ligue 2 depuis la saison 2008-2009. Treize années consécutives dans l’élite, brisées par un seul ballon. Le club avait pourtant retrouvé un peu d’allant ces dernières semaines, avec une victoire référence contre Marseille. Vendredi soir, il a fallu deux minutes pour que le poteau d’Abline et la frappe du Mesloub fils résument une saison ratée. La franceinfo confirmait quelques minutes plus tard la descente officielle, sans match retour possible: à deux journées de la fin, l’écart est devenu mathématiquement infranchissable.
Selon le bilan saison par saison du FC Nantes consultable sur Wikipédia, le club n’avait connu que deux relégations depuis sa création: en 2007 après quarante-quatre saisons d’élite, puis en 2009 après une seule saison de revenance. Cette troisième descente intervient alors que l’effectif comptait encore plusieurs internationaux, signe que la spirale dépasse la simple addition des résultats.
Lens à trois points du PSG, mercredi décisif
De l’autre côté, l’addition est plus douce. Avec ce succès, le RC Lens grimpe à 67 points, conserve sa deuxième place et boucle sa qualification directe pour la Ligue des champions. Mais les Sang et Or peuvent encore viser plus haut. Le PSG ne compte que trois unités d’avance, et les deux clubs se retrouvent à Bollaert mercredi prochain pour un match couperet. Une victoire artésienne relancerait la course au titre dans les deux dernières journées. Eurosport rappelle que les ambitieux Andrija Bulatovic et Amadou Haidara ont assuré l’intérim au milieu malgré la tempête des absences, preuve que le groupe a de la profondeur.
Reste le cas Mezian. À 16 ans et six mois, l’ailier formé à la Gaillette pourrait devenir un cas d’école. Le centre lensois a déjà sorti Raphaël Varane, Geoffrey Kondogbia ou Anthony Martial. Avec ce premier ballon transformé en or, le fils de Walid Mesloub vient d’allumer le projecteur sur lui plus vite que n’importe quel pair de sa génération. Pierre Sage devra arbitrer entre l’envie d’utiliser ce capital et le réflexe protecteur que mérite un joueur encore mineur.
Pour le RC Lens, le rendez-vous suivant est calé: mercredi 13 mai contre le PSG, dernière chance avant la fin du championnat. Pour Nantes, place à un été qui s’annonce décisif, avec la perspective d’une reconstruction sportive et d’un mercato compliqué dans une L2 où les budgets ont explosé. Et pour Mezian Mesloub, un brevet à passer dans quelques semaines. Hors du terrain, cette fois.