Avant-dernier tour de la course sprint, samedi au Mans. Marc Marquez bataille pour la sixième place quand sa roue avant cède au virage du Raccordement. Le champion en titre passe par-dessus le guidon, retombe lourdement sur le pied droit puis cogne le casque sur l’asphalte. Verdict deux heures plus tard : fracture du cinquième métatarse, opération à Madrid dans la nuit.
Le pneu avant cède au Raccordement
L’Espagnol s’élançait pourtant en première ligne, aux côtés de son coéquipier Pecco Bagnaia. Mais le Catalan recule rapidement, dépassé par les deux Aprilia officielles, par Fabio Quartararo, par Pedro Acosta puis par Joan Mir. Septième et hors du tempo, il tente une dernière attaque sur la Honda qui le précède.
L’avant de la Ducati part sans prévenir. Selon Luca Marini, qui a revu les images du crash sur le tour de retour vers le stand, Marquez « a touché la ligne blanche à gauche, puis posé le pneu avant dans la jonction entre le vibreur et la peinture ». Une combinaison fatale : la moto se cabre, le pilote s’envole. « Ce genre de chute, tu ne peux pas la sauver », a confirmé le pilote Honda au site spécialisé The Race après l’arrivée.
Son frère Alex, témoin direct sur l’autre Ducati Gresini, raconte un scénario classique : « Il a perdu l’avant, puis quand l’adhérence est revenue d’un seul coup, il a été surpris. » Marc Marquez se relève seul, repart à pied vers son motorhome, mais a besoin de l’aide d’un mécanicien pour grimper les marches. Mauvais signe.
Direction Madrid pour le bistouri
Le centre médical du circuit Bugatti confirme rapidement la fracture du cinquième métatarse droit, l’os situé sous le petit orteil. Ducati publie un communiqué deux heures après la course : Marc Marquez prend l’avion pour Madrid dès dimanche matin et passera sur la table d’opération dans les prochains jours, vraisemblablement chez le docteur Mir, son chirurgien attitré.
Conséquence immédiate : forfait pour la course principale du Mans, ce dimanche 10 mai, mais aussi pour le Grand Prix de Catalogne organisé dans une semaine à Barcelone. Deux week-ends sans points pour le pilote officiel Ducati, qui aura déjà perdu 75 unités potentielles avant même son retour. Aucune date précise n’a été fixée. Le vissage habituel de l’os impose au minimum trois semaines d’immobilisation et davantage pour reprendre le pilotage à haut niveau.
À 51 points, le titre s’éloigne
Le timing tombe au pire moment. Avant la course sprint, le champion en titre pointait déjà à la cinquième place du championnat, à 51 points du leader italien Marco Bezzecchi. L’Aprilia officielle survole le début de saison 2026 et son équipier Jorge Martin a pris les commandes au Mans en remportant le sprint. L’écart entre les deux pilotes de Noale n’est plus que de six points.
La saison de Marc Marquez ressemblait déjà à un long calvaire. Le neuvième titre mondial, conquis sur le fil en 2025 malgré une saison écourtée, lui avait coûté cher. Le Catalan n’a pas remporté la moindre course principale depuis le début de l’année. Il était même sorti en Q1 vendredi, manquant la Q2 pour la première fois en 2026. Avant la chute, il reconnaissait la gravité du moment dans des propos rapportés par Sky Sport Italie : « Il faut que je me repose. »
Si l’on cumule les points perdus à venir, l’écart pourrait grimper à plus de 100 unités d’ici son retour. Une montagne à grimper, à mi-saison.
L’épaule de l’Indonésie hante toujours
Le pied n’est pas le seul os à inquiéter le clan Marquez. Depuis l’accident du Grand Prix d’Indonésie à l’automne 2025, le Catalan traîne une épaule droite jamais remise. La luxation aggravée subie à Mandalika l’avait écarté des trois dernières courses de la saison passée. Il avait quand même été sacré champion grâce à l’avance accumulée, mais la rééducation hivernale s’est avérée insuffisante.
Pire : selon plusieurs sources italiennes, dont la Gazzetta dello Sport, une seconde opération de l’épaule était déjà programmée pour la pause estivale. Pour l’instant, Ducati ne confirme rien. Le chirurgien madrilène pourrait profiter de l’arrêt forcé pour traiter les deux problèmes en parallèle. Le scénario noir : un retour à la fin de l’été, à Misano ou à Aragon, dans une saison déjà perdue.
Marc Marquez n’en est pas à sa première fissure. Le Catalan, longtemps blessé du bras droit après son terrible crash de Jerez en 2020, a déjà subi quatre opérations en cinq ans. À 33 ans, son corps montre les premières usures du long combat contre les machines de 280 chevaux.
Bagnaia hérite seul du flambeau Ducati
Le poleman Pecco Bagnaia récupère la mission impossible : porter seul les couleurs italiennes face aux Aprilia déchaînées. Le double champion 2022-2023 a terminé deuxième du sprint derrière Martin, à 1,2 seconde, et partira aux avant-postes ce dimanche au Mans. Mais l’Italien, lui aussi en difficulté ce printemps, n’a remporté qu’une seule course principale en six manches.
Côté français, Fabio Quartararo confirme le réveil de sa Yamaha en terminant cinquième du sprint. Le Niçois pourrait viser un podium à domicile dimanche. Johann Zarco, lui, a vu sa course gâchée par des vibrations sur sa Honda LCR. Une consolation modeste, qui ne fera pas oublier que le vrai scénario du jour se joue loin du Mans, sur une table d’opération madrilène.
Le prochain rendez-vous après Barcelone est programmé au Mugello, le 31 mai. Marc Marquez espère y revenir, mais le calendrier dépendra des suites opératoires et de la décision concernant l’épaule. La course au titre, elle, n’attendra pas le pilote le plus titré de la grille.