Quarante-huit heures. C’est le délai que Donald Trump avait donné à l’Iran, samedi, pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Passé ce délai, les centrales électriques iraniennes seraient bombardées. Lundi, l’échéance est arrivée. Les centrales sont toujours debout. Et personne ne sait très bien ce qui s’est passé entre-temps.
Un ultimatum qui s’évapore
Quelques minutes avant l’ouverture des marchés américains, lundi 23 mars, le président des États-Unis a publié un message sur son réseau social pour annoncer une « période de cinq jours » de répit. Motif invoqué : des « conversations productives » avec Téhéran, une première depuis le début du conflit le 28 février. Le nouveau délai expire vendredi 28 mars.
Le problème, c’est que personne ne confirme l’existence de ces discussions. Les responsables iraniens ont publiquement démenti toute négociation en cours, selon le New York Times. Plus embarrassant encore pour Washington : des officiels américains eux-mêmes ont reconnu que les contacts étaient « à un stade très précoce et pas substantiels », d’après la même source.
Comme le souligne Le Monde, Trump « a pris l’habitude de renoncer à ses propres ultimatums ». Il a cette fois pris acte de deux réalités. D’abord, la résilience du régime iranien, qui avait promis de riposter en frappant les infrastructures civiles de la rive arabe du Golfe. Ensuite, la capacité de Téhéran à transformer le détroit d’Ormuz en levier de guerre. Plus de 20 % de la production pétrolière mondiale transite par ce goulet de 34 kilomètres de large.
Trois capitales pour un rôle de médiateur
Dans le vide laissé par l’absence de dialogue direct, trois pays se sont précipités. La Turquie, l’Égypte et le Pakistan tentent chacun de s’imposer comme intermédiaire, sans qu’il soit clair lequel mène véritablement la danse.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a multiplié les appels téléphoniques ce week-end, selon Deutsche Welle : d’abord avec son homologue iranien Abbas Araghchi, puis avec des responsables américains, européens et égyptiens. Selon le site Middle East Eye, cité par DW, Ankara « tente de construire un front unifié dans les négociations pour contrebalancer l’influence israélienne ».
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a de son côté affirmé avoir transmis des « messages clairs » à l’Iran en faveur d’une désescalade. Le Pakistan, lui, a proposé Islamabad comme lieu de rencontre entre hauts responsables américains et iraniens, selon le Financial Times. Le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a confirmé un échange téléphonique avec le président iranien Massoud Pezeshkian.
Une source égyptienne citée par l’agence AP a même indiqué que Washington et Téhéran auraient échangé des messages indirects via ces trois pays au cours du week-end. Mais les déclarations officielles restent volontairement floues, et le ministère turc des Affaires étrangères a refusé de commenter.
La pause qui n’en est pas une
Mardi matin, les frappes se poursuivaient. De la fumée s’élevait en périphérie de Tel-Aviv, au moins six combattants peshmergas kurdes ont été tués dans le nord de l’Irak, et 15 miliciens des Forces de mobilisation populaire, un groupe chiite pro-iranien, sont morts dans une frappe américaine dans la province irakienne d’Anbar, rapporte DW.
Washington a d’ailleurs précisé que la pause annoncée ne concernait que les infrastructures énergétiques. Toutes les autres opérations militaires continuent. Le New York Times révèle que le Pentagone étudie des options plus agressives : la saisie de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation pétrolière iranien, et l’envoi de troupes au sol pour sécuriser de l’uranium hautement enrichi.
Devant les journalistes, lundi, Trump a résumé la situation à sa manière : « On verra comment ça se passe. Si ça marche, on règle le problème. Sinon, on continuera à bombarder de tout notre cœur. »
Du Japon à Londres, le monde encaisse le choc
À l’autre bout du monde, la fermeture du détroit d’Ormuz provoque déjà des mesures d’urgence. Le Japon, qui dépend lourdement de ce passage pour ses importations d’hydrocarbures, a annoncé la libération de ses réserves privées de pétrole depuis le 16 mars et prévoit de puiser dans les réserves nationales à partir du 26, a indiqué la première ministre Sanae Takaichi. Des navires transportant du brut saoudien contournent le détroit pour gagner l’archipel, selon DW.
La Corée du Sud, qui importe environ 70 % de son pétrole brut par le détroit d’Ormuz, a annoncé des restrictions sur l’utilisation des véhicules de fonction, demandé aux 50 plus gros consommateurs industriels de réduire leur consommation, et prévoit de redémarrer cinq réacteurs nucléaires d’ici mai.
En Europe, le Royaume-Uni se prépare aussi. La chancelière de l’Échiquier Rachel Reeves devait s’exprimer mardi devant les députés, rapporte la BBC, pour détailler un plan en trois volets : état des lieux de l’impact économique, mesures de sécurité énergétique avec l’accélération du nucléaire civil, et un nouveau cadre « anti-profits abusifs » pour empêcher les entreprises de profiter de la flambée des prix. Londres envisage aussi un soutien ciblé aux ménages si les factures d’énergie s’envolent après juin, date d’expiration du plafond actuel.
Les cours du pétrole ont atteint leur plus haut niveau depuis 2022. Le détroit d’Ormuz, que Téhéran a promis de rouvrir aux navires japonais sans que cela se concrétise, reste pour l’heure un verrou stratégique que personne ne parvient à forcer.
Vendredi, nouvelle échéance
Le conflit entre dans sa quatrième semaine sans qu’aucun canal de négociation fiable ne soit établi. Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne, aurait fait savoir aux Américains que toute discussion exigerait une levée des sanctions et des garanties contre de futures attaques, selon le New York Times. Des conditions que Washington n’a aucune intention d’accepter à ce stade.
Le 28 mars, le nouveau délai fixé par Trump expirera. Si le détroit reste fermé et que les « conversations productives » n’ont toujours pas de substance, la question des centrales électriques iraniennes reviendra sur la table. Une option que les Conventions de Genève interdisent dans la plupart des cas, mais que la Maison-Blanche n’a jamais explicitement écartée.