230,81 points. A 1,51 du record du monde. Et surtout, un exploit que personne n’avait réussi depuis 42 ans. Ce samedi soir à Prague, Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry ont remporté les championnats du monde de danse sur glace, bouclant un quadruplé titre national-européen-olympique-mondial qui place leur première saison commune dans une catégorie à part.

Le quadruplé que personne n’attendait

Les derniers à avoir enchaîné ces quatre couronnes la même année s’appellent Jayne Torvill et Christopher Dean, légendes britanniques sacrées en 1984 sur leur mythique Boléro de Ravel, rappelle Le Monde. Depuis, aucun couple de danse sur glace n’avait accumulé titres national, européen, olympique et mondial en une seule saison. Cizeron et Fournier Beaudry viennent de le faire, et ils ne patinent ensemble que depuis dix-huit mois.

Leur trajectoire défie les conventions de la discipline. Cizeron, 31 ans, avait pris sa retraite en 2022 après cinq titres mondiaux et un or olympique avec Gabriella Papadakis. Fournier Beaudry, née au Québec, a représenté le Canada puis le Danemark avant d’obtenir la nationalité française en novembre 2025. Selon l’ISU (Fédération internationale de patinage), le duo s’est formé début 2025. Onze mois plus tard, il gagnait les championnats d’Europe à Sheffield.

Prague, la confirmation d’une domination totale

Sur la glace de la O2 Arena de Prague, les Français ont d’abord posé les bases vendredi avec la danse rythmique. Sur Vogue de Madonna, ils ont obtenu 92,74 points, record personnel et deuxième meilleure note de l’histoire dans cet exercice. Seuls les Américains Madison Chock et Evan Bates avaient fait mieux (93,91), en 2023. Le score dépasse d’un centième l’ancien record que Cizeron détenait avec Papadakis aux Mondiaux 2022, d’après L’Equipe.

Six points d’avance sur les Canadiens Piper Gilles et Paul Poirier avant même la danse libre : la question n’était plus de savoir s’ils allaient gagner, mais avec quel écart. Samedi soir, sur la bande originale du film The Whale composée par Rob Simonsen, le duo a livré une prestation sans faute. Portées défiant la gravité, twizzles en parfaite synchronisation, selon Olympics.com. Note : 138,07 en libre, meilleur score de leur saison. Total cumulé : 230,81 points.

Les Canadiens Gilles et Poirier terminent avec l’argent (211,52), les Américains Emilea Zingas et Vadym Kolesnik avec le bronze (209,20). Près de vingt points séparent le premier du deuxième. La deuxième paire française, Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud, prend la sixième place avec 203,77 points, meilleur résultat de leur carrière aux Mondiaux.

Chock et Bates absents, mais le score parle

Le principal reproche que l’on pourrait formuler concerne l’absence de leurs rivaux les plus redoutables. Chock et Bates, vice-champions olympiques à Milan-Cortina et triples tenants du titre mondial, ont choisi de ne pas se rendre à Prague. Les raisons n’ont pas été détaillées publiquement.

Mais le score de 230,81 points remet cette critique en perspective. Aux Jeux de Milan, avec Chock et Bates en face, Cizeron et Fournier Beaudry avaient obtenu 228,89 points, soit deux points de moins qu’à Prague. En rythme, leur 92,74 tutoie le record absolu. « On a senti que c’était une meilleure performance que le reste de la saison. On avait envie de faire un beau spectacle pour le public et on a vraiment senti cette énergie », a déclaré Cizeron après le programme court, rapporte Le Monde.

Cizeron, six couronnes et une reinvention

Pour Cizeron, ce titre mondial est le sixième. Cinq avec Papadakis (2015, 2016, 2018, 2019, 2022), un avec Fournier Beaudry. Aucun danseur sur glace masculin n’en compte autant depuis le XXIe siècle. La séparation avec Papadakis, médiatisée par un livre où l’ancienne partenaire revenait sur les difficultés de leur duo, n’a pas freiné la dynamique. Elle l’a transformée.

A Prague, l’émotion était palpable. « On a vécu un moment tellement fort ici. Je me sens assez incapable de parler, là tout de suite. Je suis à bout de souffle », a confié Fournier Beaudry au micro de l’organisation, selon RMC Sport. « C’est incroyable. C’est tellement spécial de sentir vos yeux sur nous, votre énergie », a ajouté Cizeron.

Une saison parfaite, du premier au dernier jour

Le bilan de la saison 2025-2026 tient en quatre lignes. Championnats de France en décembre : or. Championnats d’Europe à Sheffield en janvier : or. Jeux olympiques de Milan-Cortina en février : or, avec 1,43 point d’avance sur Chock et Bates. Championnats du monde à Prague en mars : or. Selon Olympics.com, la dernière fois qu’un couple avait réalisé le triplé Europe-JO-Mondiaux, c’était Marina Klimova et Sergueï Ponomarenko en 1992, sous les couleurs de l’équipe unifiée post-soviétique. Le quadruplé avec le titre national en prime n’avait plus été vu depuis Torvill et Dean.

Pour Fournier Beaudry, le parcours est encore plus saisissant. Jamais montée sur un podium mondial avant cette saison, la patineuse de 33 ans a dû changer de fédération, apprendre à patiner avec un nouveau partenaire et maîtriser deux programmes en un temps record. « C’est mon premier titre mondial. Je n’ai pas encore réalisé », glissait-elle à RMC Sport.

La France, superpuissance de la danse sur glace

Avec deux couples dans le top 6 mondial (Cizeron/Fournier Beaudry 1ers et Lopareva/Brissaud 6e), la France confirme son statut de référence dans la discipline. Le pays a remporté huit des onze dernières médailles d’or européennes en danse sur glace, cinq des sept derniers titres mondiaux (tous via Cizeron), et deux des trois derniers titres olympiques.

Ce samedi soir, Prague a refermé une saison parfaite pour le couple français. Le gala d’exhibition est programmé dimanche à 14h30. Après, Cizeron et Fournier Beaudry ont annoncé qu’ils partiraient en vacances. La prochaine saison, la première où ils ne seront plus les outsiders mais les favoris déclarés, commencera à l’automne. Chock et Bates, s’ils reviennent, sauront ce qui les attend : un record du monde à 1,51 point et un duo qui n’a pas encore atteint son plafond.