Le pétrole a perdu 18% en une nuit. C’est la conséquence directe du cessez-le-feu provisoire signé entre Washington et Téhéran dans la nuit du 7 au 8 avril 2026, après quarante jours d’un conflit qui a asphyxié un cinquième de l’approvisionnement mondial en brut. Mais les automobilistes qui espèrent trouver la pompe allégée dès ce matin risquent de déchanter.
Le détroit qui valait 20 millions de barils par jour
Tout a basculé le 28 février. Les frappes américano-israéliennes de l’opération « Epic Fury » sur l’Iran ont déclenché une réaction en chaîne que le marché pétrolier n’avait pas connue depuis la guerre du Golfe. Le détroit d’Ormuz, bras de mer de 33 kilomètres, par lequel transitent normalement 20 millions de barils par jour, soit un cinquième du commerce maritime mondial, a été progressivement fermé aux navires des pays alliés des États-Unis.
Au plus fort de la crise, le trafic maritime au détroit était tombé de 132 navires quotidiens le 26 février à seulement six le 2 avril, selon les données compilées dans le bilan de la crise du détroit d’Ormuz 2026. Plus de 150 pétroliers ont dû jeter l’ancre à l’entrée du passage pour éviter les risques. Vingt-huit attaques contre des navires marchands ont été répertoriées en six semaines. L’Agence internationale de l’énergie a qualifié la situation de « perturbation la plus importante jamais enregistrée dans l’histoire du marché pétrolier mondial ».
Le prix du Brent a grimpé de 72 dollars le baril fin février jusqu’à un pic de 126 dollars mi-mars. En France, la transmission a été mécanique : le gazole a battu un record absolu depuis 1985, atteignant 2,188 euros le litre en moyenne le 31 mars. Depuis le 27 février, l’essence et le gazole avaient chacun pris 50 centimes le litre en cinq semaines. Dans sept stations-service sur dix, un plein de 40 litres coûtait plus de 20 euros de plus qu’avant la guerre, selon les données relayées par La Finance Pour Tous début avril.
La chute du baril, spectaculaire mais partielle
La trêve de deux semaines annoncée mardi soir a provoqué une réaction immédiate sur les marchés financiers. Le Brent a décroché de 13,8%, retombant à environ 95 dollars le baril. Le brut américain WTI a reculé de 16,3%. Le gaz naturel européen, qui avait doublé depuis le début du conflit pour dépasser les 60 euros le mégawattheure, a chuté de 19% à l’ouverture de mercredi, revenant à 43 euros selon Euronews. Les Bourses européennes ont suivi dans la même direction : le CAC 40 a pris 3%, le Stoxx 600 a enregistré sa plus forte hausse journalière depuis un an.
Quelques calculs suffisent pourtant à relativiser l’enthousiasme. À 95 dollars, le Brent reste 30% au-dessus de son niveau d’avant-guerre. La baisse de 18% est spectaculaire sur un graphique, beaucoup moins dans le réservoir.
Pompe française : amortie, mais pas épargnée
Le mécanisme de transmission entre les cours mondiaux et les prix à la pompe est plus complexe qu’il n’y paraît. Environ 60% du prix payé à la station-service sont constitués de taxes fixes, la TICPE et la TVA, qui ne bougent pas avec le cours du pétrole. Ce plancher fiscal, souvent critiqué en temps de hausse, joue aussi le rôle d’amortisseur partiel : quand le brut grimpe de 55%, le carburant ne monte pas de 55%.
Mais l’effet inverse est tout aussi vrai. Quand le baril redescend, la répercussion sur la pompe est « toujours partielle et décalée dans le temps », comme l’analyse La Finance Pour Tous. Les raffineurs, qui avaient anticipé la hausse en achetant du brut à prix encore modéré fin février, ont temporairement gonflé leurs marges. Les transporteurs et distributeurs paient encore les surcoûts des routes maritimes alternatives empruntées pendant le blocage. Ces frais supplémentaires ne s’effacent pas d’une signature.
Pourquoi la pompe ne suit pas le baril
La chaîne pétrolière impose ses propres délais. Le pétrole brut qui arrive en raffinerie aujourd’hui a été acheté il y a plusieurs semaines, au cours d’alors. Le carburant dans le réservoir ce soir vient d’un lot transformé il y a quelques jours. La baisse des cours du Brent de ce mercredi matin se répercutera sur les prix à la pompe dans deux à trois semaines, au mieux.
La question du détroit lui-même reste entière. Le cessez-le-feu prévoit bien sa réouverture, sous gestion iranienne, pendant la durée de la trêve. Mais comme le note la BBC, seulement quelques navires ont traversé le détroit depuis l’annonce de l’accord. Les armateurs, échaudés par 28 attaques en six semaines, ne vont pas renvoyer leurs tankers dans la zone dès le lendemain de la trêve. Les primes d’assurance restent élevées. Le déstockage des 150 pétroliers à l’ancre prendra du temps. Et l’infrastructure qatarie de gaz naturel liquéfié, endommagée pendant le conflit, ne sera pas réparée avant plusieurs mois.
En France, la marine nationale avait déployé l’opération Aspides dans la région pour contribuer à la sécurité maritime, permettant le passage de quelques convois. Ce dispositif n’a pas suffi à normaliser les flux.
Islamabad vendredi : la vraie inconnue
Le cessez-le-feu n’est pas la paix. C’est une trêve de deux semaines, arrachée une heure avant l’expiration de l’ultimatum de Donald Trump. Les deux délégations se retrouveront à Islamabad vendredi 10 avril pour des négociations directes, après que le Pakistan a joué un rôle de médiateur discret dans les négociations, selon Al Jazeera. Téhéran a présenté dix points de discussion que Trump a qualifiés de « base viable pour négocier ». Mais l’analyse du Grand Continent note que huit d’entre eux accorderaient à l’Iran une position plus solide qu’avant le début du conflit. Israël, dont les frappes contre le Liban se poursuivaient mercredi matin, n’est pas partie à l’accord USA-Iran.
Pour les prix du carburant, la variable déterminante reste la durée de la trêve et ce qu’elle devient. Si les négociations d’Islamabad aboutissent à un accord durable, le Brent pourrait revenir aux alentours de 80 dollars d’ici l’été, selon les premières estimations des analystes interrogés par Euronews. Un plein retrouverait alors à peu près son niveau de début février. Si les négociations échouent et que le détroit referme, la situation pourrait replonger vers les sommets de mars. La Banque centrale européenne, qui avait mis en garde contre un risque de stagflation dès mi-mars, attend la même réponse que les automobilistes français.