312 heures. C’est le temps qu’a passé Francisco Zapata Nájera, 42 ans, piégé dans une galerie de la mine Santa Fe, à El Rosario au Sinaloa, entouré d’eau de toutes parts. Mercredi 8 avril au matin, des plongeurs l’ont ramené à la surface. Sa lampe frontale, qu’il avait fait clignoter dans l’obscurité pour signaler sa présence, avait guidé les secouristes jusqu’à lui.
Un barrage cède, quatre mineurs pris au piège
Le matin du 25 mars, 25 travailleurs descendaient dans la mine Santa Fe d’El Rosario pour une journée ordinaire. La mine, opérée par Industrial Minería Sinaloa, extrait de l’or dans cette région de l’État mexicain de Sinaloa. Une défaillance structurelle a provoqué la rupture d’un barrage interne. Les eaux ont envahi les galeries en quelques minutes.
Vingt et un mineurs ont réussi à remonter. Quatre ont été coupés de toute sortie par la montée des eaux. Les autorités ont immédiatement déployé un commandement unifié regroupant la Défense nationale (SEDENA), la Marine (SEMAR), la Garde nationale mexicaine et les services de protection civile de l’État. Des pompes ont été installées pour tenter de faire baisser le niveau de l’eau dans les galeries souterraines.
Le premier rescapé à 100 heures, le second à 312
Cinq jours après l’accident, le 30 mars, José Cáustulo a été retrouvé vivant, à plus de 300 mètres de profondeur. Il avait survécu grâce à une poche d’air, une ventilation naturelle dans la galerie, et une température maintenue entre 20 et 30°C. Sorti déshydraté, il a pu quitter l’hôpital quelques jours plus tard.
Francisco Zapata Nájera, lui, a tenu 212 heures de plus. Seul, dans le noir, sans nourriture connue, avec pour seule compagnie le bruit sourd de l’eau et l’attente. Les plongeurs l’ont localisé le mardi 7 avril à 13h50. Mais les sections de galerie qui séparaient les secouristes de lui étaient encore trop inondées pour procéder à l’extraction. Il a fallu 21 heures supplémentaires de pompage et de manœuvres pour atteindre sa position. Il est remonté à la surface le mercredi 8 avril à 10h36.
Le clignotement d’une lampe dans 312 heures de noir
C’est lui qui a guidé sa propre sauvetage. Quand les plongeurs se sont approchés de sa position, Francisco Zapata a fait clignoter sa lampe frontale, signalant qu’il était vivant et conscient. Ce geste a permis aux équipes de localiser sa position précise dans le dédale de galeries inondées. Un signal aussi élémentaire qu’un clin de lumière dans les ténèbres sous-marines, et c’est ce qui a suffi.
Pris en charge par les médecins sur place, son état a été stabilisé avant son transport par hélicoptère de l’armée mexicaine vers l’Hôpital général de Mazatlán. La présidente Claudia Sheinbaum a confirmé son sauvetage lors d’une allocution publique. Son état est décrit comme délicat mais stable, après deux semaines dans des conditions extrêmes à des centaines de mètres de profondeur.
Trois morts et un homme toujours porté disparu
Le bilan de l’accident reste lourd. Selon les confirmations officielles de la présidente Sheinbaum, trois mineurs sont morts dans la catastrophe. Un quatrième reste porté disparu. Les opérations de pompage se poursuivent pour tenter de retrouver sa trace. Des protocoles d’identification médico-légale ont été ouverts pour les victimes identifiées.
La société Industrial Minería Sinaloa est aussi visée pour avoir tardé à notifier les autorités après l’accident. Ce délai, qui aurait pu compliquer les premières heures de sauvetage, a provoqué des questions formelles sur les obligations de signalement des incidents dans les mines à taille intermédiaire du pays. La procureure de l’État de Sinaloa a ouvert une enquête pour déterminer les responsabilités.
270 accidents en dix ans : les failles structurelles du secteur minier mexicain
Le Mexique est l’un des grands producteurs miniers de la planète : or, argent, cuivre, zinc. Mais cette industrie repose sur un tissu inégal, entre les compagnies étrangères cotées en bourse et les opérateurs nationaux de taille plus réduite, souvent moins équipés en systèmes d’alerte et de sécurité. Selon les données de la Secretaría del Trabajo y Previsión Social (STPS) compilées par Mexico Business News, le pays a enregistré plus de 270 accidents miniers au cours de la dernière décennie, causant 270 morts et 108 blessés graves. La majorité de ces incidents ont eu lieu entre 2012 et 2017, mais les années récentes n’ont pas effacé le risque.
En août 2022, la mine de charbon El Pinabete, dans l’État de Coahuila, a sombré lors d’une inondation qui a tué 10 travailleurs. Les corps de plusieurs d’entre eux n’ont jamais été remontés à la surface. L’accident avait mis en lumière l’absence de systèmes de détection des montées des eaux souterraines dans les exploitations de taille intermédiaire. Avant cela, la catastrophe de Pasta de Conchos en février 2006, toujours à Coahuila, reste la plus meurtrière de l’histoire minière mexicaine récente : une explosion avait tué 65 travailleurs. Là aussi, des corps n’ont jamais été retrouvés.
La chance, la technique et le temps
Survivre 312 heures dans une galerie inondée tient à plusieurs facteurs que les spécialistes du sauvetage minier documentent après chaque accident : la présence d’une poche d’air, des températures qui n’atteignent pas les extrêmes, une hydratation minimale possible depuis les parois humides ou des flaques d’eau de roche, et la capacité à rester calme pour ne pas consommer l’oxygène trop vite. José Cáustulo avait survécu dans des conditions similaires à 100 heures. Francisco Zapata a doublé ce temps, dans un secteur de la mine apparemment moins bien ventilé.
Selon les rapports préliminaires des équipes médicales citées par Excélsior, Zapata présentait des signes de déshydratation importante mais aucune blessure grave. Le fait d’avoir conservé sa lampe frontale chargée, et de s’en être servi comme d’un signal, est décrit par les responsables des secours comme un réflexe qui lui a sauvé la vie au moment décisif.
La suite des opérations
Les équipes du commandement unifié maintiennent le pompage des eaux dans les galeries de la mine Santa Fe. Le mineur toujours porté disparu pourrait se trouver dans une section encore inaccessible. La STPS a annoncé un audit complet des conditions de sécurité de l’exploitation, avec un focus particulier sur les systèmes de surveillance des niveaux d’eau souterraine et sur les procédures d’alerte interne. Les résultats sont attendus dans les prochaines semaines. La famille de Francisco Zapata Nájera, selon TVAzteca, l’attendait à l’hôpital de Mazatlán.