Tous les votants ont coché son nom. Cent bulletins, cent fois Victor Wembanyama. Lundi soir, la NBA a sacré le pivot français Defensive Player of the Year 2025-26 par un vote unanime, une première en quarante-trois ans de trophée. À 22 ans, il devient au passage le plus jeune lauréat de l’histoire de la distinction.

Quarante-trois ans et jamais ce score

Le trophée Hakeem Olajuwon existe depuis la saison 1982-83. En quatre décennies, aucun défenseur n’avait réussi à faire le plein. Même Dennis Rodman, Dikembe Mutombo ou Ben Wallace, pourtant quadruples lauréats, avaient laissé filer quelques votes. Wallace détenait d’ailleurs le record précédent : 116 voix de première place sur 120 en 2001-02. Wembanyama, lui, boucle l’équation. Cent votants, cent voix. Le communiqué officiel diffusé par la ligue parle d’un résultat qui n’a laissé aucune place au débat.

Ce vote arrive au bout d’un long parcours vers la consécration. Finaliste dès sa saison rookie en 2023-24, le Français avait terminé deuxième derrière Rudy Gobert. L’année suivante, il survolait les débats avant qu’une thrombose veineuse profonde l’écarte des terrains au mois de février. Retour cette saison, compteur remis à zéro, et un tir groupé de 65 matchs disputés, juste au-dessus du seuil minimum d’éligibilité fixé par la ligue.

22 ans, un record précédent partagé à quatre

La statistique la plus spectaculaire se cache dans l’état civil du joueur. Wembanyama ne fêtera ses 23 ans qu’en janvier 2027. Jusqu’ici, quatre défenseurs avaient atteint le trophée à 23 ans : Alvin Robertson en 1986, Dwight Howard en 2009, Kawhi Leonard en 2015 et Jaren Jackson Jr. en 2023. Le Français passe sous la barre et devient la référence.

Autre détail historique que souligne le compte officiel de la NBA : San Antonio est désormais la première franchise à compter quatre Defensive Players of the Year différents dans son histoire. Robertson avait ouvert la voie, David Robinson avait suivi en 1992, Kawhi Leonard avait raflé les éditions 2015 et 2016, Wembanyama referme la série. Aucune autre équipe n’atteint ce total.

3,1 contres par match et 1,2 d’avance sur le deuxième

Les chiffres expliquent l’évidence. Le pivot de San Antonio a bouclé la saison régulière à 3,1 contres de moyenne, avec 1,2 d’écart sur le deuxième de la ligue. Soit une marge plus large que certains leaders annuels ne comptabilisent sur une saison entière. Selon les données d’ESPN, il a cumulé 197 contres au total, ce qui fait de lui le joueur le plus prolifique dans cet exercice pour la troisième saison consécutive.

Ajoutez 25 points, 11,5 rebonds, 3,1 passes décisives et 1 interception par match, et vous obtenez un profil que la ligue n’avait pas vu depuis Olajuwon lui-même. Les Spurs ont bouclé la saison régulière avec un bilan de 62 victoires pour 20 défaites, deuxième sceau de l’Ouest, troisième meilleur defensive rating de toute la ligue. Un retour en playoffs qui tombe à pic, sept ans après leur dernière qualification.

Le passage de relais sur Rudy Gobert

La scène a des allures de symbole. Juste après la quatrième couronne de Rudy Gobert en 2024, Wembanyama avait prévenu dans les couloirs du Staples Center, en français : « Qu’il la prenne maintenant, parce qu’après, ce ne sera plus son tour. » Deux ans plus tard, la prophétie tombe.

Gobert garde pour lui la particularité d’être le seul européen avec autant de trophées, quatre au compteur. Mais la succession française est assurée, et le pivot des Timberwolves ne figure même pas sur le podium de cette édition. Derrière Wembanyama, les votants ont placé le sophomore d’Oklahoma City Chet Holmgren en deuxième position, et Ausar Thompson, gardien de Detroit, en troisième.

Pour la petite histoire, son coéquipier Keldon Johnson, cité par la NBA, n’a pas tourné autour du pot : « Meilleur joueur au monde. » Wembanyama, lui, a sobrement déclaré à la télévision américaine, selon Yahoo Sports : « Je suis super fier d’être le premier unanime. Le contre, ça fait une éternité que je travaille dessus. »

Trois bleus sur le même podium défensif

Au-delà du cas Wembanyama, la saison 2025-26 confirme que l’influence française sur le basket américain atteint un seuil jamais vu depuis les années Parker. Rudy Gobert a empoché quatre DPOY en six ans, Evan Fournier vient de boucler une saison à 16 points de moyenne à Détroit, et Alexandre Sarr, rookie de Washington, figure parmi les nominés du All-Rookie Team. Pour la première fois, la Fédération française de basket affiche huit joueurs sous contrat NBA à temps plein, selon les chiffres publiés par la FFBB en mars dernier.

Le timing n’a rien d’anecdotique. Les Jeux de Los Angeles 2028 se rapprochent, et la fédération mise sur Wembanyama pour porter l’équipe de France après l’argent olympique de Paris 2024. Le pivot avait manqué ce rendez-vous, écarté par un staff médical prudent. Un retour sous le maillot bleu reste l’un des objectifs implicites de sa saison 2026-27, à condition que les Spurs acceptent de le libérer pour la campagne d’été.

Un MVP encore en embuscade

La saison des trophées n’est pas finie. Le Français figure aussi parmi les trois finalistes du Most Valuable Player, aux côtés du Canadien Shai Gilgeous-Alexander, sortant, et du Serbe Nikola Jokic, triple vainqueur. Le vote tombera la semaine prochaine au plus tôt.

Si Wembanyama devait rafler la mise, il compléterait un triplé historique : Rookie of the Year en 2024, Defensive Player of the Year en 2026, MVP dans la foulée. Seuls David Robinson et Michael Jordan ont déjà gagné ROY et DPOY au cours de leur carrière. Remporter les trois sur trois saisons n’a jamais été fait.

Selon les calculs de la NBA, ce serait aussi la première fois qu’un joueur remporte deux trophées individuels par vote unanime. Du moins sur les cinquante dernières années, les archives plus anciennes étant incomplètes. La ligue continue d’égrener les annonces cette semaine, avec le Clutch Player of the Year mardi et le vote du MVP dans les jours qui viennent. Pour l’instant, une certitude : le nouveau patron défensif de la NBA parle français, mesure 2,24 m et n’a même pas l’âge de louer une voiture dans certains États américains.