En 2002, la France abordait le Mondial avec le statut de championne du monde en titre. Elle est repartie trois matchs plus tard sans avoir marqué le moindre but, du jamais-vu pour un tenant du trophée. Le responsable de cette sortie de route, le Sénégal, barre de nouveau la route des Bleus ce soir, à New York, pour leur entrée dans la Coupe du monde 2026.
Le séisme de Séoul, en 2002
31 mai 2002, match d’ouverture à Séoul. Le Sénégal dispute la première Coupe du monde de son histoire. En face, des Bleus auréolés du titre mondial de 1998 et du sacre européen de 2000, annoncés grandissimes favoris. À la 30e minute, El-Hadji Diouf déborde côté gauche, le ballon traîne dans la surface, et Papa Bouba Diop le pousse au fond des filets de Fabien Barthez. Score final, 1-0 pour les Lions de la Teranga.
Ce soir-là, une sélection africaine bat pour la première fois le champion du monde en titre dans un match officiel de Coupe du monde. La France, privée d’un Zinedine Zidane blessé à la cuisse juste avant le tournoi, ne s’en remettra pas. La suite vire au calvaire, un 0-0 stérile contre l’Uruguay avec une expulsion de Thierry Henry, puis une défaite 0-2 face au Danemark. Éliminée dès le premier tour, zéro but inscrit, le pire bilan jamais signé par un champion sortant. Papa Bouba Diop, devenu héros national, est mort en 2020, mais son nom revient dans toutes les bouches sénégalaises à l’approche de ce match.
Deschamps balaie l’idée d’une revanche
Vingt-quatre ans plus tard, le décor a changé. Interrogé sur ce parfum de revanche avant le coup d’envoi, Didier Deschamps a coupé court. « Il n’y a pas de revanche dans le football », a tranché le sélectionneur, rapporté par ESPN. Une manière de désamorcer un récit que tout le monde lui tend, supporters en tête.
Le calendrier donne pourtant à ce rendez-vous une saveur à part. Ce Mondial sera le dernier de Deschamps sur le banc tricolore. Après quatorze ans et une étoile cousue en 2018, il quittera son poste à la fin du tournoi. Il s’avance avec une liste de 26 joueurs dévoilée mi-mai, emmenée par le capitaine Kylian Mbappé, meilleur buteur du Mondial 2022, et par Ousmane Dembélé, Ballon d’Or 2025. Finaliste battue par l’Argentine aux tirs au but en 2022, la France traîne encore ce goût d’inachevé. De quoi viser bien plus haut qu’une simple sortie de poule.
Un Sénégal qui n’a plus rien d’un outsider
En face, les Lions ne sont plus les débutants de 2002. Le Sénégal dispute sa troisième Coupe du monde consécutive et pointe au 15e rang du classement FIFA publié le 11 juin, deuxième nation du continent africain. Sacrée championne d’Afrique en 2022, l’équipe de Pape Thiaw s’appuie sur une colonne vertébrale aguerrie, le gardien Édouard Mendy, le capitaine Kalidou Koulibaly en défense, Ismaïla Sarr et Nicolas Jackson devant.
Et puis il y a Sadio Mané. Absent au Qatar en 2022 sur blessure, l’attaquant d’Al-Nassr dispute à 34 ans ce qui ressemble à sa dernière Coupe du monde. C’est lui qui a porté les siens vers la qualification, avec un doublé décisif contre la Mauritanie (4-0) lors de l’ultime match éliminatoire. Un joueur de ce calibre, un soir d’entrée en lice, suffit à transformer un favori trop confiant en proie.
Le groupe I, plus relevé qu’il n’y paraît
La France part favorite de sa poule, mais le tirage ne lui a fait aucun cadeau. Outre le Sénégal, le groupe I rassemble la Norvège et l’Irak. La Norvège, c’est avant tout Erling Haaland, 16 buts en huit matchs de qualification, une machine à marquer que les Bleus croiseront le 26 juin. L’Irak, sorti vainqueur de son barrage intercontinental, complète un quatuor où la deuxième place se disputera sans doute entre Sénégalais et Norvégiens.
Pour les Bleus, l’enjeu de ce premier match dépasse les trois points. Réussir son entrée, c’est s’épargner la course-poursuite qui avait englouti la génération 2002. Une victoire installerait la France en position de force avant d’affronter l’Irak le 22 juin, puis la Norvège quatre jours plus tard.
Un format à 48 qui change la donne
Une différence de taille sépare malgré tout 2026 de 2002. La Coupe du monde s’est élargie à 48 équipes, réparties en douze groupes de quatre, pour un total de 104 matchs. Les deux premiers de chaque poule filent en seizièmes de finale, accompagnés des huit meilleurs troisièmes. Autrement dit, un faux pas ce soir ne condamnerait pas la France comme à l’époque, quand seuls seize pays disputaient le tournoi et que trois matchs couperets suffisaient à tout faire basculer.
Le piège est ailleurs. Une entrée ratée pèse sur la confiance, déplace la pression sur les deux rencontres suivantes et expose à de mauvais calculs de différence de buts. Les Bleus de 2002 avaient appris à leurs dépens qu’une équipe de favoris se fissure vite quand le premier match tourne mal.
Rendez-vous à 21 heures à New York
Le coup d’envoi sera donné ce mardi 16 juin à 21 heures, heure de Paris, au MetLife Stadium, dans la banlieue de New York, l’une des enceintes phares de ce Mondial organisé pour la première fois par trois pays, les États-Unis, le Canada et le Mexique. Le match est diffusé en clair sur M6 et sur beIN Sports 1, selon CNews. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye est attendu en tribunes, preuve du poids de ce duel de l’autre côté de la Méditerranée. En cas de faux pas, la France retrouvera l’Irak dès le 22 juin pour se relancer.