Cinq étages, 2 500 mètres carrés, 21 pièces, huit places de parking et une piscine privée. Le tout posé sur la Méditerranée, à Monaco. L’addition : 471 millions d’euros. Aucun logement n’avait jamais coûté aussi cher sur la planète, et le chèque porte la signature de Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine.

Un appartement posé sur la mer

L’acquisition a été révélée par Bloomberg le 21 avril, qui cite les registres fonciers monégasques consultés par ses équipes. L’accord remonte à 2024, mais les termes sont restés confidentiels jusqu’à cette publication. Le bien trône dans Le Renzo, un immeuble dessiné par l’architecte italien Renzo Piano pour le compte du Mareterra, le nouveau quartier construit sur six hectares gagnés sur la mer au pied du Larvotto.

Le prix pulvérise tout ce qui avait été enregistré jusqu’ici. La précédente marque planétaire tenait depuis 2019, lorsqu’un hedge fund manager américain avait posé 238 millions de dollars pour un triplex à Central Park South. Un penthouse de la Tour Odéon, quelques rues plus haut à Monaco, flirtait avec les 300 millions d’euros. Les villas londoniennes les plus chères du quartier de Chelsea gravitent autour de 280 millions. Aucune n’approche les 471 millions.

Rapporté au mètre carré, l’appartement d’Akhmetov dépasse largement les 180 000 euros. À titre de comparaison, l’observatoire de l’IMSEE a publié en février 2026 le prix moyen du neuf à Monaco pour 2025 : 71 241 euros le mètre carré. À Mareterra, la fourchette grimpe entre 90 000 et 120 000 euros selon les étages. Le nouveau record se loge largement au-dessus, dans une catégorie que personne d’autre n’occupait encore.

Piscine, jacuzzi et 8 places de parking

Derrière les chiffres, une liste d’équipements qui confine au manoir vertical. Les 21 pièces se déploient sur cinq niveaux, reliés par un ascenseur privé. Piscine chauffée intérieure, jacuzzi, salle de sport, vestiaires marbrés, espaces de réception ouverts sur la mer. Le tout est doublé de balcons et de terrasses exclus du décompte des 2 500 mètres carrés : rien que les extensions extérieures représenteraient plusieurs centaines de mètres carrés supplémentaires.

Les huit places de parking privatives font partie du package. C’est trois fois plus que le quota moyen alloué à un appartement monégasque, où chaque emplacement se revend entre 800 000 et 1,2 million d’euros en seconde main. L’immeuble Le Renzo abrite 50 logements au total, sur 35 000 mètres carrés, et a été livré fin 2024 avec une signature architecturale reconnaissable : des volumes qui semblent flotter à la surface de l’eau, ponctués de jardins suspendus.

Un empire blessé par la guerre

Rinat Akhmetov, 59 ans, bâti sa fortune sur le charbon du Donbass dans les années 1990, puis sur l’acier, l’énergie et les médias. Sa holding System Capital Management pèse autour de 7 milliards de dollars selon l’indice Bloomberg Billionaires, avec trois piliers : Metinvest dans la métallurgie, DTEK dans l’énergie privée, et le Shakhtar Donetsk en football, déplacé depuis Donetsk après l’annexion de 2014.

La guerre lancée par la Russie en février 2022 a lourdement amputé ce patrimoine. L’aciérie Azovstal, à Mariupol, a été pilonnée pendant le siège de la ville et transformée en champ de ruines. Les usines Ilyich, deuxième complexe métallurgique du pays, ont subi le même sort. Côté énergie, les centrales de DTEK figurent parmi les cibles prioritaires des frappes russes depuis trois ans. Le milliardaire estimait ses pertes cumulées à plus de 17 milliards de dollars dans une interview accordée au Kyiv Independent fin 2024.

Ancien député du Parti des Régions, une formation autrefois étiquetée pro-russe, Akhmetov a publiquement basculé en soutien à Kiev après le début de l’invasion. Il a signé plusieurs contrats de fourniture d’équipements aux forces ukrainiennes, financé l’achat de drones, et consacré une part de ses moyens à l’aide aux habitants de Marioupol déplacés. L’image du mécène de guerre coexiste depuis avec celle du plus gros acheteur immobilier de l’histoire.

Mareterra, le bout de mer des milliardaires

Le quartier qui abrite la transaction a été inauguré en décembre 2024. Mareterra étire la Principauté vers le large grâce à un prolongement bétonné qui a coûté près de deux milliards d’euros au promoteur Bouygues. Les hectares gagnés sur la Méditerranée ont été bâtis entre 2015 et 2024, avec un pari assumé : vendre le plus cher possible, à la clientèle la plus restreinte possible.

Ce pari semble tenu. La quasi-totalité des 110 logements prévus avait trouvé preneur avant même la livraison, d’après les chiffres communiqués par l’IMSEE. La liste des voisins d’Akhmetov reste jalousement cachée derrière des sociétés civiles et des trusts, mais la presse locale évoque des acheteurs venus du Golfe, d’Asie, et une minorité de Français fortunés. Le record mondial placé dans Le Renzo rebat de facto le marché des biens ultra-prime à l’échelle planétaire.

Pas une première à Saint-Jean

Pour Akhmetov, ce n’est pas le premier coup d’éclat sur la Côte d’Azur. En 2019, l’Ukrainien avait déjà signé l’achat de la Villa Les Cèdres, propriété historique de 18 hectares à Saint-Jean-Cap-Ferrat, pour 200 millions d’euros. La bâtisse avait appartenu au roi Léopold II de Belgique avant de passer de mains en mains sur un siècle. Au moment de la vente, ce montant figurait déjà parmi les cinq transactions résidentielles les plus importantes jamais conclues en Europe.

Six ans plus tard, l’addition combinée des deux adresses dépasse les 670 millions d’euros pour la seule Riviera française et monégasque. Entre Mareterra, Saint-Jean et une résidence officielle à Kiev, Akhmetov dispose d’options que son pays d’origine, lui, ne peut pas s’offrir. Le budget militaire ukrainien pour 2026 a été fixé à 53 milliards d’euros par la Rada, dont une grande part est financée par les prêts européens et américains.

Ce que la transaction dit du marché

Le montant signé à Monaco confirme une tendance que les analystes de Knight Frank décrivaient déjà en 2025 : malgré les taux élevés et l’inflation, le très haut de gamme résiste, et même accélère. Le segment au-dessus de 100 millions d’euros, identifié comme ultra-prime par le cabinet britannique, a vu son volume doubler entre 2019 et 2025 sur les grandes places mondiales. Monaco, Londres, Hong Kong et Manhattan concentrent à eux seuls l’essentiel des opérations.

Reste une question que personne ne tranche publiquement : à quel prix se reventra ce bien le jour où son propriétaire souhaitera s’en séparer ? Le record d’Akhmetov pourrait tenir des années, ou être dépassé dans les mois qui viennent. La prochaine livraison d’un penthouse sur mer à Mareterra est annoncée par les promoteurs pour 2027.