Buzz Aldrin évoque de petits éclairs dans la cabine d’Apollo 11. Un autre astronaute parle d’un véritable feu d’artifice sur la Lune. Ces témoignages dormaient dans les archives du Pentagone depuis cinquante ans. Ils sont désormais accessibles à n’importe qui sur war.gov/UFO, sans aucun niveau d’habilitation requis.

Cent soixante-deux fichiers en accès libre

Le département de la Défense américain a mis en ligne, vendredi 8 mai, sa première salve de documents déclassifiés sur les phénomènes aériens non identifiés. Le décompte précis : 120 PDF, 28 vidéos, 14 images. Soit 162 pièces qui sortent d’un coup des coffres du FBI, du Pentagone, du département d’État et de la NASA. La page d’accueil porte un nom direct, war.gov/UFO, et ne réclame aucun niveau d’habilitation pour la consulter. « Ces dossiers, cachés derrière des classifications, ont longtemps alimenté des spéculations justifiées. Il est temps que le peuple américain les voie de ses propres yeux », a déclaré Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, dans le communiqué qui accompagne la publication. La promesse est tenue, à un détail près : sur les 162 fichiers, pas un seul ne mentionne une preuve de contact avec une forme de vie extraterrestre.

Trois Apollo dans la liste

Le plus spectaculaire ne vient ni de Syrie ni du Sahara, mais de la Lune. Plusieurs pièces reprennent les conversations radio entre les astronautes des missions Apollo 11, 12 et 17 et le centre de Houston. En juillet 1969, Buzz Aldrin signale « de petits éclairs dans la cabine, espacés de quelques minutes ». Quelques mois plus tard, Alan L. Bean, depuis Apollo 12, décrit « des flashs de lumière qui filent dans l’espace » avant cette image qui restera : « On dirait que certaines de ces choses s’échappent de la Lune. Elles foncent à toute vitesse, droit vers les étoiles. » En décembre 1972, le pilote du module lunaire d’Apollo 17, Harrison « Jack » Schmitt, va plus loin. « C’est un vrai feu d’artifice », commente-t-il à la radio. Trois équipages, trois témoignages, et la même hypothèse retenue à l’époque par les ingénieurs de la NASA : des particules de glace réfléchissant le soleil, échappées des réservoirs.

De Bagdad à Athènes, l’inventaire récent

Le Pentagone n’a pas mis en ligne que des archives de la guerre froide. La salve contient aussi des rapports de mission tout frais. Un soldat américain en opération en Irak décrit, en mai 2022, « un possible petit UAP » survolé pendant une patrouille. Deux ans plus tard, un autre rapport mentionne en Syrie « plusieurs éblouissements ou lumières d’origine inconnue ». On retrouve des observations en Grèce en janvier 2024, aux Émirats arabes unis en octobre 2023, dans l’espace aérien africain en 2025, et un objet « ressemblant à un ballon de football » repéré près du Japon par le commandement Indo-Pacifique. À cela s’ajoutent une note infrarouge prise en décembre 2025 au-dessus de l’Ouest des États-Unis et un dossier FBI épais de centaines de pages, couvrant les signalements civils entre 1947 et 1968. Le département de la Défense prévient toutefois sur sa page d’accueil que le langage des notes « reflète l’interprétation subjective » de leurs auteurs et « ne doit pas être pris comme une indication concluante » de ce qui s’est réellement passé.

Tout est parti d’un podcast d’Obama

Comment on en arrive là ? L’enchaînement est court. En février 2026, Barack Obama affirme dans un podcast que les extraterrestres « existent », avant de rectifier le tir : il n’a « vu aucune preuve » de contact pendant son mandat. Donald Trump réagit dans la foulée sur Truth Social, demande au Pentagone et aux agences concernées de « lancer le processus d’identification et de publication » des fichiers liés à la « vie extraterrestre ». Trois mois plus tard, war.gov/UFO ouvre ses portes. Le président commente, fidèle à son style : « Que les gens décident eux-mêmes : QU’EST-CE QUI SE PASSE BORDEL ? » Il invite à « s’amuser et profiter ». L’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, salue dans un message public la « transparence » et promet de rester « honnête sur ce que nous savons être vrai, sur ce que nous n’avons pas encore compris et sur tout ce qu’il reste à découvrir ».

Aucun extraterrestre, beaucoup d’inconnu

Le rapport annuel du Bureau des phénomènes anormaux du Pentagone, publié en mars 2024, posait déjà le verdict noir sur blanc : aucune enquête gouvernementale n’a confirmé l’existence de vie extraterrestre. La salve du 8 mai ne change rien à ce constat. Sur 162 fichiers, pas un seul ne documente un contact, une rencontre, une carcasse ou un message. Ce que ces archives prouvent, c’est autre chose : pendant plusieurs décennies, des pilotes, des soldats, des astronautes et des agents fédéraux ont vu, entendu ou enregistré des choses qu’ils n’ont pas su nommer. Le département de la Défense préfère désormais parler de « phénomènes aériens non identifiés », l’acronyme UAP, jugé moins sulfureux que celui d’OVNI. La nuance fait rire les vétérans du dossier, mais elle a permis de ramener la question dans les commissions d’enquête du Congrès depuis 2023, sans qu’on parle automatiquement de petits hommes verts.

La promesse d’une publication continue

Le Pentagone annonce des « tranches » supplémentaires « toutes les quelques semaines ». Selon la mise au point publiée sur le site, les versions diffusées vendredi présentent moins de caviardages que les fichiers FBI déjà connus, sortis par le passé sous le coup du Freedom of Information Act. Reste à savoir ce qu’il y aura dans la suite : des rapports d’incident pilote-rapporteur très récents, des mémos déclassifiés de la CIA, ou de simples doublons d’archives déjà disponibles ailleurs. Une nouvelle audition publique de la sous-commission consacrée aux UAP est attendue à la Chambre des représentants dans les semaines qui viennent. Ses participants auront, pour la première fois depuis l’ouverture du dossier en 1947 avec l’affaire de Roswell, un site officiel à citer en référence directe. Et un mot d’ordre signé Trump à reproduire à l’envi : « Amusez-vous bien. »