Jeudi soir, dans une chambre du centre d’entraînement de l’OM à la Commanderie, un nuage de poudre blanche tombe sur le lit, le sol et les affaires d’un membre du staff. La gerbe vient d’un extincteur que Pierre-Emerick Aubameyang, 36 ans, vient de vider à l’intérieur. Quarante-huit heures plus tard, l’attaquant gabonais est écarté du match de dimanche contre Le Havre.

La mise au vert qui dérape

L’idée de garder les joueurs reclus à la Commanderie, l’entraîneur Habib Beye ne l’a pas eue par hasard. Après la défaite cinglante à Nantes (3-0) le week-end précédent, le technicien a imposé quatre nuits d’affilée au centre d’entraînement, du lundi à vendredi midi. L’objectif : reprendre la main sur un groupe qui n’a remporté qu’un seul de ses six derniers matchs et qui voit la fin de saison filer entre les doigts.

C’est jeudi en soirée que tout part en vrille. Selon L’Équipe, à l’origine de l’information, un groupe de joueurs mené par Aubameyang multiplie les escapades dans les couloirs. Plusieurs chambres y passent. Le ton est au chahut, à la « mise d’ambiance » comme l’attaquant la qualifiera ensuite. C’est la chambre du salarié chargé de faire respecter le couvre-feu qui finit en cible. L’extincteur change de main, et la pièce vire au champ de neige.

Bob Tahri, médaillé mondial devenu surveillant

Le membre du staff visé n’est pas n’importe qui. Bob Tahri a couru pour la France pendant près de quinze ans, spécialiste du 3 000 m steeple. Médaille de bronze aux Mondiaux d’athlétisme de Berlin en 2009 derrière le Kényan Ezekiel Kemboi, finaliste à Pékin puis à Londres : sa carrière sur la piste a la solidité d’un palmarès international. Reconverti après avoir raccroché les pointes, il a intégré le staff sportif marseillais. L’une de ses missions : faire respecter les horaires et le couvre-feu lors des mises au vert prolongées.

L’image vaut un cliché. Un ancien médaillé mondial transformé en bonhomme de neige par un coéquipier qui touche, lui, l’un des plus gros salaires du vestiaire phocéen. Selon RMC Sport et plusieurs médias sportifs dont Foot Marseille, Aubameyang est venu s’excuser dès le lendemain auprès de Tahri et de la direction. Son argument : il voulait juste « mettre l’ambiance », comme lors d’une fête en camp d’été. La direction n’a pas trouvé ça drôle.

Quatre points sur dix-huit, l’Europe s’efface

Le timing tombe au pire moment pour le club phocéen. À deux journées de la fin du championnat, l’OM occupe la 7e place de Ligue 1 avec 53 points, à un point de l’AS Monaco, sixième et dernière qualifiée pour une compétition européenne. Sur les six dernières journées, Marseille a glané 4 points sur 18 possibles. Les chances d’accéder à la Ligue des champions, déjà quasi nulles avant l’épisode, ont été enterrées par la dérouillée de Nantes.

La perte d’Aubameyang pour le déplacement au Havre, prévu dimanche à 21 heures, prive Beye d’un de ses meilleurs buteurs de la saison. Plus que la sanction sportive, c’est l’image qui pose problème. Comment exiger d’un vestiaire qu’il livre 90 minutes de combat quand le leader d’attaque arrose un membre du staff entre deux entraînements ? La direction du club, contactée par l’AFP samedi, a confirmé l’écart sans commenter le détail des faits.

Une fin de cycle qui se voit

Aubameyang n’en est pas à son premier coup de chaud sous le maillot olympien. Revenu à Marseille à l’été 2024 après un détour raté par Chelsea puis Al-Ittihad, il a connu un premier exercice plein, ponctué de buts mais aussi de tensions internes. À 36 ans, l’attaquant gabonais reste l’un des salaires les plus élevés du club et arrive au bout de son contrat. La direction, qui réfléchissait déjà à ne pas le prolonger, voit l’épisode de l’extincteur comme un argument supplémentaire pour tourner la page.

Sur les réseaux sociaux, certains supporters l’ont défendu en arguant qu’un peu de second degré ne fait de mal à personne en pleine crise. D’autres, plus nombreux, y voient le signe d’un vestiaire perdu, où les anciens dictent l’ambiance et où les figures d’autorité ne pèsent plus. Habib Beye, arrivé l’été dernier en remplacement de Roberto De Zerbi, n’a pas commenté publiquement la sanction. Le coach, ancien défenseur international sénégalais devenu consultant avant de basculer côté banc, a hérité d’un groupe difficile.

Beye, l’autorité qui se cherche

Selon plusieurs sources internes citées par RMC, le passage par la mise au vert prolongée n’avait rien d’une sanction collective. C’était une tentative de recoller un vestiaire que la défaite à Nantes avait fissuré. Sauf que le remède, mal digéré par certains cadres, a produit l’effet inverse. Au lieu de ressouder, il a achevé d’exposer les lignes de fracture du groupe.

La séquence rappelle d’autres épisodes récents à l’OM. En 2023, Igor Tudor avait fini par claquer la porte après un printemps difficile. En 2024, Jean-Louis Gasset s’était retrouvé en difficulté face au même type de groupe. À chaque fois, la même mécanique : un noyau de cadres puissant, un staff jeune ou fragilisé, et une fin de saison où chaque incident pèse double dans le rapport de force interne.

L’épisode interroge aussi sur la place du capitaine de fait dans un effectif en mal de repères. Aubameyang, par son palmarès, son âge et son salaire, exerce une autorité morale au quotidien. Quand cette autorité se traduit par un extincteur vidé sur un cadre du staff, c’est tout l’organigramme qui tremble.

Le mercato comme horloge

L’incident pose une question concrète à la direction olympienne : comment finir une saison sans Europe, sans dérapage supplémentaire et sans pendre publiquement un cadre dont le départ se prépare en interne ? La réponse est attendue au-delà du match contre Le Havre, dans les semaines qui suivront le coup de sifflet final de la Ligue 1. Le mercato d’été ouvre officiellement le 1er juin. Et c’est probablement à cette date, plus qu’à celle de dimanche soir, que se jouera vraiment l’avenir d’Aubameyang à Marseille.