Trois noms s’apprêtent à quitter la liste fermée des palaces français. Le Park Hyatt Paris-Vendôme, le Mandarin Oriental Paris et l’Hôtel du Palais à Biarritz vont basculer en simples cinq étoiles pour 2026. La commission d’Atout France n’avait plus retiré sa plus haute distinction à un établissement depuis 2010, soit seize années sans rétrogradation.
Une commission renouvelée qui tape du poing
L’information sort d’abord du Figaro, confirmée ensuite par CNews et Le Parisien. La commission Palace, qui statue sur l’attribution du label, s’est réunie pour la première fois depuis la fin du Covid. Le ministère du Tourisme avait laissé aux établissements le temps de se remettre des années 2020-2022. Présidée désormais par Pierre Ferchaud, ancien directeur du Bristol à Paris et de l’Hôtel de Paris Saint-Tropez, l’instance a été entièrement remaniée fin 2024. Ses critères ont été durcis et la durée d’attribution raccourcie : trois ans au lieu de cinq.
Officiellement, rien n’est gravé tant que Serge Papin, ministre du Tourisme, n’a pas dévoilé la Collection Palace 2026 lors d’une conférence prévue le 2 juin à Paris. Mais les trois rétrogradations sont confirmées par plusieurs sources concordantes du secteur, et les directions concernées préparent déjà la communication d’après.
Mandarin Oriental, le palace qui ferme pour se refaire
Le cas du Mandarin Oriental Paris, distingué depuis 2011, s’explique d’abord par un calendrier. L’hôtel de la rue Saint-Honoré va fermer plus d’un an pour des travaux d’envergure, dont le coup d’envoi est attendu en octobre 2026. Or les règles d’Atout France suspendent automatiquement le statut palace dès qu’un établissement s’arrête plus d’un an. La rétrogradation est donc mécanique.
La pression était toutefois déjà sensible. Les chambres et plusieurs espaces communs avaient pris un coup de vieux, estiment les experts cités par Le Figaro. L’offre de restauration s’était affaiblie après le départ de Thierry Marx fin 2023, après quatorze ans aux fourneaux. Pendant ce temps, le Crillon, le Cheval Blanc, le Ritz et le George V multipliaient les investissements pour rester dans la course. Le groupe Mandarin Oriental conserve tout de même un palace dans la capitale : le Lutetia, qu’il exploite depuis 2025, vient de voir son statut renouvelé.
Biarritz et la rue de la Paix, même reproche
L’Hôtel du Palais à Biarritz, géré par l’américain Hyatt, paye un déficit de modernisation. Plusieurs inspections ont pointé un spa et des salles communes en dessous des standards attendus pour une distinction censée incarner le sommet de l’hôtellerie française. L’établissement, ancien palais impérial transformé en hôtel en 1893, gardait jusqu’ici une aura intacte auprès de la clientèle internationale.
Le Park Hyatt Paris-Vendôme, rue de la Paix, partage exactement le même reproche : absence de rénovation et de renouvellement, selon la commission. Pour des hôtels labellisés palaces depuis des années, le retour au cinq étoiles n’est pas qu’une question d’orgueil. Une partie de la clientèle ultra haut de gamme s’éloigne. Le recrutement de personnel devient plus tendu. Les partenariats avec les grandes maisons de luxe se négocient moins facilement. Et la facture publicitaire grimpe pour compenser la perte de visibilité.
Six maisons confirmées, trois nouveaux noms cités
À l’inverse, six établissements ont vu leur distinction renouvelée à cette occasion. Selon La Tribune de l’Hôtellerie, il s’agit des Prés d’Eugénie dans les Landes, du Cheval Blanc Saint-Barth, des Airelles Courchevel, des Sources de Caudalie en Gironde, du Shangri-La Paris et du Lutetia. Cinq régions, cinq atmosphères différentes : la commission montre qu’elle ne garde pas les yeux uniquement rivés sur la place Vendôme.
Du côté des nouveaux entrants, plusieurs noms reviennent dans la presse spécialisée. Le Cheval Blanc Paris, ouvert en 2021 sur la Samaritaine par LVMH, est cité parmi les favoris. Le Fouquet’s, sur les Champs-Élysées, et le Bulgari Paris, avenue George V, lorgnent eux aussi le label depuis leur ouverture. Tous trois ont investi des centaines de millions d’euros pour rejoindre un club qui comptait 31 établissements fin 2024. Le Ritz, recalé en 2011, ne se présente plus depuis.
Un titre de 16 ans qui pèse en bourse comme à l’embauche
La distinction Palace, créée en 2010 par Atout France, n’a rien d’un classement comptable. Un hôtel candidat doit déjà cocher toutes les cases du cinq étoiles, puis ajouter un spa, un service de voiturier, un nombre minimal de suites et une « particularité exceptionnelle ». Cette dernière notion, volontairement floue, s’appuie sur le patrimoine du lieu, son atmosphère ou son design. C’est elle qui sépare un très bel hôtel d’un palace.
Le label vaut cher. Les nuitées dans un palace parisien démarrent rarement sous les 1 200 euros et dépassent souvent 3 000 euros pour une suite en haute saison, selon les chiffres habituellement relayés par les guides du secteur. Le titre attire surtout une clientèle internationale qui choisit ses adresses sur la liste officielle d’Atout France et sur celles des concierges de luxe. Le perdre revient à sortir d’une vitrine que les agences de voyage haut de gamme ne reconstruisent pas facilement.
La prochaine fenêtre n’ouvre qu’en 2029
Les trois directions concernées préparent déjà l’après. Le Mandarin Oriental Paris a annoncé un vaste programme de rénovation et de repositionnement pour retrouver son rang dans les prochaines années. Hyatt, qui exploite à la fois le Park Hyatt parisien et l’Hôtel du Palais, devra convaincre une commission plus exigeante. La durée d’attribution étant désormais de trois ans, la prochaine session de candidature n’ouvrira pas avant 2029.
L’annonce officielle de la Collection Palace 2026 est attendue le 2 juin à Paris. Atout France y dévoilera la liste complète des établissements distingués, renouvelés et nouvellement consacrés. Côté Mandarin Oriental, la fermeture programmée pour travaux démarrera quatre mois plus tard.