357 euros. C’est ce que les Français comptent dépenser en moyenne pendant les soldes d’été qui rouvrent mercredi 24 juin, soit 124 de plus que l’an dernier. Pourtant, six sur dix n’y mettront pas les pieds.

Le budget rebondit après deux ans de disette

Voilà deux étés que le portefeuille des soldeurs se dégonflait. 307 euros de budget moyen en 2024, 233 en 2025, une chute de 74 euros en douze mois. Pour 2026, la courbe se redresse d’un coup : 357 euros annoncés, au-dessus même du niveau de 2024, selon la troisième vague du baromètre « Les Français et les soldes » réalisé par OpinionWay pour la plateforme de paiement Mollie.

Plus d’un sondé sur deux dit vouloir y consacrer au moins 200 euros. « Cette hausse marquée traduit un regain d’appétit pour les bonnes affaires », note l’étude, citée par LSA. Un sursaut qui ressemble à un rattrapage, après des mois où chaque dépense était pesée. Reste un détail qui douche l’enthousiasme : ce budget gonflé ne vaut que pour ceux qui jouent le jeu. Les autres, majoritaires, regardent ailleurs.

Les moins de 35 ans rallument la machine

Quatre Français sur dix (39 %) prévoient de faire les soldes cet été. Le chiffre n’a pas bougé depuis trois ans, mais sa composition, si. Ce sont les jeunes qui tirent l’ensemble : près de deux moins de 35 ans sur trois (63 %) comptent profiter des démarques. Chez les 65 ans et plus, ils ne sont que 22 %, à peine un senior sur cinq.

Le fossé entre générations se creuse aussi sur les raisons d’acheter. Un jeune sur quatre (24 %) fait les soldes par nécessité budgétaire, contre seulement 4 % des seniors. « Le fait qu’un jeune sur quatre achète par contrainte rappelle l’importance de rendre l’achat plus accessible », souligne Adrien Dupuis, responsable de Mollie France, qui observe l’essor du paiement en plusieurs fois chez les plus jeunes, histoire d’étaler la facture.

Six sur dix tournent le dos, par lassitude

Le plus frappant se cache du côté des absents. Six Français sur dix zappent les soldes, et la raison a changé de nature. Ce renoncement tient désormais davantage au manque d’intérêt (24 %, en hausse) qu’au frein financier (19 %, en recul). Près d’un sur cinq (17 %) estime même que les promotions disponibles toute l’année suffisent amplement.

Le constat en dit long sur l’usure d’un rituel. Entre le Black Friday, les ventes privées et les French Days, la ristourne est devenue permanente. Les deux rendez-vous officiels de janvier et de juin ont perdu de leur éclat, d’autant que l’État a rogné leur durée : six semaines avant 2020, quatre désormais, après la disparition des « soldes flottants » en 2015. Quand tout est bradé en continu, plus rien ne l’est vraiment.

Le retour surprise des boutiques physiques

Autre surprise, à rebours des idées reçues : le magasin reprend du galon. Près d’un acheteur sur deux (48 %) compte écumer uniquement les rayons physiques, quatre points de plus qu’il y a un an. La poussée vient des plus connectés, ceux qu’on croyait scotchés à leur écran : 52 % des 18-24 ans privilégient la boutique, dix points gagnés en un an. Les achats mixtes, mélange de clics et de cabines d’essayage, dégringolent à 29 %.

Côté panier, le vêtement domine toujours, visé par trois soldeurs sur quatre (75 %). Mais l’éventail s’élargit. L’électroménager et l’électronique grimpent à 39 % des intentions, au coude-à-coude avec les achats pour enfants. La décoration, longtemps marginale, séduit 31 % des acheteurs, et même 46 % des 18-24 ans, pressés d’habiller leur premier intérieur.

Pour les acheteurs, la vieille question revient : foncer dès mercredi ou attendre la deuxième démarque ? Les rabais les plus profonds tombent souvent en fin de période, quand les commerçants liquident, mais les tailles et les modèles les plus courus sont déjà partis. Arbitrer entre le prix et le choix reste le sport favori de la saison.

Ce que le commerçant n’a pas le droit de faire

Derrière la promesse de la bonne affaire, la loi veille. Depuis mai 2022, une règle européenne oblige le vendeur à calculer sa réduction à partir du prix le plus bas pratiqué dans les trente jours précédant l’opération. Traduction concrète : gonfler une étiquette la veille pour afficher ensuite un rabais spectaculaire est interdit, et passible de sanctions.

Un article soldé reste couvert par les garanties légales, rappelle la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). La mention « ni repris ni échangé » n’a aucune valeur face à un produit défectueux. Et contrairement aux promotions ordinaires, les soldes autorisent la vente à perte, un privilège réservé à deux périodes par an qui justifie encore leur existence.

Quatre semaines et quelques exceptions

Dans la quasi-totalité de la métropole, le coup d’envoi tombe le mercredi 24 juin à 8 heures, jusqu’au mardi 21 juillet inclus. La Corse décale au 8 juillet. L’outre-mer suit ses propres calendriers, de l’automne en Guadeloupe et en Martinique au tout début d’année à La Réunion. Les Alpes-Maritimes et les Pyrénées-Orientales, longtemps en marge avec leurs dates estivales décalées, ont fini par rentrer dans le rang.

En ligne, mêmes dates pour tout le monde, où que se trouve le siège du marchand, avec quatorze jours pour changer d’avis et renvoyer le colis. Le budget rêvé est sur la table, les intentions affichées. Le verdict, lui, se lira dans les caisses à partir de mercredi, 8 heures.