Six points, une qualification déjà en poche, et pourtant tout reste à jouer. La France a validé son billet pour les seizièmes de finale du Mondial avant même de disputer son troisième match. Vendredi soir, face à la Norvège d’Erling Haaland, elle ne joue plus sa survie mais la première place du groupe I. Et ce détail comptable change beaucoup de choses.

Cette Coupe du monde 2026, la première à 48 équipes, a rebattu les cartes. Douze groupes de quatre, les deux premiers qualifiés plus les huit meilleurs troisièmes, et un tour supplémentaire baptisé seizièmes de finale avant les habituels huitièmes. Avec deux victoires en deux sorties, les Bleus ont expédié la question de la qualification. Reste à savoir dans quelle position ils aborderont la phase à élimination directe.

Deux victoires chacun, la France devant d’un but

Les hommes de Didier Deschamps ont lancé leur tournoi par un succès contre le Sénégal (3-1), porté par un doublé de Kylian Mbappé et un but de Bradley Barcola. Quatre jours plus tard, ils ont remis ça devant l’Irak (3-0), Mbappé encore décisif, Ousmane Dembélé scellant l’affaire. Deux matchs, six points, six buts inscrits, un seul concédé.

En face, la Norvège a emprunté exactement le même chemin. Une démonstration 4-1 contre l’Irak, puis un 3-2 arraché au Sénégal au terme d’une rencontre folle. Le centre de match de la FIFA affiche donc deux équipes à égalité parfaite, six points partout, que seule la différence de buts départage. La France pointe à +5, la Norvège à +4. Un but d’écart, pas davantage. C’est ce fil tendu qui transforme Norvège-France en vraie partie plutôt qu’en simple répétition générale.

Mbappé rejoint Klose dans l’histoire

Au passage, le capitaine tricolore a fait basculer une ligne dans les livres de records. Avec ses quatre buts depuis le coup d’envoi du tournoi, Kylian Mbappé grimpe à 16 réalisations en phase finale de Coupe du monde, toutes éditions confondues. C’est précisément le total de l’Allemand Miroslav Klose, meilleur buteur de l’histoire de la compétition depuis 2014. Franceinfo, qui suit cette course de près, ne place plus qu’un seul homme devant le Français : Lionel Messi, à 18 unités.

Le même Mbappé vient aussi de porter son compteur à 60 buts sous le maillot bleu, très loin devant Olivier Giroud (57 buts avant sa retraite internationale en 2024). À 27 ans, il réécrit deux histoires en même temps, celle des Bleus et celle du Mondial. Un troisième but vendredi le rapprocherait encore un peu plus de Messi, à un âge où l’Argentin n’avait pas encore atteint de tels sommets en sélection.

La Norvège, revenante après 28 ans

De l’autre côté du terrain, le récit est presque aussi beau. La Norvège n’avait plus disputé la moindre Coupe du monde depuis 1998. Vingt-huit ans d’absence, toute une génération née et grandie sans jamais voir les siens fouler la plus grande scène du football. Son meilleur souvenir restait d’ailleurs ce Mondial français de 1998, conclu en huitièmes de finale.

Cette fois, les Scandinaves disposent d’un atout que personne n’avait à l’époque : Erling Haaland. L’avant-centre de Manchester City a déjà planté quatre buts en deux matchs, dont un doublé contre le Sénégal. Avec 59 buts en 52 sélections, il trône au sommet des buteurs de l’histoire de son pays, et il en est devenu le meilleur réalisateur en Coupe du monde après deux rencontres seulement. Footmercato résume l’affaire d’une formule : Haaland a donné rendez-vous à la France pour la première place.

Le principal intéressé, lui, a soufflé le chaud et le froid. « Honnêtement, je me moque un peu de ce match », a-t-il glissé en conférence de presse, propos rapportés par Eurosport. Une provocation tranquille, ou une manière de faire retomber la pression avant de défier le grand favori du tournoi.

Première ou deuxième, deux routes distinctes

Pourquoi se disputer une place quand les deux équipes sont déjà qualifiées ? Parce que le classement final dessine deux parcours très différents dans le tableau à élimination directe. Le premier du groupe I et le deuxième ne croiseront ni les mêmes adversaires, ni la même moitié de tableau. Finir en tête, c’est en général hériter d’un appariement plus clément au tour suivant, et rester éloigné des autres cadors le plus longtemps possible.

Didier Deschamps n’a entretenu aucun mystère sur ses intentions. « On veut finir premiers », a martelé le sélectionneur, qui devrait aligner une équipe compétitive plutôt qu’un banc remanié. Un match nul suffit aux Bleus pour conserver la tête, grâce à leur différence de buts supérieure. La Norvège, elle, n’aura pas le choix : il lui faudra gagner pour doubler la France.

Le dernier tour de piste de Deschamps

Il existe une autre raison de regarder ce match d’un œil particulier. C’est la dernière Coupe du monde de Didier Deschamps sur le banc tricolore. Champion du monde 1998 comme joueur, sacré de nouveau en 2018 comme entraîneur, il a prévenu qu’il passerait la main après la compétition. En poste depuis 2012, il a disputé deux finales mondiales et en a remporté une. Son ère se referme cet été, quelque part entre la côte Est et la Californie.

Pour lui, terminer premier du groupe et soigner le tirage n’a rien d’anecdotique. C’est la dernière occasion de tracer le parcours idéal vers une troisième étoile, celle qui manquerait encore à un palmarès déjà hors norme. Vendredi, derrière l’enjeu apparent d’une simple première place, se joue peut-être le tempo de toute une fin de règne.

Le coup d’envoi de Norvège-France sera donné vendredi à 21 heures, heure française, au Gillette Stadium de Boston, avec une diffusion sur beIN Sports 1. Au même moment, le Sénégal et l’Irak, déjà éliminés, joueront pour l’honneur. De quoi laisser toute la lumière au duel que les amateurs guettaient depuis le tirage : Mbappé d’un côté, Haaland de l’autre, et une première place qui pourrait peser lourd dans un mois.