Le compte officiel de Wimbledon a tout dit dimanche soir, en quatre mots : « This is not a drill. » Comprendre : ce n’est pas un exercice. Serena Williams, 44 ans, disputera bien le simple dames cette année. Elle n’avait plus joué un seul match dans cette catégorie depuis l’US Open 2022.

La huitième wildcard, la toute dernière

L’invitation n’a rien d’anodin. Sur les huit cartons réservés aux joueuses sans classement suffisant, l’Américaine a récupéré le dernier, attribué à la veille des qualifications. Sans point WTA après presque quatre ans loin des courts, elle ne pouvait entrer autrement. Le All England Club, organisateur du tournoi, a officialisé sa venue dimanche. Quelques jours plus tôt, Serena avait déjà accepté une autre wildcard, en double celle-là, pour rejouer avec sa sœur aînée Venus. Elle figurera donc sur les deux tableaux quand le tournoi s’ouvrira, du 29 juin au 12 juillet.

Six mois de contrôles avant le feu vert

Un retour de ce niveau se prépare longtemps à l’avance, surtout du côté de l’antidopage. Pour réintégrer le circuit professionnel, une joueuse doit d’abord repasser six mois entiers dans le pool de contrôle géré par l’ITIA, l’agence chargée de l’intégrité du tennis. Serena s’y est réinscrite en décembre 2025. La période obligatoire s’est terminée le 22 février 2026, jour où elle est redevenue éligible aux tournois. Le même mois de décembre, elle jurait pourtant le contraire sur les réseaux sociaux : « Omg yall I’m NOT coming back », je ne reviens pas. La vraie annonce, elle, est tombée début juin, mise en scène avec sa marque d’équipementier.

Le double avec Venus pour se relancer

Avant le simple, il y a eu le double, histoire de retrouver ses repères sans tout miser d’un coup. Au tournoi de Queen’s, à Londres, Serena a gagné un match avec la jeune Victoria Mboko, avant que la paire ne renonce : Mboko s’est blessée au genou lors d’une rencontre en simple. Rebelote mardi à Berlin, où l’Américaine et la Tchèque Karolina Muchova se sont inclinées face à Giuliana Olmos et Erin Routliffe. Le score comptait peu. À Wimbledon, elle retrouvera surtout Venus sur le tableau de double, là où les deux sœurs n’ont jamais perdu une finale de Grand Chelem disputée ensemble. Ce qu’elle cherchait, Serena l’a résumé après une victoire, le sourire aux lèvres, dans des propos rapportés par ESPN : « I got tired of sitting at home », j’en avais assez de rester à la maison.

« Évoluer », disait-elle en 2022

En quittant les courts après l’US Open 2022, Serena avait refusé le mot « retraite ». Elle préférait dire qu’elle « évoluait » loin du tennis, pour se consacrer à sa famille et à son fonds d’investissement, Serena Ventures. Une deuxième fille est née en 2023. Le tennis n’a pourtant jamais vraiment quitté l’horizon : les rumeurs de retour enflaient depuis des mois, nourries par ses passages à l’entraînement et sa réinscription dans le programme antidopage. À 44 ans, la championne a fini par trancher dans l’autre sens. Reste à voir si le corps suivra l’envie.

À 44 ans, à une marche des records

Les chiffres donnent le vertige. Serena détient déjà le record de la plus vieille lauréate d’un titre du Grand Chelem dans l’ère Open : 35 ans et 124 jours à l’Open d’Australie 2017, son 23e sacre, gagné alors qu’elle était enceinte de quelques semaines. Elle en a aujourd’hui 44. Si elle remporte ne serait-ce qu’un match dans le tableau de simple, elle deviendra la quatrième femme la plus âgée à gagner une rencontre en Grand Chelem depuis 1968. Sur le gazon londonien, elle joue presque à domicile : sept titres en simple, six autres en double avec Venus. Son palmarès s’arrête à une longueur du record absolu, les 24 couronnes de l’Australienne Margaret Court.

Le gazon, son meilleur allié

Faut-il pour autant l’imaginer soulever le trophée ? Personne, dans le milieu, ne s’y risque. Quatre ans sans le moindre match en simple, aucune longue préparation sur le circuit, un tableau qu’elle aborde sans tête de série : sur le papier, Serena part en outsider, et une sortie dès les premiers tours ne surprendrait personne. Le gazon, pourtant, reste sa surface de prédilection. Son service, longtemps le plus redouté du tennis féminin, y gagne en tranchant, et les échanges courts ménagent ses jambes. À 44 ans, c’est sans doute là, sur l’herbe londonienne, qu’elle conserve le plus de chances de signer un dernier exploit.

Le souvenir Harmony Tan à effacer

Les amateurs français gardent un souvenir précis de sa dernière apparition à Wimbledon. En 2022, dès le premier tour, Serena était tombée sur la Française Harmony Tan, 115e mondiale et grande débutante dans le tableau principal du tournoi. Trois heures de combat sur le Centre Court, un dénouement au jeu décisif du dernier set, 5-7, 6-1, 7-6, et la sortie d’une légende. « Intense et insensé », avait soufflé l’Américaine, ajoutant qu’elle avait adoré ce match malgré la défaite. C’est cette image, celle d’une battante poussée vers la sortie, que le retour de 2026 cherche à recouvrir.

Le tableau dévoilé dans la semaine

Reste la grande inconnue : l’adversaire. Le tirage au sort du tableau féminin aura lieu dans les prochains jours, et Serena, sans classement, peut hériter de n’importe qui, d’une qualifiée anonyme à une tête de série redoutable. Le tournoi, de son côté, a relevé ses primes de 20 % après la grogne des joueurs au printemps. Rendez-vous le 29 juin : pour la première fois depuis 2022, une joueuse de 44 ans nommée Serena Williams entrera sur un court du Grand Chelem avec une raquette et l’intention de gagner.