Huit épisodes d’un seul coup, une seule journée racontée, une étoile Michelin en jeu. The Bear a posé son dernier plat cette nuit sur Disney+, et la cuisine la plus tendue de la télévision ferme définitivement ses portes.
La cinquième saison est aussi la dernière. Les huit épisodes ont été mis en ligne d’un bloc le 26 juin, vers 3 heures du matin en France, sans la traditionnelle attente hebdomadaire. Aux États-Unis, les chaînes FX et Hulu avaient ouvert le service la veille au soir. Rideau, donc, pour l’une des séries les plus primées de la décennie.
Quatre ans à retenir son souffle
Pour ceux qui auraient échappé au phénomène, un rappel s’impose. The Bear suit Carmen Berzatto, dit Carmy, un chef de la haute gastronomie qui rentre à Chicago après le suicide de son frère. Il récupère un boui-boui à sandwichs minable et décide d’en faire un vrai restaurant. Autour de lui, une brigade au bord de la rupture : Sydney, la sous-cheffe ambitieuse, Richie, le cousin bourru, Marcus le pâtissier, Tina la cuisinière et Natalie, la sœur qui tient les comptes. L’action se déroule à Chicago, dans la moiteur d’une ville ouvrière que la caméra filme comme un personnage à part entière. Le boui-boui familial, baptisé The Original Beef, se transforme épisode après épisode en table gastronomique rebaptisée The Bear, d’où le titre.
Ce qui a happé les spectateurs, ce n’est pas la cuisine. C’est la pression. Les plans serrés sur les mains, les engueulades qui fusent, le bruit des tickets qui s’empilent, la terreur de rater un service. Beaucoup de cuisiniers se sont reconnus dans ce chaos millimétré, au point que le « oui, chef » lancé à chaque commande a ressurgi dans de vraies brigades. Deux épisodes sont entrés dans la légende : « Fishes », un dîner de Noël cauchemardesque où Jamie Lee Curtis incarne une mère toxique, et « Forks », qui envoie le bourru Richie faire ses classes dans un restaurant trois étoiles. La série a aussi fait de ses acteurs des stars, à commencer par Jeremy Allen White, passé en deux saisons du statut d’inconnu à celui de visage de campagnes de mode.
Un raz-de-marée aux Emmys
Les chiffres donnent le tournis. Depuis 2022, The Bear a décroché 49 nominations aux Emmys et 21 statuettes, dont celle de meilleure comédie pour sa première saison. En 2024, la série a raflé 11 trophées en une seule soirée, un record pour une comédie. La même année, elle avait obtenu 23 nominations, soit une de plus que 30 Rock, qui détenait la marque depuis 2009 d’après la Television Academy, l’organisme qui remet les prix.
Jeremy Allen White, Ayo Edebiri et Ebon Moss-Bachrach ont chacun été récompensés pour leur interprétation. Liza Colón-Zayas, qui joue Tina, est devenue la première actrice d’origine latino-américaine sacrée dans sa catégorie. Ce palmarès a relancé une vieille querelle : The Bear est-elle vraiment une comédie ? Rangée dans cette case aux Emmys, elle fait pourtant pleurer autant qu’elle fait sourire. Des séries concurrentes y ont vu une manière commode d’éviter la compétition, autrement plus rude, des grands drames.
Une dernière saison resserrée
Le créateur Christopher Storer a tranché : il n’y aura pas de saison 6. Dans la presse, il explique avoir toujours conçu l’histoire avec un début, un milieu et une fin. La trajectoire de Carmy, du sandwich de quartier à la quête d’une étoile, arrive selon lui à sa conclusion logique. Prolonger l’aventure, dit-il en substance, aurait dilué l’intensité qui fait la signature du programme.
Cette ultime fournée resserre la mise. Huit épisodes au lieu des dix habituels, et une intrigue tassée sur une seule journée, celle d’un service décisif. Sydney, Richie et Natalie y découvrent que Carmy a quitté le métier. Sous la menace d’une vente du restaurant et d’une tempête, les associés doivent assurer ce dernier coup de feu en espérant enfin obtenir le précieux macaron Michelin. Le chef vedette s’efface peu à peu, laissant Sydney et Richie prendre les commandes. Plusieurs visages familiers repassent en cuisine pour saluer, dont Oliver Platt, Will Poulter et, de nouveau, Jamie Lee Curtis.
Les critiques saluent un retour en forme
Le verdict des spécialistes est tombé avant même la diffusion. Sur Rotten Tomatoes, la saison affiche 100 % d’avis favorables sur les premières critiques recensées. Le site Metacritic la range parmi les rendez-vous à ne pas manquer avec une note de 81. Variety décrit une série recentrée sur ses forces, dans des épisodes plus courts qui distillent ce qu’elle a de meilleur. The Hollywood Reporter évoque un final porté par l’émotion et le rire, avec une pointe de prudence.
Cette réserve tient à un détail : les journalistes ont vu sept des huit épisodes, mais pas le tout dernier. Personne ne sait donc encore comment se referme l’histoire. Les critiques relèvent aussi que l’humour respire davantage cette fois, et que White s’efface volontairement pour laisser éclater Ayo Edebiri et Ebon Moss-Bachrach, dont les personnages héritent du restaurant. Même le jeu du « est-ce qu’ils vont finir ensemble » entre Carmy et Sydney, débattu en ligne depuis des mois, reçoit un clin d’œil.
En France, les huit épisodes sont déjà disponibles sur Disney+, à dévorer d’une traite ou à étaler sur quelques soirées. Le public d’AlloCiné lui attribue pour l’instant 4,6 sur 5, ce qui en fait l’un des lancements de séries les plus suivis de l’été. Reste la seule question que personne n’a pu trancher : Carmy décroche-t-il son étoile ? La réponse se cache dans le huitième épisode, et la prochaine cérémonie des Emmys dira si la série quitte la table en championne.