Sept millions d’exemplaires vendus, numéro un dans trente-sept pays. Trente ans après sa sortie, « Wannabe » n’a rien perdu de sa force. Le tube des Spice Girls fait toujours rêver d’une réunion qui, elle, se dérobe encore.

Un tube qui a tout balayé

À l’été 1996, cinq Britanniques inconnues débarquent avec un titre de moins de trois minutes et un slogan, « girl power », le pouvoir des filles. « Wannabe » et son refrain scandé, « I’ll tell you what I want, what I really, really want », s’installent en tête du hit-parade britannique pendant sept semaines d’affilée. D’après le classement officiel du Royaume-Uni, le single dépasse les sept millions d’exemplaires, ce qui en fait la plus grosse vente mondiale jamais réalisée par une chanson de groupe féminin, et le premier single le plus vendu de l’histoire.

Le raz-de-marée ne s’arrête pas là. Le morceau ouvre la voie à un premier album, Spice, écoulé à plus de vingt-trois millions de copies, record absolu pour une formation féminine. Le tout pour cinq chanteuses recrutées deux ans plus tôt par une petite annonce, puis réunies autour du manager Simon Fuller. En quelques mois, des anonymes deviennent le plus gros phénomène pop de la décennie.

La déferlante traverse vite l’Atlantique. Début 1997, « Wannabe » grimpe en tête du Billboard américain, un exploit rare pour un groupe venu du Royaume-Uni. Magazines, produits dérivés, poupées à l’effigie des cinq chanteuses : la Spice-mania s’empare de 1996 et 1997, et installe le quintette dans les chambres d’ados des deux côtés de l’océan.

Un milliard et demi d’écoutes plus tard

Trente ans, ça use beaucoup de tubes. Pas celui-là. Sur Spotify, « Wannabe » approche le milliard et demi d’écoutes, porté par des générations qui n’étaient même pas nées en 1996. Le titre tourne en boucle dans les soirées, les mariages, les bandes-son de films et les vidéos virales, preuve qu’un refrain bien construit ne prend pas une ride.

Les Spice Girls, ce n’est pas qu’une chanson. Le groupe enchaîne les numéros un, « Say You’ll Be There », « 2 Become 1 », « Spice Up Your Life », décroche un film, Spice World, en 1997, et transforme cinq caractères en marque planétaire : Posh, Scary, Baby, Ginger et Sporty. La robe aux couleurs du drapeau britannique portée par Geri Halliwell aux Brit Awards de 1997 reste l’une des images les plus célèbres de la décennie. Derrière le marketing, un message d’amitié et d’émancipation qui a parlé à des millions d’adolescentes.

Leur empreinte dépasse la musique. Avant elles, le sommet des classements appartenait surtout aux boys bands. Les Spice Girls imposent l’idée qu’un groupe de filles peut remplir des stades et dominer les ventes, ouvrant la voie à une longue lignée de formations féminines. Le « girl power », simple argument commercial au départ, devient un slogan repris bien au-delà de la pop, jusque dans les cours de récréation.

La réunion que les fans réclament

Depuis la séparation, le même fantasme revient à chaque anniversaire : les revoir toutes les cinq, ensemble, sur une scène. Les Spice Girls ne sont pourtant pas des novices du retour. Elles s’étaient déjà reformées pour une tournée en 2007 et 2008, puis avaient embrasé la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Londres, en 2012, juchées sur des taxis noirs devant des centaines de millions de téléspectateurs. Depuis, plus rien à cinq.

En 2019, quatre d’entre elles avaient rempli les stades, sans Victoria Beckham, occupée à bâtir son empire dans la mode. En 2024, les cinq avaient créé la surprise en interprétant « Stop » aux cinquante ans de Posh, relançant aussitôt la machine à rumeurs. Les signaux restent contradictoires. Mel C, longtemps moteur du projet, s’est dite « optimiste » et a glissé que le groupe « discutait » et étudiait « les opportunités ». Avant de doucher les espoirs : « Non, il n’y a pas de réunion », a-t-elle tranché au sujet d’une tournée pour les trente ans.

Pour l’anniversaire, un t-shirt et un vinyle

Concrètement, les fans devront se contenter de miettes. Pour ces trente ans, le groupe a annoncé un t-shirt et une réédition en vinyle de « Wannabe », bien loin du concert événement espéré. La nostalgie passera donc surtout par le petit écran. En France, TMC programme vendredi 26 juin un documentaire au titre sans détour, « Spice Girls : 30 ans de rumeurs, secrets et scandales », qui promet de fouiller les coulisses du groupe le plus célèbre des années 1990.

Le principal obstacle porte un nom : Victoria Beckham. Devenue créatrice de mode respectée, à la tête d’une marque qui pèse aujourd’hui bien plus que la nostalgie, l’ancienne Posh Spice a toujours gardé ses distances avec l’idée de rechanter en public. Or c’est justement le retour des cinq, elle comprise, que réclament les fans. Sans Victoria, la photo de famille restera incomplète.

Il reste tout de même une lueur pour les nostalgiques. Les cinq se disent aujourd’hui plus proches que jamais, et Mel C continue d’assurer qu’elle garde espoir de les voir un jour réunies. De quoi laisser la porte entrouverte, sans calendrier ni promesse.

Trente ans et toujours pas rassasiées

Réunion ou pas, la réponse du moment tient en deux choses simples : un refrain que des millions de gens fredonnent encore par cœur, et un documentaire à regarder vendredi soir. Pour le reste, il faudra, comme souvent avec les Spice Girls, ronger son frein et guetter le prochain anniversaire.