44 millions de dollars le premier week-end, 17 le suivant. En sept jours, le nouveau film de Steven Spielberg est passé du triomphe au doute. Son pari : vendre des extraterrestres sans suite annoncée, sans héros en collant et sans la moindre licence à exploiter.

Le plus gros démarrage de sa carrière

Disclosure Day a pris la tête du box-office américain dès sa sortie, le 12 juin, avec 44 millions de dollars récoltés sur 3 824 écrans, et 92,9 millions à l’échelle mondiale en additionnant les 73 marchés étrangers. Aucun film d’auteur original signé Spielberg n’avait jamais ouvert aussi haut. Le précédent record remontait à Il faut sauver le soldat Ryan et ses 30 millions de dollars, en 1998. Pour un long-métrage sans bande dessinée ni roman derrière lui, ce démarrage figure parmi les plus solides depuis la pandémie, rappelle Variety. Les projections les plus prudentes misaient sur 35 millions, quand les studios concurrents jugeaient qu’une production de cette ampleur devait viser 50 millions. À 44, le film a coupé la poire en deux.

Puis la chute, brutale

La deuxième semaine a douché l’enthousiasme. Le film a perdu 62 % de ses recettes américaines, à 17 millions de dollars, et son cumul mondial plafonne autour de 169 millions. Un blockbuster qui tient la route abandonne d’ordinaire moins de la moitié de ses entrées d’une semaine sur l’autre. À 62 %, Disclosure Day a basculé du côté des démarrages en trompe-l’œil. Le signal d’alerte vient du public lui-même. Les spectateurs lui ont attribué un CinemaScore de B, une note tiède qui annonce souvent un bouche-à-oreille poussif. Sur Rotten Tomatoes, l’écart est parlant : 80 % d’avis favorables côté critiques, mais seulement 72 % côté spectateurs. Quand la presse applaudit et que la salle hésite, les recettes décrochent vite.

115 millions sans filet

L’enjeu dépasse une simple déception de calendrier. Spielberg a engagé 115 millions de dollars de budget de production, auxquels s’ajoutent 80 millions de promotion, soit près de 195 millions investis dans une histoire inventée de toutes pièces. La règle du secteur veut qu’un film rembourse environ deux fois et demie son coût de fabrication avant d’être rentable en salles, une fois la part des exploitants déduite. Traduit en chiffres, Disclosure Day devrait dépasser les 280 millions pour équilibrer ses comptes. À mi-parcours, il en affiche 169. La suite se jouera donc loin des États-Unis, sur les écrans européens et asiatiques, et sur sa capacité à tenir l’affiche tout l’été avant un éventuel relais en streaming.

Quand les licences elles-mêmes vacillent

Le contexte ne facilite rien. Le même week-end de sortie, l’adaptation Les Maîtres de l’univers dégringolait de 71 % en salles, preuve que les grandes franchises ne rassurent plus automatiquement le public. Hollywood traverse une crise de confiance où ni les suites ni les noms connus ne garantissent le remplissage. Dans ce paysage, un film original qui détrône les licences le temps d’un week-end relève presque de l’exploit. Reste que l’exploit coûte cher, et que la deuxième semaine a rappelé pourquoi les studios préfèrent les valeurs sûres aux idées neuves.

Spielberg, boudé en salles depuis dix ans

Le cinéaste traîne une réputation contrariée au guichet. Ses derniers projets personnels ont séduit les jurys sans convaincre le grand public. The Fabelmans, couvert de nominations aux Oscars en 2022, a rapporté à peine 45 millions dans le monde pour un budget de 40. West Side Story avait fini sa course à 76 millions, loin de ses 100 millions de coût. Spielberg s’était réfugié dans le film prestige, celui qui remplit les vitrines à statuettes mais vide les multiplexes et ignore les moins de trente ans. Avec Disclosure Day, il renoue surtout avec le terrain qui l’a sacré : le contact entre humains et visiteurs, celui de Rencontres du troisième type en 1977 et d’E.T. en 1982. Une tentative de reconquête, pensée pour ramener les familles devant l’écran géant.

Roswell, une météorologue et un secret d’État

Le scénario assume sa filiation avec les mythes ovni. Alors que le monde frôle une troisième guerre mondiale, un spécialiste en cybersécurité, le docteur Daniel Kellner campé par Josh O’Connor, dérobe à une officine secrète du gouvernement américain un fragment de technologie extraterrestre et des dossiers retraçant les contacts entre humains et visiteurs depuis l’incident de Roswell. Il croise la route de Margaret Fairchild, une météorologue interprétée par Emily Blunt, soudain dotée de facultés psychiques d’origine inconnue. Tous deux courent pour révéler au monde que nous ne sommes pas seuls, traqués par les services qui veulent enterrer l’affaire. Le récit puise dans la fascination actuelle pour la divulgation, ces auditions au Congrès américain et ces rapports déclassifiés qui ont replacé les ovnis au cœur du débat public. Spielberg a posé lui-même les bases de l’histoire durant l’été 2023, avec un synopsis d’une cinquantaine de pages, avant de confier le scénario à David Koepp. Le complice de Jurassic Park et de La Guerre des mondes a écrit quarante-deux versions, le record de sa carrière. Colin Firth, Eve Hewson et Colman Domingo complètent la distribution.

Déjà visible dans les salles françaises

Les spectateurs français n’ont pas à attendre. Le film a été présenté en avant-première mondiale au Grand Rex, à Paris, le 2 juin, puis distribué par Universal dans l’Hexagone dès le 10 juin. La critique locale a réservé un accueil chaleureux, franceinfo saluant « un beau film introspectif et humaniste en forme de fable futuriste ». À sa sortie, il a pris la première place du box-office français, selon AlloCiné. Le verdict commercial, lui, tombera dans les prochaines semaines : pour seulement rentrer dans ses frais, le long-métrage doit encore presque doubler son score actuel avant la fin de l’été. Spielberg, à 79 ans, joue gros sur un genre qu’il a contribué à inventer.