Vendredi matin, des lycéens de Rueil-Malmaison ont récité leurs fiches de lecture entre deux places de stationnement. Aucune provocation là-dedans : le parking souterrain de leur établissement était tout simplement l’endroit le plus frais pour faire passer l’oral de français, pendant que le thermomètre frôlait les 40 degrés à l’extérieur.

La scène s’est jouée au lycée Gustave Eiffel, dans les Hauts-de-Seine. Privé de salle respirable au-dessus du sol, le centre d’examen a descendu tables, candidats et jurys au niveau moins un, après un grand nettoyage et des contrôles de sécurité, raconte franceinfo. Le rectorat de Versailles ne s’en cache pas. L’idée était d’offrir aux élèves et aux examinateurs « les conditions les moins défavorables possibles », et surtout d’éviter un report qui aurait dérangé toute la fin d’année et ajouté une dose de stress à des jeunes déjà tendus.

Le rectorat assume, les profs s’étranglent

Tout le monde n’a pas goûté l’improvisation. Julie Garnier, enseignante et élue locale, a résumé le malaise d’une partie de la salle des professeurs : on ne parle plus de bricolage, mais de « mode survie ». Sa cible, c’est l’écart entre les discours sur la rénovation des lycées et la réalité d’un bâtiment où, ce jour-là, le seul refuge contre la chaleur se trouvait sous terre, à la lumière des néons et au milieu des traces de pneus.

L’image a circulé vite, parce qu’elle dit quelque chose de simple : passer une épreuve nationale dans un sous-sol de parking n’a rien de normal, même avec la meilleure volonté du monde. Et elle tombe au pire moment pour l’institution, en pleine semaine d’examens, quand des centaines de milliers de familles guettent le moindre couac. L’oral de français, passé en fin de première, compte parmi les toutes premières notes du baccalauréat : une vingtaine de minutes de préparation, une dizaine devant l’examinateur, et un coefficient qui pèse sur la moyenne finale. Garder son sang-froid pour commenter un texte de Hugo entre deux voitures relève déjà de l’exploit.

Plus de 1 300 écoles fermées d’un coup

Rueil est loin d’être un cas isolé. Au plus fort de l’épisode, environ 1 350 écoles et collèges ont gardé portes closes et plus de 4 000 ont tourné en horaires aménagés, selon le ministère de l’Éducation nationale. Dès la mi-juin, le ministre Édouard Geffray avait réuni tous les recteurs pour cadrer la riposte : oraux maintenus le matin, report possible l’après-midi, au cas par cas, vers une autre matinée, la semaine suivante ou un autre centre d’examen. Consigne expresse aux chefs de centre : de l’eau à portée de main pour chaque candidat.

Le brevet a suivi la même logique. L’épreuve de français du diplôme national, ce vendredi matin, a été conservée mais aménagée, avec deux pauses de quinze minutes entre les parties et la liberté de sortir se rafraîchir. Reste que ces consignes, écrites pour des salles de classe classiques, n’avaient pas prévu le scénario d’un jury installé au parking. Chaque chef d’établissement a dû composer avec les murs dont il disposait.

Des lycées bâtis pour le froid

Le vrai sujet dépasse largement une matinée d’examen. Le parc scolaire français a été conçu pour retenir la chaleur l’hiver, pas pour l’évacuer l’été. Grandes baies vitrées plein sud, préaux et cours bétonnés qui stockent le soleil, isolation pensée contre le gel : autant de choix d’hier qui se retournent contre les élèves quand la canicule débarque dès le mois de juin. Beaucoup de ces bâtiments cumulent les défauts d’une passoire thermique, brûlante en été et coûteuse à chauffer en hiver. Mettre tout ce parc à niveau représente un chantier qui se compte en années et en milliards d’euros, partagé entre l’État et les collectivités qui gèrent les murs.

Or la chaleur de cette fin juin n’a rien d’anecdotique. Météo-France parle d’un épisode d’une sévérité exceptionnelle, qu’elle compare à l’été 2003 et à ses près de 15 000 morts. Le 24 juin est devenu la journée la plus chaude jamais mesurée en France, avec une moyenne nationale de 29,9 degrés sur vingt-quatre heures. À Paris, la température n’est pas redescendue sous 26,4 degrés une nuit entière, un record de douceur nocturne qui empêche le corps de récupérer. Jusqu’à 72 départements se sont retrouvés en vigilance rouge le même jour, soit plus de 51 millions de personnes concernées. Le 22 juin, près de 500 records locaux étaient déjà tombés. En Île-de-France, la pression sur les services d’urgence a poussé les autorités à déclencher le plan blanc, qui met sous tension l’ensemble des hôpitaux de la région.

La clim, vraie réponse ou simple pansement ?

Face à ces images, le débat sur la climatisation des écoles ressurgit. Le Rassemblement national pousse un plan de climatisation des bâtiments publics, présenté comme une mesure de bon sens pour des étés appelés à se répéter. L’argument séduit : un appareil installé refroidit la pièce tout de suite, sans attendre des années de chantier.

Ses détracteurs avancent l’argument inverse. Climatiser à grande échelle réchauffe l’air des rues, alourdit la facture d’électricité et déplace le problème sans le régler, plaident les partisans de la rénovation. Eux misent sur l’isolation, la végétalisation des cours, les protections solaires et la ventilation naturelle, plus lentes à déployer mais durables. Entre la réponse immédiate et la réponse de fond, l’État n’a pour l’instant tranché ni le calendrier ni la facture, alors que des milliers d’établissements attendent leur tour.

En attendant, la canicule garde la main. La vigilance rouge a été prolongée pour Paris et l’Île-de-France ce samedi 27 juin, avec des pointes attendues autour de 37 degrés avant un répit espéré en début de semaine. D’ici là, d’autres oraux et d’autres copies attendent les candidats, et la vraie échéance se joue à la rentrée : trouver, avant les prochains étés, mieux qu’un parking souterrain pour faire passer le bac.