Un TGV sur trois supprimé, un Intercités sur deux annulé, des RER qui passent au compte-gouttes. Ce mercredi 10 juin, la SNCF tourne au ralenti pendant que des milliers de lycéens de première rejoignent leur centre d’examen pour la première épreuve écrite du Bac.
Le préavis court depuis mardi 19 heures jusqu’à jeudi 6 heures du matin. Mais c’est bien la journée de mercredi qui concentre les annulations, sur tout le réseau, des grandes lignes aux trains du quotidien en Île-de-France.
Quatre syndicats réunis pour la première fois depuis 2024
La particularité de ce mouvement tient à la photo de famille. CGT Cheminots, UNSA Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT Cheminots ont déposé un préavis commun. Les quatre organisations représentatives du groupe avancent ensemble, ce qui ne s’était plus produit à l’échelle nationale depuis la fin 2024.
C’est aussi le premier grand conflit social que doit affronter Jean Castex depuis son arrivée à la tête de l’entreprise, le 3 novembre 2025. L’ancien Premier ministre hérite d’un dossier qui couvait depuis des mois. Le 29 mai, une réunion au ministère des Transports a tourné court : faute d’engagement de la direction sur les salaires et sur des mesures jugées urgentes, l’ensemble des syndicats ont quitté la table.
0,25 % d’augmentation face à 2,2 % d’inflation
La question salariale revient en tête des revendications. La direction met en avant une revalorisation de 2,57 % pour 2026. Les syndicats contestent ce chiffre. Selon la CGT Cheminots, l’augmentation réelle se limite à 0,25 %, et même 0,19 % une fois lissée sur l’année, quand l’inflation attendue tourne autour de 2,2 %. L’écart, pour les cheminots, signifie une perte de pouvoir d’achat plutôt qu’un gain.
Les organisations réclament l’ouverture de négociations à l’échelle du groupe, et non filiale par filiale. Une demande directement liée à l’autre grand grief du mouvement.
La filialisation au cœur de la colère
Depuis l’ouverture à la concurrence du transport régional, la SNCF multiplie les sociétés filiales pour répondre aux appels d’offres des régions. Des agents y sont transférés avec la promesse de conserver leurs avantages pendant quinze mois. Passé ce délai, l’incertitude domine. Les syndicats dénoncent des réorganisations qu’ils qualifient de compulsives et des mobilités imposées, qui fractionnent une entreprise jadis unifiée par un statut commun.
La CGT en fait un combat de fond : elle réclame un nouveau statut applicable à tous les cheminots, pour gommer les écarts entre contractuels et statutaires, et entre les différentes sociétés du groupe. Derrière le débat technique, une crainte concrète, celle de voir les conditions de travail s’aligner par le bas.
Treize décès depuis janvier, l’autre moteur du conflit
Le volet le plus lourd du mouvement touche à la santé des salariés. La CGT Cheminots affirme que treize agents se sont donné la mort entre janvier et avril 2026. Le syndicat avance aussi une hausse de 15,9 % des accidents du travail entre 2024 et 2025, et une progression de 40 % des arrêts maladie liés à la santé mentale. Ces chiffres, présentés par les organisations syndicales, n’ont pas été confirmés dans le détail par la direction.
Les syndicats relient ces données aux réorganisations en cascade et à la pression montante sur les équipes. « On peut affirmer que ça va être une grève qui va être très suivie », a déclaré Julien Troccaz, secrétaire fédéral de SUD-Rail. Côté CGT, Thierry Nier table sur « un pourcentage de grévistes important », signe selon lui d’une forte implication des cheminots.
Un TGV sur trois, un RER au compte-gouttes
Pour les voyageurs, la traduction est concrète. En moyenne, un TGV sur trois est supprimé, Inoui, Ouigo et Lyria compris, liaisons européennes incluses. Un Intercités sur deux reste à quai. En région, la situation varie fortement : dans les Hauts-de-France, la SNCF n’annonce qu’un TER sur cinq sur l’ensemble du territoire.
En Île-de-France, le casse-tête se joue ligne par ligne. Le RER D oscille entre un train sur deux et un sur cinq selon les branches. La ligne H tourne à un train sur trois, la ligne R entre un sur deux et un sur trois, les lignes P et U à un sur trois, la ligne V à deux trains sur trois. Plusieurs axes Transilien ne circulent que par plages horaires, le matin puis en fin d’après-midi. La SNCF renvoie les voyageurs vers son application et vers SNCF Connect pour vérifier leur train un par un.
Les passagers dont le train est supprimé peuvent l’échanger ou se faire rembourser sans frais, y compris sur les billets non remboursables en temps normal. Les abonnés Transilien et TER bénéficient de gestes commerciaux selon les régions. Reste un conseil valable pour tout le monde : vérifier l’état de sa ligne la veille au soir, quand les prévisions définitives tombent, et garder une marge en cas de correspondance ratée.
Le Bac et les vacances dans le viseur
Le calendrier ajoute à la tension. Le 10 juin marque le début des épreuves anticipées du Bac pour les élèves de première, avec le français et les mathématiques au programme. Les rectorats ont rappelé les consignes habituelles : anticiper son départ, prévenir le centre d’examen en cas de retard lié aux transports. Aucun candidat ne doit en principe se voir refuser l’accès à une épreuve à cause d’un train annulé.
La direction de la SNCF, de son côté, dit vouloir engager des « négociations constructives » et rappelle avoir signé douze accords avec les syndicats ces trois dernières années. Pour l’instant, le préavis ne vise que cette seule journée du 10 juin. Mais à trois semaines des premiers départs en vacances, l’absence d’accord laisse planer la menace d’un nouveau rendez-vous social en plein été.